DJIBRIL BARRY, Expert Financier et Président-Directeur Général du Cabinet International ECO FINANCE ENTREPRISES: « Déclaration de Politique Générale (DPG) du Premier ministre : Les impératifs économiques majeurs du Sénégal »

À l’approche de la Déclaration de Politique Générale de Son Excellence Monsieur le Premier Ministre devant l’Assemblée Nationale, le Sénégal s’apprête à vivre un rendez-vous stratégique décisif. En tant qu’économiste et technocrate de haut niveau, le chef du gouvernement doit fixer la feuille de route macroéconomique du pays.

Dans un contexte de transition et de défis structurels, son intervention doit répondre à quatre priorités économiques fondamentales pour restaurer la crédibilité de l’État, rassurer les marchés et impulser une croissance durable.

1. Assainissement macroéconomique et rétablissement de la confiance

La crédibilité financière de l’État est le prérequis indispensable à toute ambition de développement.

Audit et transparence budgétaire : Établir un état des lieux exhaustif du déficit et de la dette héritée. Cette transparence constitue la pierre angulaire pour restaurer la confiance des investisseurs, durement éprouvée par la chute spectaculaire des Investissements Directs Étrangers (IDE) en 2025 (passés d’une moyenne de 4 milliards de dollars en 2023-2024 à 37 millions de dollars).

Stratégie de soutien à la dette : Clarifier la trajectoire face aux dégradations des notes souveraines (notamment par Moody’s) et arbitrer de manière claire sur la nécessité ou non d’une restructuration de la dette publique.

Ancrage avec les bailleurs de fonds : Définir une feuille de route rigoureuse pour sceller un nouveau programme de partenariat avec le FMI et la Banque mondiale, indispensable pour générer un effet d’entraînement auprès des investisseurs privés et autres partenaires au développement.

2. Déploiement de la Vision « Sénégal 2050 » et Souveraineté Économique

Il est urgent de rompre avec le modèle d’économie extravertie pour construire une résilience nationale.

Souveraineté commerciale : Réduire le déficit chronique de la balance commerciale en substituant progressivement les importations massives de produits alimentaires et manufacturés par une production nationale compétitive.

Industrialisation obligatoire et valeur ajoutée : Imposer un cadre réglementaire exigeant aux compagnies minières et extractives, les contraignant à investir directement dans la transformation industrielle locale. Une politique similaire doit s’appliquer d’urgence aux secteurs agricole et halieutique pour démultiplier la création de valeur et l’emploi.

Optimisation des ressources stratégiques : Maximiser les retombées directes de l’exploitation pétrolière et gazière afin de faire de la rente énergétique un véritable catalyseur du tissu industriel national.

3. Offensive diplomatique et promotion de la « Destination Sénégal »

Le Sénégal doit adopter une stratégie d’attractivité internationale beaucoup plus aggressive. Le bilan de la dernière décennie, marqué par l’organisation d’un unique Forum Invest in Senegal par l’APIX, montre le retard à rattraper.

Changement d’échelle dans l’attractivité : Sous l’impulsion du Président Bassirou Diomaye Faye, le Sénégal doit multiplier par dix sa présence sur la scène économique mondiale via des forums thématiques, des foires internationales, des conférences d’investisseurs et des missions de prospection.

Partenariats d’expertise : Structurer des collaborations de haut niveau avec des cabinets internationaux spécialisés pour positionner le Sénégal comme le hub d’investissement incontournable en Afrique de l’Ouest.

4. Équilibre social, fiscalité et emploi durable

Le redressement économique doit rapidement se traduire par des retombées tangibles pour la population.

Pouvoir d’achat et coût de la vie : Combiner l’allègement de la fiscalité sur les produits de première nécessité à des mécanismes de régulation des prix plus efficaces.

Réforme fiscale équilibrée : Élargir l’assiette fiscale et rationaliser les dépenses fiscales (niches) sans asphyxier le secteur privé formel.

Emploi des jeunes : Sortir des logiques de subventions temporaires en créant un cadre d’incitation à l’embauche directement connecté aux besoins de croissance du secteur privé national.