PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE : Une stratégie de communication à repenser ?

Depuis plusieurs mois, un constat revient avec insistance au sein des communautés numériques qui avaient porté l’alternance de mars 2024 : la communication du Président Bassirou Diomaye Faye semble avoir perdu en intensité, en visibilité et en efficacité.

Pour beaucoup d’observateurs, la rupture politique et stratégique intervenue entre le Président de la République et le parti PASTEF, ainsi que son leader Ousmane Sonko, a profondément modifié les mécanismes de communication qui avaient contribué à la conquête du pouvoir.

Pendant la campagne présidentielle, puis durant les premiers mois du mandat, chaque déplacement, chaque audience et chaque prise de parole du chef de l’État étaient largement relayés sur les réseaux sociaux. Une armée numérique, composée de militants, de sympathisants et d’influenceurs, amplifiait les messages du Palais et participait à la construction de l’image du nouveau pouvoir.

Aujourd’hui, cette dynamique semble s’être essoufflée. Pourtant, les équipes de communication institutionnelle n’ont pas fondamentalement changé. Les services du Palais continuent de produire des contenus, des comptes rendus d’activités et des images officielles. Mais la portée de ces publications apparaît plus limitée qu’auparavant.

Le problème ne semble donc pas résider uniquement dans la production de contenus, mais plutôt dans leur diffusion et leur appropriation par les communautés numériques. Une communication moderne ne se résume plus à publier des communiqués ou des photographies officielles. Elle repose sur des relais, des ambassadeurs, des influenceurs et des communautés capables de transformer l’information institutionnelle en sujet de conversation publique.

Or, depuis plusieurs mois, les réseaux sociaux sont davantage occupés par les déclarations du Premier ministre Ousmane Sonko, les débats internes à la majorité ou encore les polémiques politiques. Dans cet environnement fortement concurrentiel, les activités présidentielles peinent parfois à capter l’attention du public.

Cette situation crée un paradoxe. Le chef de l’État multiplie les déplacements, les rencontres diplomatiques et les initiatives institutionnelles, mais une partie de l’opinion a le sentiment de moins voir le Président à l’œuvre. Ce décalage entre l’action et sa perception constitue l’un des principaux défis de la communication présidentielle actuelle.

Plus inquiétant encore, le vide laissé par une communication insuffisamment amplifiée est souvent occupé par les rumeurs, les interprétations ou les narratifs construits par les adversaires politiques. En communication politique, l’absence de récit est rarement neutre : elle profite généralement à ceux qui occupent l’espace médiatique.

Le Palais semble ainsi confronté à un choix stratégique. Soit maintenir une communication essentiellement institutionnelle, sobre et protocolaire, au risque de perdre davantage de terrain dans la bataille de l’opinion. Soit reconstruire un écosystème de communication capable de reconnecter le Président avec les communautés numériques qui avaient largement contribué à son accession au pouvoir.

Car en politique, gouverner ne suffit pas. Encore faut-il expliquer, raconter et faire partager l’action publique. Sur ce terrain, nombreux sont ceux qui estiment que la Présidence de Bassirou Diomaye Faye traverse aujourd’hui l’une de ses périodes les plus délicates.