Un atelier de restitution d’une étude sur la baisse des grossesses précoces dans les zones d’intervention de l’ONG Grandmother Project – Changement par la culture (GMP) s’est tenu mercredi dernier à l’hôtel La Paillote de Vélingara. La rencontre a réuni des directeurs d’école, le représentant du Centre conseil ado, la cheffe du service de la Famille et de la Solidarité, ainsi que des représentants nationaux et exécutifs de l’ONG.
Depuis 2008, GMP met en œuvre, dans la région de Kolda (sud du Sénégal), le programme Développement holistique des filles (DHF). Cette initiative vise à lutter contre les grossesses et mariages précoces, tout en promouvant la scolarisation des filles et l’abandon des mutilations génitales féminines (MGF).Le programme repose sur une approche intergénérationnelle innovante impliquant adolescents, adultes et aînés autour de réflexions communautaires. Une place centrale y est accordée aux grands-mères, en raison de leur rôle clé dans l’éducation et de leur forte influence au sein des familles.Afin de mesurer l’impact réel du programme sur la réduction des grossesses précoces, GMP a commandité une étude confiée à la psychologue Dr Kadiatou Diallo. Menée dans les communes de Kandia, Némataba et Saré Coly Sallé, l’étude a adopté une méthodologie qualitative fondée sur des entretiens approfondis.Au total, 230 personnes ont été interrogées : 92 jeunes filles, 4 garçons, 59 grands-mères, 72 mères et 3 pères. L’analyse des données met en évidence plusieurs facteurs déterminants expliquant la baisse des grossesses précoces.Parmi les conclusions majeures figure le renforcement du dialogue et de la confiance entre les trois générations de femmes – jeunes filles, mères et grands-mères. Cette dynamique a favorisé une communication plus ouverte sur la sexualité, contribuant à des changements positifs de comportement chez les adolescentes. L’étude révèle que les grands-mères sont les membres de la famille les plus à l’aise pour aborder ces questions sensibles, devenant ainsi une ressource essentielle, longtemps sous-estimée, dans la prévention des grossesses précoces.Les mères reconnaissent désormais l’impact positif des grands-mères sur l’éducation des filles. Elles encouragent davantage leurs enfants à écouter leurs conseils, à se concentrer sur leurs études et à retarder les relations sexuelles jusqu’au mariage. De leur côté, les jeunes filles disent mieux comprendre les dangers des grossesses précoces et se sentent plus confiantes pour refuser les avances des garçons.Selon Judi Aubel, directrice exécutive de GMP, les résultats de l’étude confirment que les adolescentes constituent le principal groupe à risque et nécessitent un accompagnement renforcé.« Les grossesses précoces sont étroitement liées aux mariages précoces. Même si l’on pense souvent que ce sont les pères qui prennent la décision, l’étude montre que l’alliance entre filles, mères et grands-mères peut faire la différence », explique-t-elle.Elle souligne que lorsque ces trois générations féminines sont solidaires et engagées, elles peuvent influencer durablement les décisions familiales, notamment le maintien des filles à l’école.« Penser que la fille seule peut changer des traditions profondément ancrées est illusoire. Les grands-mères représentent une ressource abondante mais largement sous-utilisée dans les programmes de développement », ajoute-t-elle.Présent à l’atelier, Thierno Moussa Baldé, directeur de l’école de Saré Adja et coordonnateur du Codec de Kandia, a salué les résultats de l’étude.« Autrefois, les grossesses précoces étaient récurrentes dans nos villages. Aujourd’hui, grâce à la synergie d’actions menée par GMP, la tendance est nettement à la baisse. Cela prouve que le message est bien passé », a-t-il déclaré.Il a toutefois insisté sur la nécessité d’impliquer davantage les hommes dans les actions de sensibilisation, notamment dans les communautés soninké où le pouvoir décisionnel reste majoritairement masculin.Les recommandations issues de l’étude appellent ainsi à renforcer les capacités des jeunes filles, mais surtout celles de leurs mères et grands-mères, afin de créer un environnement social favorable à leur épanouissement. En parallèle, le dialogue avec les hommes doit se poursuivre pour déconstruire l’approche traditionnelle qui consiste à prévenir les grossesses précoces par le mariage précoce.
Babacar Diouf