ÉLECTRIFICATION RURALE : Cinq pays africains réunis à Dakar pour accélérer leurs engagements climatiques

Le Sénégal accueille du 29 juin au 1er juillet le premier atelier régional d’échange entre pairs consacré à l’électrification rurale comme levier de mise en œuvre des Contributions déterminées au niveau national (CDN). Cette rencontre pionnière rassemble des délégations du Burkina Faso, du Cameroun, du Gabon, du Sénégal et du Togo, ainsi que des partenaires techniques et financiers, avec l’ambition de renforcer la coopération régionale afin d’accélérer la transition énergétique et l’action climatique en Afrique.

Présidant la cérémonie d’ouverture au nom du ministre de l’Environnement et de la Transition écologique, le Directeur de cabinet, Dr Bouré Diouf, a rappelé que l’accès à l’électricité en milieu rural constitue un levier stratégique de développement, de résilience climatique et de réduction des inégalités territoriales. Dans son message, le ministre a également mis en avant les progrès réalisés par le Sénégal dans le développement des énergies renouvelables, notamment le solaire et l’éolien, tout en soulignant que l’atteinte des objectifs climatiques passe par une coopération internationale renforcée.

Organisée dans le cadre du Global Mutirão, cette rencontre bénéficie de l’appui du Secrétariat de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), du gouvernement suisse et de plusieurs institutions partenaires.

Pour Walters Tubua, chef du Centre régional de collaboration pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre de la CCNUCC, cette initiative vise à créer une dynamique d’apprentissage entre pays confrontés à des défis similaires, tout en favorisant le développement de projets bancables susceptibles d’attirer davantage de financements climatiques.
Même conviction du côté de la Suisse. L’ambassadrice de Suisse au Sénégal, Son Excellence Tamara Mona, a insisté sur la pertinence d’un format reposant sur le partage d’expériences concrètes. « Les obstacles que vous rencontrez dont mobilisation des ressources, cadre institutionnel, engagement des communautés ou intégration des infrastructures sont largement partagés. Ce qui change, c’est le contexte. C’est précisément pour cela que l’échange entre pairs a une valeur que ni un rapport technique ni un atelier classique ne peuvent offrir », a-t-elle déclaré.
Selon la diplomate suisse, cette initiative se distingue par trois caractéristiques majeures : des solutions construites à partir des réalités de chaque pays, l’élaboration de plans d’action concrets à l’issue des travaux et un accompagnement des partenaires pour faciliter leur mise en œuvre.
Elle a également rappelé que ce projet pilote s’inscrit dans les décisions issues de la COP30 et pourrait être reproduit dans d’autres régions du monde si les résultats sont concluants.

Intervenant au nom de l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER), son secrétaire général, Fidèle Djissibone Diémé, a dressé un état des lieux des progrès réalisés par le Sénégal.
Grâce au soutien de plusieurs partenaires financiers, dont la Banque islamique de développement, la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), la coopération allemande (KfW), le Fonds d’Abou Dhabi pour le développement et l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA), près de 165 milliards de francs CFA ont été mobilisés pour électrifier environ 1 080 villages.
Aujourd’hui, le taux d’électrification rurale atteint 69,84 %, tandis que le taux national avoisine 80 %.
Mais l’objectif de l’accès universel à l’électricité fixé pour 2029 reste ambitieux. Selon l’ASER, 6 471 villages demeurent encore à électrifier. Les besoins de financement sont estimés à 396 milliards de francs CFA, répartis entre l’extension des réseaux électriques, les centrales solaires photovoltaïques et les kits solaires individuels. « Cette rencontre intervient à un moment décisif. Les pays doivent renforcer leur ambition, améliorer leur planification, mobiliser davantage de ressources et accélérer la mise en œuvre d’actions concrètes », a souligné M. Diémé.

Pour Mme Madeleine Diouf Sarr, directrice du Changement climatique, de la Transition écologique et des Financements verts, cette rencontre permettra surtout de partager l’expérience sénégalaise en matière d’électrification rurale intégrant les énergies renouvelables.
Le Sénégal bénéficie déjà d’un financement du Fonds vert pour le climat destiné à accélérer cette transition. L’enjeu est désormais de lever les obstacles à son exécution et de capitaliser sur cette expérience afin d’inspirer les autres pays participants. « L’objectif est de partager les expériences, d’identifier les barrières à la mise en œuvre et de montrer comment le Sénégal a pu structurer des partenariats avec le Fonds vert pour le climat, la BOAD et d’autres partenaires », a expliqué Mme Madeleine Diouf Sarr.

Pendant trois jours, experts gouvernementaux, institutions financières et partenaires techniques travailleront à l’identification de solutions communes et à la conception de projets bancables susceptibles d’être soumis notamment au Fonds vert pour le climat.

PMF