Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo annonce une enveloppe de 921 milliards de FCFA destinée à l’assainissement et à la lutte contre les inondations. Une annonce qui intervient alors que, dans plusieurs localités du pays, les eaux continuent de dicter leur loi. Des quartiers sous les eaux, des familles sinistrées, des écoles paralysées et, dans certains cas, des vies fauchées.
Face à cette situation, une question s’impose : combien de milliards faudra-t-il encore mobiliser avant que les résultats ne soient visibles et que les responsabilités soient établies ?
Le Sénégal n’en est pourtant pas à sa première mobilisation financière contre les inondations. En 2005, le Plan Jaxaay avait déjà mobilisé plus de 70 milliards de FCFA. Entre 2012 et 2022, le Programme de développement et de lutte contre les inondations (PDLI) aurait, selon les chiffres avancés, mobilisé 766 milliards de FCFA.
Et pourtant, les images se répètent.
À Keur Massar, les eaux envahissent encore certains quartiers. À Djiddah Thiaroye Kao, les populations continuent de faire face aux difficultés liées aux eaux stagnantes. Touba et Saint-Louis sont également confrontées aux conséquences des fortes pluies. Des canaux sont bouchés, des bassins de rétention sont dénoncés comme insuffisamment opérationnels et des infrastructures peinent à jouer pleinement leur rôle.
Alors, où sont les résultats des milliards déjà engagés ?
La question n’est pas de nier l’ampleur des besoins ni de contester la nécessité de nouveaux investissements. Elle est de demander des comptes sur les sommes déjà mobilisées et sur les ouvrages censés protéger les populations.
Avant de parler de nouveaux financements, l’État doit pouvoir dire ce qui a été réalisé avec les enveloppes précédentes, où les ouvrages ont été construits, combien ils ont coûté et pourquoi certains dispositifs semblent aujourd’hui incapables de protéger efficacement les populations.
Le nouveau pouvoir avait promis la rupture. Mais face aux inondations, le scénario semble familier : les premières fortes pluies arrivent, les quartiers se retrouvent sous les eaux, les motopompes sont déployées, les réunions de crise se multiplient et de nouvelles enveloppes financières sont annoncées.
Le problème du Sénégal serait-il uniquement un problème d’argent ?
La question mérite d’être posée. Car injecter davantage de milliards dans un système dont l’efficacité et la gestion n’ont pas été suffisamment évaluées ne garantit en rien une solution durable.
Le préalable devrait être clair : auditer, contrôler, sanctionner lorsqu’il y a lieu, puis investir.
Les populations sinistrées ont besoin de réponses concrètes. Aux familles endeuillées, des condoléances doivent être adressées. Mais le deuil ne peut pas constituer la seule réponse de l’État. Lorsqu’une catastrophe entraîne des morts, des blessés, des déplacements de familles et la fermeture d’écoles, la responsabilité publique impose également de rechercher les causes et de tirer les conséquences.
Il faut donc un audit public des fonds consacrés à la lutte contre les inondations, avec la publication des rapports, des montants engagés et de la liste des ouvrages effectivement réalisés. En cas d’irrégularités établies, les procédures judiciaires appropriées doivent être engagées.
Il faut également renforcer le Plan ORSEC, permettre aux élèves de retrouver leurs salles de classe, accélérer la prise en charge des sinistrés et examiner les mécanismes d’indemnisation des victimes.
Avant les 921 milliards, les 766 milliards doivent avoir des réponses.
Car un chiffre, même spectaculaire, ne remplace ni un ouvrage fonctionnel, ni un audit, ni une reddition des comptes.
Le Sénégal n’a pas seulement besoin de milliards contre les inondations. Il a besoin de transparence, de contrôle et de responsabilités.
Et surtout, à la question des populations qui vivent chaque hivernage avec la peur de voir leurs maisons envahies par les eaux, une autre question devient incontournable :
À quand les sanctions, lorsque des fautes ou des détournements sont établis ?
Gouverner, ce n’est pas seulement promettre pour demain. C’est aussi répondre aux urgences d’aujourd’hui et rendre compte des milliards d’hier.