SAOUROU SENE : « Le Sénégal est aujourd’hui au sous-sol à cause de l’incompétence du régime Pastef »‎

‎Porte-parole adjoint de Alliance pour la République et coordonnateur national adjoint du Mouvement national des enseignants républicains, Saourou Sène ne fait pas dans la nuance lorsqu’il évoque la gestion du pouvoir par le tandem Bassirou Diomaye Faye–Ousmane Sonko. Dans cet entretien accordé à Évidence, le responsable apériste dénonce une gouvernance qu’il juge « improvisée », alerte sur la dégradation du climat économique et social, et appelle à la construction d’un large front de l’opposition face au régime Pastef.

Beaucoup de Sénégalais parlent aujourd’hui de désillusion vis-à-vis du nouveau régime. Partagez-vous ce constat ?


‎Oui, incontestablement. Il y a aujourd’hui une grande désillusion au sein des populations. Entre 2021 et 2024, les Sénégalais ont été portés par un discours de rupture très fort, avec la promesse d’un changement radical dans la gouvernance et l’amélioration des conditions de vie.
‎Mais après plus d’un an au pouvoir, beaucoup ont le sentiment que les promesses peinent à se matérialiser. Les difficultés économiques persistent, le chômage demeure préoccupant et le climat politique devient de plus en plus tendu.
‎Ce qui inquiète davantage les Sénégalais, c’est aussi l’image renvoyée au sommet de l’État. Les divergences publiques entre le président de la République et son Premier ministre alimentent le doute et créent un sentiment d’instabilité.
‎Vous faites notamment allusion aux déclarations du Premier ministre sur l’état des finances publiques…
‎Absolument. La sortie du Premier ministre du 24 septembre 2024 a marqué un tournant. Lorsqu’il affirme publiquement que le Sénégal était « au sous-sol » et évoque une dette cachée, cela a forcément créé un choc dans l’opinion mais aussi dans les milieux économiques.
‎Depuis lors, beaucoup d’acteurs ont perdu confiance. Or, dans un contexte économique déjà fragile, un pays a surtout besoin de stabilité, de visibilité et de sérénité pour rassurer les investisseurs et soutenir l’activité.
‎Pendant ce temps, les Sénégalais continuent de subir la cherté de la vie et les difficultés du quotidien.
‎Certains observateurs parlent de tensions réelles entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko…
‎Les Sénégalais ont élu un président de la République, en l’occurrence Bassirou Diomaye Faye. C’est lui qui détient la légitimité institutionnelle et qui engage sa responsabilité devant le peuple sénégalais.
‎Aujourd’hui, les citoyens attendent surtout que l’État fonctionne normalement et que les priorités soient orientées vers les préoccupations des populations. Les querelles politiques ou les malentendus internes ne doivent pas prendre le dessus sur les urgences nationales.


Peut-on parler de « cohabitation douce » au sommet de l’État ?


‎Non, je ne le pense pas. La cohabitation a une définition politique claire. Elle intervient lorsque le président et la majorité parlementaire appartiennent à des camps opposés.
‎Ici, nous sommes face à deux responsables issus du même parti politique. Le véritable problème réside davantage dans les difficultés de gouvernance et dans l’absence de réponses concrètes aux attentes des Sénégalais.
‎À l’approche de la Tabaski, la situation sociale semble particulièrement difficile…
‎La réalité sociale est très préoccupante. Aujourd’hui, beaucoup de familles peinent à joindre les deux bouts. La Tabaski, qui est traditionnellement un moment de solidarité et de communion, devient pour certains ménages une source d’angoisse supplémentaire.
‎Acheter un mouton, habiller les enfants ou simplement assurer les dépenses liées à la fête représente désormais un véritable casse-tête pour de nombreux Sénégalais.
‎Le pouvoir d’achat s’est considérablement affaibli et cela se ressent dans presque tous les secteurs.
‎Le gouvernement soutient pourtant avoir hérité d’un pays économiquement fragilisé…
‎Chaque régime peut avoir sa lecture de la situation héritée. Mais les Sénégalais jugent surtout à partir des résultats visibles et de leur vécu quotidien.
‎Sous Macky Sall, le pays avait engagé plusieurs projets structurants et conservait une certaine stabilité économique et institutionnelle. Aujourd’hui, beaucoup ont le sentiment que cette dynamique est en train de ralentir.


Quel doit être le rôle de l’opposition dans ce contexte ?


‎L’opposition doit rester debout, parler aux Sénégalais et porter leurs préoccupations. Elle doit également proposer une alternative crédible et responsable.
‎Dans une démocratie, il est important qu’il existe un débat contradictoire fort, mais dans le respect des institutions et de la stabilité du pays.
‎L’ancien président Macky Sall est annoncé dans certaines sphères diplomatiques internationales, notamment à l’ONU…
‎Macky Sall demeure une personnalité influente sur le plan africain et international. Son expérience à la tête du Sénégal et sa présence dans plusieurs dossiers continentaux lui valent une certaine reconnaissance.
‎Si cette perspective venait à se concrétiser, beaucoup de Sénégalais y verraient une marque de reconnaissance pour le pays.


À quelques mois des élections locales, quelle sera la stratégie de l’APR ?


‎L’objectif est de renforcer les convergences au sein de l’opposition afin de construire une alternative politique solide face au régime actuel.
‎Nous pensons qu’il existe aujourd’hui une forte attente au sein des populations, notamment chez les jeunes confrontés au chômage et au manque de perspectives.


Vous avez également dénoncé le traitement réservé à Pape Malick Ndour…


‎Oui, parce que nous estimons que cette affaire soulève des interrogations. Les informations disponibles indiquent que le rapport évoqué aurait été rédigé avant même l’arrivée de Pape Malick Ndour au PRODAC en janvier 2019.
‎Dans un État de droit, chaque citoyen doit bénéficier de la présomption d’innocence et d’un traitement équitable devant la justice. Le Sénégal s’est toujours distingué par son attachement aux principes républicains et au respect des droits.


‎Un dernier mot ?


‎Je voudrais appeler les Sénégalais à garder espoir malgré les difficultés actuelles. Le pays traverse une période délicate, mais le Sénégal dispose des ressources humaines et institutionnelles nécessaires pour surmonter ces défis.
‎L’essentiel aujourd’hui est de préserver la stabilité nationale et de remettre les préoccupations des populations au cœur du débat public.


‎Propos recueillies par Anta Fofana Konaté  (Correspondante)