CONDITIONS DE DÉTENTION, FARBA, EPOUSE DE MADIAMBAL : Le cri d’alerte de Me Thiam et Amnesty

L’avocat et ancien ministre Moussa Bocar Thiam a vivement réagi, ce samedi, au communiqué publié vendredi par l’Union des Magistrats du Sénégal (UMS), qui le citait dans un différend institutionnel sans, selon lui, l’avoir contacté au préalable. Une démarche qu’il juge « injuste et infondée », l’autorisant, dit-il, à apporter une réponse publique.

Me Thiam estime que l’UMS outrepasse ses prérogatives en tentant d’évaluer la pertinence d’une dénonciation qu’il a adressée à l’Inspection générale de l’Administration de la Justice (IGAJ), seule structure légalement habilitée, selon la loi de 1998, à traiter ce type de dossier. Il s’étonne également du silence de l’UMS face aux déclarations du Premier ministre Ousmane Sonko, le 8 novembre, que l’avocat accuse d’avoir publiquement mis en cause le Conseil constitutionnel, la Cour suprême, la Cour d’appel, ainsi que des magistrats tels que Maham Diallo et feu Samba Fall.

Au cœur de sa sortie, se trouvent de graves accusations visant le magistrat Idrissa Diarra. L’avocat dit dénoncer, dans une logique de défense des droits humains, des traitements « inhumains » dont seraient victimes certains détenus placés sous la responsabilité de ce magistrat. Il cite notamment Farba Ngom, décrit comme étant en « danger de mort subite en plein sommeil » selon des expertises médicales qu’il attribue au juge d’instruction, ainsi que l’épouse du journaliste Madiambal Diagne, « en chaise roulante et souffrante », dont l’incarcération serait incompatible avec son état de santé.

Me Thiam affirme que les comportements reprochés au magistrat constituent « un manquement à l’honneur, à la délicatesse et à la dignité de la fonction », des préoccupations déjà soulevées, selon lui, par des organisations de la société civile et par le Conseil national des droits de l’homme. Il annonce vouloir saisir successivement le bâtonnier, la chambre disciplinaire du Conseil supérieur de la Magistrature ainsi que la Cour de justice de la CEDEAO.

L’avocat dit maintenir un « respect total » pour l’institution judiciaire et pour les magistrats « rigoureux et humanistes » qui la composent, tout en précisant que sa critique vise exclusivement le magistrat Idrissa Diarra. Pour lui, la solidarité corporatiste ne devrait pas s’appliquer à une affaire d’une telle gravité. Il appelle enfin à la mobilisation du peuple sénégalais, de l’Ordre des médecins, de l’Ordre des avocats, des organisations de défense des droits humains ainsi que de l’Union Internationale des Avocats (UIA).

Amnesty International alerte sur le respect des droits humains dans les prisons

Invité sur la Radiotélévision Sénégalaise (RTS), le directeur exécutif d’Amnesty International Sénégal, Seydi Gassama, a interpellé les autorités sur les conditions humanitaires de certains détenus, confirmant plusieurs préoccupations soulevées par Moussa Bocar Thiam.

Selon lui, le cas de l’ancien député Farba Ngom est particulièrement préoccupant. À deux reprises, des médecins de l’État auraient conclu à un état de santé critique nécessitant une prise en charge adaptée, sur demande du juge d’instruction. Malgré cela, la justice aurait choisi « d’ignorer » ces recommandations médicales, renforçant, selon lui, « la thèse d’acharnement ».

Le patron d’Amnesty a également évoqué le cas de l’épouse du journaliste Madiambal Diagne, détenue malgré une mobilité réduite et des maladies chroniques. En fauteuil roulant depuis des années, elle aurait pu bénéficier d’un bracelet électronique ou d’un aménagement adapté à sa condition.

Seydi Gassama exhorte la justice à appliquer strictement les décisions médicales et à protéger la dignité humaine afin d’éviter tout soupçon d’acharnement politique ou institutionnel.

La convergence des critiques de Me Moussa Bocar Thiam et d’Amnesty International met en lumière une préoccupation centrale : la nécessité d’un traitement respectueux, équitable et humain des détenus, conformément aux normes nationales et internationales.