Au terme d’une tournée de suivi dans les 13 régions du Sénégal, le ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, Dr Cheikh Oumar Bâ, a présenté, ce jeudi 8 octobre 2026, le bilan provisoire de la campagne agricole. Si la situation reste globalement satisfaisante, les longues pauses pluviométriques ont provoqué des pertes dans plusieurs localités. Le gouvernement annonce un recensement des exploitations touchées et des mesures d’accompagnement ciblées. Cet exercice de redevabilité s’est articulé autour de plusieurs points dint l’état des cultures, les disparités pluviométriques, les pertes déjà constatées et les mesures à prendre pour soutenir les producteurs et les éleveurs affectés. « Pour moi, cet exercice est un devoir de rendre compte », a déclaré le ministre. Engagée depuis le 7 juillet, la tournée ministérielle visait à suivre les différentes étapes de la campagne, depuis la mise en place et la cession des intrants subventionnés jusqu’à l’évolution des cultures et à la préparation de la commercialisation.Selon Dr Cheikh Oumar Bâ, le calendrier arrêté lors du conseil interministériel du 30 juin a été respecté. Il prévoyait la mise en place de 85 % des intrants au plus tard le 10 juillet et de la totalité au 31 juillet. Le budget de la campagne a été fixé à 130 milliards de FCFA.
Le ministre a également fait état d’une hausse de 15 % des enlèvements d’engrais NPK auprès des Industries chimiques du Sénégal (ICS), pour atteindre 107 000 tonnes. Cette progression intervient dans un contexte international marqué par la hausse des prix de l’urée, sur fond de tensions au Moyen-Orient. L’État affirme avoir absorbé une partie de la pression sur les coûts afin de préserver les producteurs.
L’enveloppe de 130 milliards de FCFA couvre notamment les semences d’arachide, de mil, de sorgho, de maïs et de riz, mais aussi celles de niébé, de sésame et de pastèque. Elle prend également en charge les amendements, la mécanisation, l’assurance agricole, la protection des végétaux et le coton.
Le ministre a, par ailleurs, mis en avant la diversification des interventions, notamment à travers le programme « Grenier de maïs », fondé sur des semences hybrides subventionnées à 100 %, ainsi que le développement d’une production de mil sous contrat. Malgré ces efforts, la campagne reste marquée par de fortes disparités pluviométriques. Si les cultures présentent une évolution globalement satisfaisante dans plusieurs régions, de longues pauses de deux à trois semaines ont entraîné un stress hydrique dans certaines zones du centre, de l’est et du nord-est.
Les cultures de maïs, d’arachide et de riz pluvial ont notamment été affectées, particulièrement lorsque les pauses intervenaient au début de la floraison. Dans le bassin arachidier et dans le sud du pays, les conditions sont, dans l’ensemble, plus favorables, même si des disparités subsistent d’une localité à l’autre.
La région de Kaffrine illustre ces difficultés. Sur les 33 postes pluviométriques suivis, 20 affichent un déficit par rapport à l’année précédente. Les départements de Koumpentoum, Kanel et Matam figurent également parmi les zones confrontées à des difficultés.
Le ministre a reconnu que des pertes sont déjà acquises dans certaines localités, notamment dans des communes où les cultures céréalières ont été lourdement compromises. Dans la vallée du fleuve Sénégal, l’absence de crue à Podor compromet, en outre, les cultures de décrue. À Kédougou, la crue du fleuve Gambie a, à l’inverse, inondé une quarantaine d’hectares. La situation phytosanitaire fait également l’objet d’une surveillance, notamment face aux chenilles légionnaires et aux foreurs de tiges sur le maïs, ainsi qu’aux attaques d’insectes sur d’autres spéculations. Selon le ministre, les services compétents ont engagé des interventions et la situation est globalement maîtrisée.
Toutefois, le gouvernement estime prématuré d’établir un bilan définitif des rendements et des productions. La Direction de l’analyse, de la prévision et des statistiques agricoles (DAPSA) poursuit les évaluations, qui devraient permettre de disposer d’une situation plus précise vers la fin du mois d’octobre.
Face aux pertes enregistrées, le ministère annonce un bilan géolocalisé des dégâts après le 12 octobre, suivant une méthode commune. Les producteurs touchés seront recensés localité par localité afin de déterminer les mesures d’accompagnement en fonction de la taille des exploitations et de l’ampleur des pertes. Les réponses envisagées comprennent notamment la mise à disposition de semences de niébé et de pastèque dans les zones où les semis restent possibles, ainsi qu’un soutien alimentaire aux ménages les plus affectés. L’accès à des semences adaptées et à l’assurance agricole pour les prochaines campagnes figure également parmi les pistes évoquées.
Le ministre a toutefois souligné la nécessité de concilier la rapidité de l’intervention avec le respect des procédures de passation des marchés publics. Il a notamment cité les difficultés rencontrées pour accélérer certains travaux de maîtrise de l’eau et mobiliser les ressources destinées à soutenir les éleveurs.
Sur le plan pastoral, la situation demeure relativement favorable dans plusieurs zones, grâce à la disponibilité des pâturages et au remplissage des points d’eau temporaires. Cette situation a contribué à améliorer l’état corporel du cheptel et s’est accompagnée d’une légère baisse des prix de la viande durant la dernière décade de septembre. Mais les longues pauses pluviométriques ont provoqué un déficit fourrager dans plusieurs localités, notamment dans la région de Matam, à Linguère et Louga, à Koumpentoum, ainsi que dans certaines zones de Kaffrine, de Fatick et de Saint-Louis. Le ministère redoute une raréfaction progressive des ressources pastorales, l’assèchement des points d’eau et des départs précoces en transhumance.
Pour faire face à ces difficultés, le gouvernement prévoit de renforcer les infrastructures hydrauliques. Le ministre a annoncé que 208 forages, nouveaux ou réhabilités, ont été réalisés en 2026 dans les différentes zones agroécologiques du pays. À cela s’ajoutent 79 forages solaires prévus en 2026-2027 dans 11 régions, ainsi qu’un programme de 100 forages solaires destiné à 50 coopératives, avec l’objectif d’irriguer 5 000 hectares, dont 1 000 hectares consacrés aux cultures fourragères. La mécanisation constitue un autre défi majeur soulevé par les producteurs au cours de la tournée. Pour répondre à cette demande, l’État prévoit l’acquisition de 500 mini-tracteurs et de 500 motoculteurs, qui devraient être disponibles avant la fin de l’année 2026.
Ces équipements doivent contribuer au renouvellement du parc agricole et faciliter le travail du sol, particulièrement pour les petits exploitants. Le ministère entend également améliorer la maintenance et la réparation du matériel, dont les pannes constituent une difficulté récurrente dans plusieurs zones de production.
Pour la contre-saison, les autorités prévoient par ailleurs de renforcer l’accès à l’irrigation, notamment par le transfert de motopompes et la valorisation de forages pastoraux dans les départements de Podor, Dagana et Matam. Dans la vallée du fleuve Sénégal, les priorités portent sur la double culture, la réhabilitation des aménagements dégradés et le curage des axes hydrauliques.
Au-delà du bilan agricole, Dr Cheikh Oumar Bâ a défendu une nouvelle méthode de gestion fondée sur la proximité avec les producteurs et la transparence dans la distribution des intrants. La sélection des opérateurs par appel à manifestation d’intérêt, l’installation de commissions de distribution et la participation de représentants des femmes, des jeunes, des autorités territoriales et des forces de défense et de sécurité figurent parmi les mesures mises en avant.
Le ministère prévoit également de généraliser la digitalisation du suivi des intrants, après une phase pilote dans les départements de Nioro et de Tivaouane. L’objectif est de permettre aux citoyens de vérifier les quantités attribuées et distribuées, ainsi que les bénéficiaires effectifs des subventions publiques. « Le cap est maintenu, le cap c’est le référentiel, mais la démarche doit changer », a résumé le ministre.
PMF