Un communiqué de la Direction des Bourses, daté du 8 décembre 2025, fait état d’un accord conclu après de longues négociations entre le ministre de l’Enseignement supérieur, le directeur des Bourses, Jean Amédé Diatta, et le Collectif des étudiants de l’Ucad. Le document, présenté comme une avancée majeure, promet une série de mesures destinées à apaiser la crise des bourses. Mais pour de nombreux observateurs, il ne s’agit que d’un énième palliatif qui ne règle en rien un problème vieux de plusieurs décennies.
L’État propose d’abord de régulariser la situation des étudiants retardataires de Master 1 n’ayant pas reçu leurs bourses pour l’année 2025/2026 ni leur allocation de Master 2 pour 2026/2027. Au total, 12 238 étudiants sont concernés et devraient percevoir 115 000 F CFA, correspondant à six mois de bourse au taux réglementaire. Une seconde proposition vise les étudiants de Master 2 en difficulté d’inscription ou en phase de soutenance. L’État leur accorde une dérogation pour l’année 2025/2026, accompagnée d’un montant global de 390 000 F CFA : une prime de 300 000 F CFA en février 2026, ainsi qu’une mensualité de 65 000 F CFA de février à juillet 2026.
Les étudiants inscrits en Master 2 bénéficieront également de leur traditionnelle subvention de mémoire de 150 000 F CFA dès janvier 2026. Le ministère chiffre l’ensemble de ces efforts à 3 milliards 827 millions 710 mille F CFA. En matière d’arriérés, il est indiqué que le premier paiement de l’année universitaire 2025/2026 — incluant octobre, novembre et le trousseau — restera accessible même en l’absence de résultats académiques de l’année précédente, y compris pour les étudiants en Licence 3 et en Master 1. Cependant, les étudiants ayant déjà redoublé une fois dans leur cycle, ainsi que ceux âgés de plus de 30 ans, sont exclus du dispositif.
Malgré ces annonces, une question de fond demeure : jusqu’à quand le Sénégal va-t-il gérer les crises étudiantes par à-coups ? Depuis plus de vingt ans, tous les régimes qui se succèdent promettent des réformes profondes, mais la réalité reste immuable : retards de paiement, année universitaire chaotique, grèves cycliques, négociations en urgence et décisions prises sous pression. Cette nouvelle mesure, bien que saluée pour son caractère immédiat, n’est en vérité qu’un bandage provisoire posé sur une plaie récurrente.
Les solutions proposées ne s’attaquent pas au problème structurel : l’absence d’un système stable, transparent et pérenne de gestion des bourses. Tant que les autorités continueront à réagir au lieu de prévenir, la crise reviendra inexorablement. Le pays ne peut plus se permettre de répéter le même scénario chaque année universitaire : promesses, tensions, paralysie des cours, négociations tardives, puis un compromis présenté comme une victoire, avant que tout recommence.
L’État appelle les étudiants à reprendre sans délai les cours et promet de poursuivre les discussions avec les amicales pour finaliser les engagements avant la fin du premier semestre 2026. Mais pour beaucoup, il est temps que le gouvernement prenne enfin ses responsabilités et mette en place un mécanisme durable, loin des solutions temporaires et des réajustements improvisés. Les étudiants méritent mieux qu’un apaisement ponctuel : ils attendent une réforme structurelle qui garantisse, une bonne fois pour toutes, la régularité de leurs bourses et la stabilité de leurs études.