DROITS HUMAINS ET DROITS INTERNATIONAL HUMANITAIRE : Le Sénégal renforce son dispositif national

La Direction des Droits humains, tient un atelier de trois jours, du 2 au 4 septembre 2026. Cette rencontre, organisée en partenariat avec le Bureau régional pour l’Afrique de l’Ouest du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), vise notamment à mettre en place effectivement la Commission du droit international humanitaire et à renforcer les capacités des nouveaux membres du Conseil consultatif.
Le Sénégal, qui a ratifié la quasi-totalité des principaux instruments juridiques internationaux et régionaux relatifs aux droits humains, entend ainsi consolider son engagement en faveur du respect, de la diffusion et de la mise en œuvre effective du DIH. Cette démarche intervient également dans le prolongement de son adhésion à l’Initiative mondiale sur le droit international humanitaire.
Pour Julien Ngane Ndour, Directeur de la Direction des Droits humains du ministère de la Justice, cette structure revêt une importance « capitale » pour l’image du Sénégal. Il souligne qu’elle permet notamment de mettre en évidence les efforts consentis par l’État dans le domaine des droits humains et du droit international humanitaire.
Selon lui, l’atelier doit permettre non seulement de renforcer les connaissances des membres du Conseil, mais également de rendre pleinement opérationnelles les différentes commissions qui le composent, notamment celles consacrées aux droits civils et politiques, aux droits économiques, sociaux et culturels, aux droits collectifs et au droit international humanitaire.
La mise en place effective de la Commission DIH constitue l’un des principaux enjeux de la rencontre. Cette commission existe déjà dans les textes, mais la recomposition du gouvernement et la nomination de nouveaux membres au sein du Conseil consultatif rendent nécessaire sa réinstallation et la clarification des responsabilités de chacun.
Julien Ngane Ndour rappelle que le Sénégal avait pris des engagements en ce sens dans le cadre des mécanismes régionaux de suivi de la mise en œuvre du DIH. L’objectif est désormais de passer de l’existence juridique de la commission à une structure effective, fonctionnelle et capable d’assurer durablement ses missions. « L’important, ce n’est pas de mettre en place une commission, l’important, c’est de mettre en place une commission qui est efficace et qui fonctionne », a-t-il résumé.
Le responsable précise que le caractère transversal du DIH nécessite l’implication de plusieurs départements ministériels, notamment ceux des Forces armées et de l’Intérieur, ainsi que d’autres acteurs institutionnels.
Représentant le CICR, Serhat Ozturk, conseiller juridique régional, a réaffirmé l’engagement de l’organisation à accompagner le Sénégal dans la mise en œuvre effective du DIH.
Il a rappelé que l’article premier commun aux quatre Conventions de Genève impose aux États de respecter et de faire respecter le DIH en toutes circonstances. À ce jour, selon lui, 122 États ont mis en place des commissions nationales ou des mécanismes similaires consacrés à la mise en œuvre du DIH, dont 31 en Afrique.
Ces mécanismes jouent un rôle essentiel dans la transformation des engagements internationaux en mesures concrètes au niveau national, notamment à travers l’adoption de législations appropriées, la diffusion du DIH, la formation des acteurs concernés et le partage des bonnes pratiques.
Le CICR entend ainsi apporter au Sénégal son expertise, sa documentation et son assistance technique, notamment dans le cadre des mécanismes de coopération régionale en Afrique de l’Ouest.
Pour Ange François Atta, représentant du Bureau régional du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme pour l’Afrique de l’Ouest, la mise en place de cette commission intervient dans un contexte international et régional marqué par la multiplication des crises, des conflits et des défis humanitaires.
Il estime que le renforcement des mécanismes nationaux chargés de promouvoir et de veiller à l’application du DIH constitue désormais une « nécessité stratégique ».
Le représentant du HCDH a également insisté sur les défis auxquels le Sénégal est appelé à faire face, notamment dans un environnement sous-régional marqué par la dégradation de la situation sécuritaire, les déplacements de populations et les conséquences du changement climatique.
Il a indiqué que le Sénégal avait reçu 24 recommandations provenant de huit mécanismes onusiens portant notamment sur la protection des réfugiés et des personnes déplacées internes.
Le HCDH a par ailleurs rappelé que la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, dans ses observations finales de 2023, avait encouragé le Sénégal à poursuivre ses efforts en vue de finaliser son adhésion à la Convention de Kampala relative à la protection et à l’assistance aux personnes déplacées internes.
Durant les trois jours de travaux, les participants seront notamment formés aux fondamentaux du droit international des droits de l’homme et du droit international humanitaire, aux cadres juridiques nationaux, régionaux et internationaux ainsi qu’aux techniques de rapportage.
Les travaux porteront également sur le suivi de la mise en œuvre des recommandations formulées par les mécanismes des Nations unies, de l’Union africaine, de la CEDEAO et de l’Organisation de la coopération islamique.