Le bras de fer entre le ministère des Transports terrestres et aériens et la Fédération des syndicats routiers du Sénégal s’enlise dangereusement. Malgré des avancées sur six des dix points de revendication à l’issue du dialogue avec le ministre Yankoba Diémé, les transporteurs ont décidé de maintenir leur mot d’ordre de grève entamé le 30 mars. Une décision lourde de conséquences, qui plonge des milliers de Sénégalais dans une situation de plus en plus intenable.
D’un côté, l’État se félicite de progrès jugés “significatifs” : modernisation du contrôle technique avec des bancs mobiles, harmonisation des contrôles routiers, réforme des gares routières ou encore régularisation administrative des véhicules. Mais sur le terrain, ces annonces peinent à convaincre. Trop lentes, trop techniques, trop éloignées des urgences quotidiennes des acteurs du secteur.
De l’autre côté, les syndicats campent sur une posture de fermeté, rejetant toute solution partielle. Ils dénoncent notamment l’absence de garanties suffisantes et refusent catégoriquement certaines approches, comme la création de commissions sur le transport irrégulier, perçues comme des manœuvres dilatoires. Une radicalité qui, si elle peut se comprendre face à des années de frustrations, interroge néanmoins sur le sens des responsabilités dans un contexte aussi critique.
Mais au milieu de ce duel stérile, c’est le bas peuple qui paie le prix fort.
Chaque jour de grève enfonce un peu plus les citoyens dans le désarroi. Travailleurs incapables de rejoindre leurs lieux de travail, élèves livrés à eux-mêmes, commerçants asphyxiés par la chute de la fréquentation : c’est toute l’économie informelle, pilier du pays, qui vacille. Le transport étant la colonne vertébrale de l’activité économique, sa paralysie entraîne un effet domino dévastateur.
Pendant ce temps, une minorité privilégiée, dotée de moyens alternatifs, continue de fonctionner presque normalement. Une fracture sociale criante se dessine : d’un côté, ceux qui peuvent contourner la crise ; de l’autre, une majorité abandonnée à son sort, condamnée à subir.
Le plus inquiétant reste l’absence de perspective claire de sortie de crise. Le dialogue social semble en panne, chacun renvoyant la responsabilité à l’autre. L’État refuse de céder sur certains points clés, tandis que les syndicats maintiennent la pression sans proposer de compromis tangible.
Cette crise révèle, une fois de plus, les limites d’une gouvernance du secteur des transports marquée par l’improvisation, le manque d’anticipation et une communication défaillante. Elle met également en lumière un syndicalisme parfois plus prompt à bloquer qu’à construire.
Si rien n’est fait rapidement, le pays risque de s’enfoncer dans une paralysie durable, aux conséquences économiques et sociales incalculables. Il est temps que les deux parties descendent de leurs positions de principe pour se recentrer sur l’essentiel : soulager les souffrances des populations. Car au-delà des revendications et des décisions politiques, une réalité s’impose : le peuple, lui, n’a plus le luxe d’attendre.
Par Sadio FATY