Ce mardi, le Réseau Paix et Sécurité pour les Femmes de l’Espace CEDEAO (REPSFECO-Sénégal), avec l’appui de l’African Women Development Fund (AWDF), a procédé au lancement officiel de la Coalition Nationale des Organisations de Femmes du Sénégal, une plateforme ambitieuse visant à structurer, renforcer et amplifier les actions de plaidoyer et de lutte contre les VBG à l’échelle nationale.
La création de cette coalition intervient dans un contexte préoccupant. Selon les données de l’Agence nationale de la démographie et de la statistique (ANDS), 31,9 % des femmes sénégalaises ont subi au moins une forme de violence physique, psychologique, sexuelle ou économique au cours des douze derniers mois. Les disparités sont marquées selon les territoires : près de 36,9 % en milieu urbain contre 24,9 % en milieu rural, avec un pic inquiétant dans la région de Diourbel (42,6 %), tandis que Fatick affiche le taux le plus bas (15,1 %). Les régions du Sud-Est, notamment Kédougou, Tambacounda et Kolda, demeurent particulièrement exposées.
Malgré leur engagement constant, de nombreuses organisations féminines agissent encore de manière isolée, souvent avec des moyens limités et un accès inégal aux approches féministes transformatrices. La nouvelle coalition entend rompre avec cette fragmentation pour construire une réponse concertée, structurée et durable.
La Coalition Nationale des Organisations de Femmes du Sénégal se donne pour mission de fédérer les organisations engagées contre les VBG, de renforcer leurs capacités et de porter un plaidoyer commun auprès des décideurs publics. Les organisations membres seront regroupées en quatre zones régionales — Sud-Est, Centre-Ouest, Nord et Centre-Est — afin de favoriser la collaboration territoriale et l’action concertée.
La cérémonie de lancement a permis la présentation officielle de la note conceptuelle, l’adhésion formelle des organisations participantes, l’adoption de la charte constitutive, l’installation d’un comité national provisoire, ainsi que la présentation du plan d’action et des futures sessions de renforcement de capacités.
Madame Diago Ndiaye, Présidente du REPSFECO, a donné le ton d’un engagement résolu et sans équivoque.
« Les violences basées sur le genre demeurent l’une des violations des droits humains les plus répandues, les plus persistantes et souvent invisibles », a-t-elle déclaré, soulignant leurs impacts dévastateurs sur l’intégrité, la santé, l’autonomie économique et la participation citoyenne des femmes et des jeunes filles.
Alertant sur l’extension des violences dans les espaces numériques cyberharcèlement, discours de haine sexistes, diffusion non consentie d’images intimes Mme Diago Ndiaye a insisté : « Ces violences numériques ne sont ni virtuelles, ni anodines. Elles ont des conséquences réelles », allant de l’autocensure au retrait de l’espace public.
Pour la Présidente du REPSFECO, la coalition est une réponse politique et sociale forte : « Le silence n’est plus une option. L’isolement n’est pas une solution. Les réponses fragmentées ont montré leurs limites ». Elle a salué le soutien stratégique de l’AWDF, qualifié de levier essentiel pour impulser des changements structurels durables.
Au-delà de la prise en charge des survivantes, la coalition affiche une ambition claire : s’attaquer aux causes profondes des violences, transformer les rapports de pouvoir et déconstruire les stéréotypes de genre, y compris dans l’univers numérique. Une démarche qui, selon Mme Ndiaye, ne saurait exclure les hommes et les garçons : « Ils ont un rôle essentiel à jouer en tant qu’alliés et acteurs du changement ».
Le lancement de cette coalition marque ainsi un tournant majeur pour le mouvement féministe sénégalais. « Un nouveau chapitre de solidarité, de sororité et de responsabilité collective », a conclu la Présidente du REPSFECO, appelant à bâtir un Sénégal où chaque femme et chaque jeune fille pourra vivre librement, en sécurité et dans la dignité.