Fondateur du groupe Focon-net, l’entrepreneur tchadien Oumar Hamid Oumar nous a accordé un entretien dans lequel il revient sur son parcours, de ses études à l’Université Gaston Berger du Sénégal à la création de plusieurs entreprises innovantes. Dans cette interview, il partage sa vision d’un entrepreneuriat fondé sur la résolution des problèmes, présente son ambitieux projet ConnectEnergy et dévoile ses perspectives pour contribuer au développement de l’Afrique et au-delà.
Entretien !
Pouvez-vous vous présenter ?
Bonjour. Je m’appelle Oumar Hamid Oumar. Je suis un jeune entrepreneur tchadien, que l’on peut qualifier d’entrepreneur en série.
L’objectif que je me suis fixé dans la vie est simple : résoudre les problèmes partout où j’en vois. Mon parcours m’a permis de développer un état d’esprit qui me pousse à voir des opportunités là où d’autres ne voient que des difficultés.
Parlez-nous de votre parcours académique et professionnel
J’ai obtenu mon baccalauréat au Tchad avant de poursuivre mes études à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, au Sénégal.
Au sein de cette prestigieuse université, dont le slogan est « L’excellence au service du développement », j’ai bénéficié de l’encadrement de plusieurs enseignants et responsables qui ont profondément marqué mon parcours. C’est là que j’ai acquis les bases du leadership, du sens des responsabilités, de la vision et de l’esprit entrepreneurial.
Par la suite, grâce à l’accompagnement de l’un de mes professeurs, j’ai poursuivi un master à l’Université de Yaoundé. Une fois mes études terminées, je suis rentré au Tchad, où a véritablement commencé mon aventure entrepreneuriale.
Présentez-nous le groupe Focon-net
L’histoire de Focon-net débute avec Focon-net Télécoms, une entreprise spécialisée dans la fourniture d’accès à Internet et de services numériques.
À mon retour au Tchad, l’accès à Internet constituait un véritable défi. Il fallait parfois payer jusqu’à 2 000 francs CFA pour une heure de connexion lente et instable. J’ai alors décidé de relever ce défi en créant Focon-net Télécoms.
Cinq ans après sa création, avec les autres acteurs du secteur, nous avons contribué à diviser par cinq le coût de l’accès à Internet tout en multipliant par dix les débits de connexion.
Une fois ce défi en partie relevé, nous nous sommes attaqués à une autre problématique majeure : l’accès à l’énergie. Après avoir participé au Mandela Washington Fellowship, un programme du Département d’État américain, pour lequel j’ai été sélectionné parmi plus de 35 000 candidats africains en 2022 où on devait sélectionner seulement 700, j’ai suivi dix semaines de formation intensive en leadership, management et finance à la Northwestern University de Chicago ainsi qu’à Washington D.C.
Cette expérience a profondément transformé ma vision. À mon retour, nous avons créé Focon-net Energies afin de répondre au déficit énergétique au Tchad. En tant que fournisseur d’accès à Internet, nous étions nous-mêmes confrontés aux coupures d’électricité. Nous avons alors investi dans des solutions solaires fiables et formé nos techniciens aux métiers de l’énergie.
En 2024, nous avons lancé Focon-net Immobilier afin d’apporter davantage de professionnalisme dans un secteur largement dominé par l’informel.
Le 07 fevrier 2026, Focon-net Télécoms et Focon-net Energies ont été sélectionnées parmi les 100 entreprises les plus dynamiques du Tchad par ECOFI. Parmi les treize entreprises distinguées par une Palme d’Or internationale, nos deux sociétés ont chacune reçu cette prestigieuse distinction.
Que représente cette distinction du projet ConnectEnergy, que vous venez de recevoir ici a Dakar parmi les Top100 des Entreprises les plus Innovantes et Dynamiques d’Afrique ; pour vous ?
Le projet récompensé est ConnectEnergy, que nous considérons comme notre projet le plus innovant.
Il repose sur un concept unique qui associe trois services essentiels : l’eau, l’énergie propre et Internet. À cette plateforme s’ajoutent plus de 86 services destinés à améliorer durablement les conditions de vie des populations vivant dans les zones rurales du monde entier.
Notre ambition ne se limite pas aux zones rurales du Tchad. Nous avons conçu trois modèles permettant d’adapter cette solution aux réalités des zones rurales du monde entier, y compris dans les régions où l’ensoleillement est limité.
Le projet vise également à favoriser l’inclusion économique grâce à la formation, au mentorat, à l’accompagnement entrepreneurial et à la valorisation des ressources locales. Les communautés seront formées pour assurer elles-mêmes l’exploitation et la maintenance des installations.
Nous estimons que plus de 3 milliards de personnes vivent aujourd’hui sans accès fiable à l’eau, à l’électricité ou à Internet. Si chacune d’elles parvient à générer seulement un dollar supplémentaire par jour grâce à ces infrastructures, cela représenterait 1 095 milliards de dollars injectés chaque année dans l’économie mondiale.
Question : Quelles sont vos ambitions et vos perspectives ?
Notre ambition est avant tout de servir les populations et de résoudre les problèmes auxquels elles sont confrontées.
Nous sommes convaincus que les Africains doivent être les premiers acteurs du développement de leur continent. Nous voulons être des pionniers de l’entrepreneuriat inclusif, développer des solutions locales à fort impact et les déployer progressivement dans toute l’Afrique, puis dans le reste du monde.
Grâce à l’accompagnement de M. Rollin Foko, expert en business plan, mentorat et coaching entrepreneurial, nous travaillons à faire de ConnectEnergy un projet ouvert et participatif. Notre vision est que chacun puisse y contribuer, que ce soit comme partenaire, investisseur ou actionnaire.
Nous défendons un modèle économique fondé sur la création de valeur collective, différent des modèles financiers traditionnels.
Notre vision dépasse les frontières du Tchad. Les défis rencontrés dans de nombreux pays africains sont similaires. Lorsqu’une solution fonctionne dans un pays, elle peut être adaptée ailleurs.
À l’image d’Amazon, qui est passé d’une librairie en ligne à une plateforme mondiale, nous voulons bâtir des systèmes évolutifs capables de s’adapter aux besoins des populations.
Nos ambitions n’ont pas de limites. Tant que nous existerons, nous continuerons à identifier des problèmes, à imaginer des solutions et à les mettre en œuvre, toujours avec le souci de l’excellence.
Par PMF
Cordialement