LIMOGEAGE DU DG DE LA SANTÉ : Ousmane Cissé emporté par un scandale de cyberharcèlement ?

En marge du Conseil des ministres de ce mercredi 15 avril 2026, le Président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, a procédé à un changement à la tête de l’administration sanitaire. Le Directeur général de la Santé, Dr Ousmane Cissé, a été démis de ses fonctions. Pour lui succéder, le chef de l’État a nommé M. Youssouph Tine, médecin titulaire d’un Master en santé publique, jusque-là Directeur régional de la Santé de Ziguinchor. Il prend désormais les rênes de la Direction générale de la Santé, un organe stratégique du ministère chargé de la mise en œuvre de la politique sanitaire nationale.

Ce limogeage intervient dans un contexte particulièrement sensible, marqué par une affaire judiciaire mêlant accusations de cyberharcèlement, menaces et rupture entre anciens alliés politiques. Dr Ousmane Cissé, considéré comme proche du Premier ministre Ousmane Sonko, est en effet poursuivi pour complicité dans une affaire l’opposant à El Hadji Mansour Diop, Directeur de l’hôpital Hôpital Aristide Le Dantec.

Les faits remontent à juin 2024, lorsque Mansour Diop reçoit des messages WhatsApp anonymes contenant des injures, des menaces et des propos diffamatoires visant sa personne, son épouse et sa famille. Une plainte contre X est alors déposée. L’enquête menée par la police du Point E, appuyée par des réquisitions auprès de l’opérateur Free, permet d’identifier un téléphone de marque Tecno comme étant à l’origine des messages incriminés.

Les investigations ont révélé que ce téléphone avait été acheté par Ousmane Cissé, qui reconnaît l’avoir remis à son ami Pape Ibrahima Thiam. Ce dernier, bijoutier de profession, a reconnu être l’auteur des messages. À la barre, il a expliqué avoir agi pour « soutenir » son ami, dans un contexte de différend opposant les deux anciens camarades du parti Pastef-Les-Patriotes. Il a également admis avoir sollicité un écrivain public pour rédiger les messages injurieux, dans le but de ternir l’image de la partie civile.

De son côté, Ousmane Cissé nie toute implication directe, affirmant n’avoir ni rédigé ni commandité les messages, malgré la fourniture du téléphone et de la carte SIM. À l’audience, les deux anciens alliés ont exposé les raisons de leur brouille, notamment un différend financier remontant à 2023, chacun rejetant les accusations de l’autre.

Le parquet, s’appuyant sur les éléments techniques recueillis lors de l’enquête, estime que les responsabilités sont établies. « Un crime n’est jamais parfait. Les preuves scientifiques ont parlé », a déclaré le représentant du ministère public. Il a requis six mois de prison ferme contre les deux prévenus, ainsi qu’une amende de 500 000 FCFA, considérant que la fourniture des moyens matériels constitue une forme de complicité.

Les avocats de la partie civile ont, pour leur part, réclamé 50 millions de FCFA de dommages et intérêts, évoquant un préjudice moral important et une atteinte à la réputation de leur client. La défense d’Ousmane Cissé plaide la relaxe, soutenant qu’aucune preuve ne démontre son implication directe dans la rédaction ou l’envoi des messages, tandis que celle de Pape Ibrahima Thiam sollicite une application bienveillante de la loi, en raison de ses aveux et de ses excuses.

Dans ce contexte, le limogeage de l’ancien Directeur général de la Santé suscite de nombreuses interrogations. Si certains y voient une décision administrative classique, d’autres estiment qu’elle pourrait être liée à cette affaire judiciaire aux relents de scandale mêlant cyberharcèlement et règlements de comptes entre anciens camarades politiques.

Le tribunal d’instance de Dakar a mis l’affaire en délibéré. Le verdict est attendu le 12 mai 2026.

Par Sadio FATY