DONNÉES GÉOGRAPHIQUES ET ATTAQUE COORDONNÉES DES JIHADISTES AU MALI : L’analyse d’un revers stratégique par Sheikh Mamadou Dieng

C’est à un vrai sursis de la junte militaire qu’on pense après la sanglante attaque que vient de subir le Mali. En effet c’est pour la première fois que le Front de libération de l’Azawad (Fla) de Bilal Ag Acherif, mouvement indépendantiste essentiellement Touareg et le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (Jnine) de Iyad Ag Ghali affilé à Al Qaïda pour l’instauration de la Charia au Mali, s’entendent sur une même stratégie de combat. Celle-ci a conduit à la perte de Kidal, principale ville du grand nord et symbole de la souveraineté du Mali sur toute cette région. Cette situation convoque au moins trois éléments d’analyse pertinents, dans la situation catastrophique que vit le Mali aujourdhui. En premier lieu il convient de retenir que la dénociation unilatérale des accords d’Alger par la junte malienne, aura été une grave erreur parce que ces accords sous garantie de l’Algérie avec qui le Mali partage plus d’un millier de kilomètres de frontière, permettaient au moins de construire un minimum de consensus entre les Touareg du nord et le reste du pays. Il y’a aussi La mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) qui était une opération de maintien de la paix des Nations unies au Mali qui a été remercié sans ménagement par la Junte militaire alors qu’elle intervait dans le cadre de la guerre du Mali et était la composante principale de l’intervention militaire au Mali.
En second lieu les coups d’Etat ne constituent pas la solution au problème irrédentiste ou de Jihadisme parce que justement la junte militaire a été battue sur ce qu’elle sait faire le mieux, la guerre. Lorsque le Président de la République est ex filtré de son Palais, le Ministre de la défense tué et le Chef du renseignement militaire gravement blessé, on est en situation d’échec !
Il y’a aussi que la brusque reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental a aussi sûrement braqué les algériens qui de toute évidence ne sont pas étrangers à ce qui se passe actuellement au Mali, en matériel et en renseignements. 
Au total, la Junte malienne a aussi surestimé ses forces et a quelque peu misé sur un mauvais cheval en s’appuyant sur Wagner puis sur Africa corps des mercenaires russes. La perte sans combat de Kidal est une parfaite capitulation du partenaire russe et revèle son incapacité a soutenir dans la durée, une guerre asymétrique.
Il y’a enfin que la coopération entre les membres de l’Alliance des Etats sahéliens (Aes) n’a pas été opérationnelle, au-delà des professions de foi. Personne n’a vu le contingent de 5 000 hommes constitué pour appuyer tout Etat de l’Alliance attaqué. Il s’y ajoute que rien n’a été prévu non plus avec les Etats voisins directs que sont le Sénégal, la Guinée, la Côte d’Ivoire et la Mauritanie. C’est une erreur strategique majeure. De toutes évidence, des lendemains sécuritaires difficiles attendent le Mali et il convient d’en prendre pleinement confiance dès maintenant.

Sheikh Mamadou Dieng 
Lauréat Centre d’études diplômatiques et stratégiques