SALINISATION DES TERRES DE KAOLACK : À quand la fin de ce désastre ? L’État et les collectivités locales ont-ils failli à leur mission ?(Par Baye Omar Ndiaye)

La salinisation des terres à Kaolack n’est plus un simple phénomène naturel : c’est une urgence environnementale, économique et sociale. Chaque année, des hectares de terres jadis fertiles deviennent improductifs, compromettant l’agriculture, l’élevage et, au-delà, la sécurité alimentaire de milliers de familles du Saloum. Face à l’ampleur du désastre, une question s’impose : où en sommes-nous réellement dans la lutte contre la salinité, et qui doit en porter la responsabilité ?

Un fléau ancien, des réponses insuffisantes

La remontée du sel, accentuée par la proximité du fleuve Saloum, la baisse des pluies, l’avancée de la mer et les effets du changement climatique, est connue depuis des décennies. Des solutions existent pourtant : digues anti-sel, reboisement de mangroves, aménagements hydro-agricoles, techniques de lessivage, promotion de cultures tolérantes au sel. Mais à Kaolack, ces réponses sont fragmentées, lentes et souvent non pérennes.

Responsabilités partagées, leadership attendu

L’État a lancé des programmes et des projets pilotes, certes. Mais l’insuffisance de suivi, le manque de continuité et l’écart entre annonces et réalisations interrogent. Les collectivités locales, quant à elles, peinent à jouer pleinement leur rôle de proximité : planification territoriale faible, moyens techniques limités, coordination insuffisante avec les services déconcentrés.

Peut-on parler de faillite ?

Peut-être pas totale. Mais un déficit de gouvernance est évident. La lutte contre la salinisation exige une vision intégrée, des financements durables, une implication réelle des communautés et une reddition de comptes claire.

Les populations, premières victimes… et premières solutions

Les paysans, éleveurs et femmes transformatrices paient le prix fort. Pourtant, ils détiennent aussi des savoirs locaux précieux. Sans leur implication active , dans la conception, la mise en œuvre et l’entretien des ouvrages,aucun projet ne tiendra dans la durée. Le développement ne se décrète pas, il se co-construit.

À quand le sursaut ?
Kaolack ne peut plus attendre. Il faut :

Un plan régional anti-sel clair, chiffré et évalué annuellement ;la relance et l’entretien des digues et ouvrages existants ;le reboisement massif et la protection des mangroves ;un appui technique et financier aux producteurs pour des pratiques adaptées ;une gouvernance locale renforcée, avec transparence et participation citoyenne.

La salinisation des terres de Kaolack n’est pas une fatalité. Mais sans volonté politique forte, sans coordination efficace et sans implication des populations, le sel continuera de gagner du terrain.

La question n’est donc plus si l’État et les collectivités doivent agir, mais quand et comment ils décideront enfin d’agir à la hauteur de l’enjeu.

Baye Omar Ndiaye,Administrateur de la Voix du Saloum