Le lancement officiel de la Fondation Sénégal Solidaire, ce mercredi, par les deux premières dames Marie Khone Faye et Absa Faye, marque un tournant inédit dans le paysage institutionnel sénégalais. Présentée comme une initiative à forte vocation sociale, la fondation suscite toutefois un débat intense, révélateur de lignes de fracture au sein même du pouvoir. Derrière l’ambition affichée de renforcer les actions en faveur des couches vulnérables, ce projet soulève des interrogations sur sa légitimité, sa gouvernance et sa place dans l’architecture institutionnelle. Car au Sénégal, si aucune disposition légale n’impose à une première dame de créer une fondation, la mise en place d’une telle structure reste encadrée et implique, de facto, la responsabilité du chef de l’État.
Une rupture… ou un revirement ?
Pendant près de deux ans, l’absence de fondation sous le régime du président Bassirou Diomaye Faye avait été perçue comme un choix politique fort, en cohérence avec un discours de rupture vis-à-vis des pratiques jugées personnalisées du pouvoir. La création de la Fondation Sénégal Solidaire apparaît dès lors comme un virage. Certes, le modèle retenu — une fondation commune aux deux premières dames — constitue une innovation notable, visant à mutualiser les actions et à éviter toute rivalité symbolique. Mais cette originalité ne suffit pas à dissiper les critiques.
Une polémique au sein de la majorité
Très vite, des voix discordantes se sont fait entendre, y compris dans les rangs de la mouvance présidentielle. L’honorable députée Maïmouna Bousso a exprimé ses réserves, appelant à un encadrement strict et à une transparence totale. Sans s’opposer à l’engagement des épouses du chef de l’État, elle met en garde contre la création de structures parallèles susceptibles d’échapper au contrôle public. Une crainte partagée par plusieurs observateurs, qui redoutent des circuits financiers opaques et une dilution des responsabilités. À l’inverse, des soutiens se sont manifestés, à l’image de Ndeye Marième Diarra, qui salue une initiative “venue à son heure”, capable de renforcer l’action sociale de l’État.
Une ligne de fracture entre Sonko et Diomaye ?
Mais au-delà du débat institutionnel, c’est surtout la dimension politique qui retient l’attention. La question de la fondation semble cristalliser des divergences plus profondes entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko. Selon plusieurs sources au sein de la majorité, ce dossier figurerait parmi les sujets de désaccord entre les deux hommes. Le chef du gouvernement, fidèle à une ligne critique vis-à-vis des fondations liées aux premières dames, y serait opposé, une position relayée et amplifiée par ses partisans dans les médias. Résultat : deux camps semblent désormais se dessiner au sein du pouvoir — les “pro-Diomaye”, favorables à l’initiative, et les proches de Sonko, plus réservés, voire hostiles.
Un test pour la solidité du duo exécutif
Dans ce contexte, le lancement de la Fondation Sénégal Solidaire intervient comme un révélateur des fragilités au sommet de l’État. Alors que les divergences sont désormais publiques, cette initiative pourrait accentuer une relation déjà sous tension entre le président et son Premier ministre. La question est désormais sur toutes les lèvres : jusqu’où le duo Diomaye-Sonko pourra-t-il tenir face à des désaccords de plus en plus visibles ?
Entre promesse sociale et enjeu politique
Au-delà des polémiques, la fondation porte une ambition réelle : structurer et amplifier les actions sociales en faveur des populations vulnérables. Mais sa crédibilité dépendra de sa capacité à garantir transparence, efficacité et pérennité. Car, comme le soulignent plusieurs analystes, la véritable rupture ne résidera pas dans l’annonce, mais dans la manière dont cette fondation sera gérée. Dans un contexte politique déjà sensible, la Fondation Sénégal Solidaire apparaît ainsi comme bien plus qu’un simple projet social : un test grandeur nature de gouvernance… et de cohésion au sommet de l’État.