La mort tragique de l’étudiant Abdoulaye Ba, survenue le 9 février 2026 à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), relance le débat sur la répression policière dans les universités sénégalaises et sur la gestion des mouvements estudiantins. Ce décès intervient dans un contexte de tensions liées aux arriérés de bourses et à la dégradation des conditions de vie sur les campus universitaires.
Chaque régime a connu ses drames étudiants
En mai 1968, sous le Président Léopold Sédar Senghor, les étudiants de l’UCAD ont lancé un mouvement de grève et de manifestations contre la réduction des bourses et la dégradation des conditions de vie sur le campus. Le mouvement a rapidement gagné d’autres secteurs sociaux, avec le soutien des syndicats. Face à cette mobilisation, le gouvernement a réagi par la répression : déploiement massif de la police, arrestations, blessures et au moins un étudiant tué. L’université fut fermée et un état d’urgence instauré pour contenir la crise. Le Mai sénégalais de 1968 a marqué durablement la mémoire collective, illustrant la force d’organisation des étudiants mais aussi la propension de l’État à réprimer les revendications sociales.
Sous la présidence d’Abdou Diouf (1981–2000), l’UCAD a été le théâtre de grèves fréquentes, de fermetures d’université et d’affrontements avec les forces de l’ordre. Les mouvements étudiants étaient liés au paiement des bourses, au logement, aux réformes pédagogiques et à la précarité aggravée par les politiques d’ajustement structurel des années 1990. Les autorités ont souvent fermé l’université pour contenir les manifestations. Bien que le bilan en vies humaines ne soit pas toujours documenté, ces années ont forgé une méfiance durable entre étudiants et État, laissant une empreinte profonde sur la mémoire étudiante.
Sous le régime d’Abdoulaye Wade (2000–2012), les campus universitaires ont été le théâtre de violences récurrentes. Le 31 janvier 2001, l’étudiant Balla Gaye a été abattu par la police aux premières heures de la présidence de Wade. Le 31 janvier 2012, lors d’affrontements liés au projet de troisième mandat, l’étudiant Mamadou Diop a trouvé la mort après avoir été écrasé par un véhicule de la police, laissant derrière lui une famille avec deux enfants. Ces événements illustrent la vulnérabilité des étudiants face à la répression et les tensions persistantes avec les autorités sous le régime de Wade.
Sous la présidence de Macky Sall (2012–2024), l’étudiant Mohamed Fallou Sène, de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, est décédé en 2018 à la suite de blessures reçues lors de manifestations contre le retard du paiement des bourses.
Sous le régime actuel de Bassirou Diomaye Faye (depuis 2024), Abdoulaye Ba est le tragique symbole d’une répression qui, selon certains observateurs, semble se répéter à chaque changement de gouvernement.
Abdoulaye Ba, étudiant en deuxième année de médecine dentaire, aurait été agressé à l’intérieur d’un bâtiment du campus, alors même qu’il ne participait pas aux manifestations. Les associations étudiantes dénoncent une intervention disproportionnée des forces de sécurité et demandent l’ouverture d’enquêtes indépendantes pour situer les responsabilités.
Entre mémoire collective et crise sociale persistante, la société sénégalaise s’interroge : le sacrifice des étudiants provoquera-t-il de véritables changements structurels, ou ce cycle tragique restera-t-il une constante des mobilisations estudiantines ?