YVES LAMINE CISS, MAIRE DE MONT-ROLLAND : « Le Parti socialiste est grippé, mais notre priorité reste le développement de Mont-Rolland »

Après plus de quinze ans à la tête de Mont-Rolland, Yves Lamine Ciss revendique un bilan construit autour de l’éducation, de la santé et de l’emploi. Mais derrière la gestion locale, l’homme politique assume aussi une parole plus libre sur l’avenir du Parti socialiste, qu’il juge en perte de vitesse. Dans cet entretien accordé à Évidence, il défend son action, plaide pour une refondation du système éducatif et justifie la création de son mouvement CAP .

Vous êtes à la tête de Mont-Rolland depuis 2009. Quel bilan défendez-vous aujourd’hui ?

Quand nous sommes arrivés, la commune faisait face à d’énormes défis. Il fallait pratiquement tout construire. Nous avons donc fait le choix clair d’ investir dans le capital humain avant tout.

L’éducation a été placée au cœur de notre action. À l’époque, nous avions près d’une trentaine d’abris provisoires. Aujourd’hui, ils ont pratiquement disparu. Des salles de classe ont été construites, les écoles ont été équipées et les fournitures scolaires sont mises à disposition dès l’ouverture des classes.

Mais construire des murs ne suffit pas. Nous avons également mis en place des cours de renforcement pour les élèves du primaire et des journées d’excellence qui récompensent les meilleurs. Nous voulons créer une culture du mérite.

Vous semblez considérer l’éducation comme le socle du développement local…

Absolument. Une commune ne peut pas se développer durablement sans investir dans sa jeunesse. Nous accompagnons les élèves du primaire jusqu’à l’université. La commune finance des logements pour des étudiants dans plusieurs villes universitaires du pays et soutient de nombreux jeunes engagés dans des formations professionnelles. Nous refusons qu’un enfant de Mont-Rolland abandonne ses études faute de moyens.

Vous défendez beaucoup la formation professionnelle. Pourquoi ?

Parce que notre système produit trop souvent des diplômés qui peinent ensuite à trouver leur place dans le marché de l’emploi.
Je pense que le Sénégal doit avoir le courage de repenser son système éducatif. Nous avons longtemps mis l’accent sur l’enseignement général au détriment des métiers techniques.
Or, un pays se développe aussi grâce à ses techniciens, ses artisans et ses professionnels qualifiés. Nous devons rapprocher davantage l’école de l’entreprise et permettre aux jeunes d’acquérir très tôt des compétences pratiques.
Former pour former n’a aucun sens. Il faut former pour insérer.

« La santé commence par l’assainissement »
Quel bilan faites-vous dans le domaine sanitaire ?

La santé ne se limite pas aux postes de santé ou aux médicaments. Nous avons commencé par travailler sur l’environnement de vie. La commune s’est dotée d’un système de collecte des déchets alors que beaucoup de collectivités attendent encore les interventions de l’État. Aujourd’hui, la propreté de Mont-Rolland est souvent citée en exemple. Nous avons également investi dans l’accès à l’eau potable, dans les médicaments et dans l’accompagnement des structures sanitaires.
Plusieurs infrastructures sont en cours de réalisation ou ont été renforcées avec l’appui de partenaires.

Vous insistez aussi sur la mutuelle de santé…

Parce que les infrastructures ne servent à rien si les populations ne peuvent pas accéder aux soins. Nous avons engagé une campagne d’adhésion massive à la mutuelle. Nous sommes passés de moins de mille adhérents à plus de cinq mille aujourd’hui. C’est une avancée importante, même si le défi reste immense.

Vous affirmez que Mont-Rolland a connu une transformation économique importante. Sur quoi vous fondez-vous ?

Pendant des décennies, la baisse de la pluviométrie a fragilisé notre économie locale. Beaucoup de familles vivaient dans une situation difficile. Nous avons travaillé à attirer des projets agricoles structurants. Aujourd’hui, ces investissements génèrent des milliers d’emplois et participent à la relance de l’activité économique. Autrefois, beaucoup de personnes venaient solliciter une aide alimentaire. Cette réalité s’est considérablement réduite grâce aux opportunités créées par ces projets.

Quels sont les projets qui pourraient encore accélérer cette dynamique ?

Le plus structurant reste sans doute le futur lycée technique annoncé dans la commune.
S’il se concrétise, il pourrait devenir un véritable pôle de formation et d’activité économique. Nous parlons d’un projet capable de former des jeunes tout en créant de nouvelles opportunités d’emploi. C’est exactement le type d’investissement dont nos territoires ont besoin.

Les questions sportives et culturelles sont souvent reléguées au second plan dans les collectivités. Quelle est votre approche ?

Le sport est un outil d’encadrement, d’éducation et de cohésion sociale. Nous avons accompagné plusieurs disciplines sportives et soutenu les associations qui travaillent avec les jeunes. Un jeune qui pratique un sport est un jeune qui apprend la discipline, le respect des règles et l’esprit collectif.
Et la culture ?

Nous avons aussi mis beaucoup de moyens pour soutenir les acteurs culturels dans leur organisation et accompagné la création d’un centre culturel reconnu officiellement.
Aujourd’hui, des formations artistiques y sont proposées, un studio d’enregistrement est fonctionnel et des journées culturelles sont en préparation. Notre objectif est de permettre aux jeunes talents de s’exprimer et de vivre de leur art.

« Le Parti socialiste est grippé »
Vous êtes resté membre du Parti socialiste, mais vous avez créé le mouvement CAP. Pourquoi ?

Parce qu’il faut regarder la réalité en face.
Le Parti socialiste traverse une période difficile. Je l’ai dit et je le répète : le parti est grippé. Les espaces de débat n’existe presque plus. Les réunions se raréfient et beaucoup de militants s’interrogent sur l’avenir de la formation.
La CAP est née de cette réflexion. Nous voulons participer au débat national et apporter notre contribution sur les grandes questions qui concernent le pays.

S’agit-il déjà d’une locomotive électoral ?

Une organisation politique qui n’a aucune ambition électorale n’a pas beaucoup de sens.
Mais nous restons prudents. Avant de parler de candidatures ou de conquête du pouvoir, il faut d’abord exister politiquement, se structurer et mesurer sa capacité de mobilisation.
Ce qui est sûr, c’est que nous sommes candidat lors des prochaines échéances locales.

Quel regard portez-vous sur le climat politique national ?

Je trouve que nous passons parfois trop de temps à nous battre sur des questions politiciennes alors que les populations attendent des réponses concrètes.
Le Sénégal fait face à des défis majeurs dans l’emploi, l’éducation, la santé et la formation. C’est là-dessus que devrait se concentrer l’essentiel du débat public.
Les institutions doivent servir la nation. Elles ne doivent pas devenir des instruments de confrontation permanente.

Quel est aujourd’hui votre principal combat ?

Continuer à transformer Mont-Rolland. Le développement n’est pas une succession de projets isolés. C’est une vision d’ensemble.
Et tant qu’il restera des jeunes à former, des infrastructures à construire et des opportunités à créer, pour nous le travail ne sera pas terminé.

Propos recueillies par Anta Fofana Konaté