Le climat politique sénégalais pourrait connaître un nouveau tournant. Le mouvement citoyen Y’en a Marre, fidèle à sa tradition contestataire, multiplie les initiatives et semble se préparer à un bras de fer avec le régime du président Bassirou Diomaye Faye.
Dans une dynamique de relance, le mouvement a entamé une série de rencontres discrètes avec des figures politiques aux profils variés. Une délégation a notamment échangé avec l’ancien ministre Aly Ngouille Ndiaye et le député Papa Djibril Fall. Des discussions jugées « enrichissantes » par les organisateurs, qui ont permis de baliser les contours de leur nouvelle initiative baptisée « Taxaw Saytu ».
Ces concertations débouchent déjà sur des engagements concrets. Les deux personnalités rencontrées ont annoncé leur participation active à la mobilisation prévue les 24 et 25 avril à la Place de la Nation (ex-Obélisque), un lieu hautement symbolique des luttes citoyennes à Dakar.
Mais au-delà de la simple mobilisation, c’est bien une stratégie de repositionnement que semble opérer Y’en a Marre. Longtemps considéré comme un acteur majeur de la contestation sous les régimes précédents, le mouvement avait vu son influence s’éroder ces dernières années, notamment en raison de la proximité supposée de certains de ses membres avec l’actuel pouvoir.
Aujourd’hui, les lignes bougent. Entre les difficultés persistantes vécues par les Sénégalais, les attentes non satisfaites depuis l’alternance, et les signaux internes comme le limogeage de Kilifeu ou encore le ton de plus en plus engagé de Thiat, les conditions d’un durcissement semblent réunies.
Le lancement de « Taxaw Saytu » apparaît ainsi comme un moment charnière. Y’en a Marre tente de se réapproprier son rôle de vigie citoyenne, en fédérant au-delà de ses rangs et en renouant avec une posture critique, y compris face à un régime que certains de ses sympathisants avaient contribué à porter.
Dans ce contexte, la confrontation avec le pouvoir en place semble de moins en moins évitable. Si la mobilisation annoncée tient ses promesses, elle pourrait marquer le retour d’un acteur clé de la contestation dans l’arène politique sénégalaise, avec un discours plus radical et une volonté affichée de peser sur les orientations du pays. Reste à savoir si cette renaissance annoncée se traduira par un véritable rapport de force ou si elle se heurtera aux réalités d’un paysage politique en pleine recomposition.