L’Alliance pour la République (APR) a dressé un tableau particulièrement sombre de la situation économique, sociale et institutionnelle du Sénégal. Lors d’une conférence de presse tenue ce mercredi 28 octobre 2026 à Dakar, le parti de Macky Sall a dénoncé les tensions au sommet de l’État, la dégradation des indicateurs budgétaires et les difficultés des populations. Il appelle à l’unité de l’opposition et réaffirme son ambition de préparer une alternative politique pour 2029.
Le ton est offensif. Dans son texte liminaire, l’Alliance pour la République (APR) estime que le Sénégal traverse une période marquée par « la persistance des difficultés économiques, la montée des tensions sociales » et une instabilité institutionnelle préoccupante. Pour l’ancien parti au pouvoir, les rivalités entre les différentes composantes de la majorité issue de l’alternance de 2024 détournent les autorités des préoccupations quotidiennes des Sénégalais.
« Pendant que le pouvoir se dispute, le pays attend », déplore le parti, qui reproche aux dirigeants actuels de privilégier leurs querelles politiques au détriment des urgences économiques et sociales.
L’APR dénonce une crise au sommet de l’État
Au cœur des critiques figure la dégradation des relations entre l’Exécutif et la majorité parlementaire, notamment à l’occasion de l’examen du projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026. L’APR relève que le rejet du texte en commission, suivi de son renvoi devant la Commission des finances le 27 octobre à la demande du Gouvernement, illustre les divergences au sein du pouvoir.
Tout en reconnaissant au Parlement son droit de débattre, d’amender et de rejeter les textes qui lui sont soumis, le parti de Macky Sall juge paradoxales les tensions entre des responsables ayant défendu ensemble le même projet politique.
L’APR met notamment en cause le Pastef, auquel elle reproche de contester aujourd’hui certaines orientations budgétaires alors que ses dirigeants ont participé à l’élaboration et à la défense de la loi de finances initiale et du Plan de redressement économique et social (PRES).
Pour le parti, les responsables au pouvoir ne peuvent se dérober à leurs responsabilités. « L’indignation d’aujourd’hui ne saurait effacer les responsabilités d’hier », soutient-il.
Des indicateurs budgétaires jugés alarmants
Sur le terrain économique, l’APR s’appuie sur les chiffres avancés dans le projet de LFR 2026 pour dénoncer la fragilité des prévisions gouvernementales.
Selon les données citées par le parti, les recettes budgétaires sont revues à la baisse de 340,1 milliards de FCFA, tandis que les dépenses augmentent de 150 milliards. Le déficit budgétaire passerait de 5,4 % à 7,6 % du produit intérieur brut (PIB), alors que les prévisions de croissance seraient ramenées de 5 % à 2,7 %.
Les investissements publics subiraient, de leur côté, une réduction de 555 milliards de FCFA.
Pour l’APR, ces chiffres remettent en question la crédibilité des hypothèses initiales du PRES, présenté comme un instrument de redressement économique. Le parti s’interroge sur la capacité du programme à atteindre ses objectifs, au regard de la révision importante de ses perspectives financières.
L’ancienne formation présidentielle évoque également les conséquences de cette situation sur l’économie réelle, notamment le ralentissement des chantiers, les difficultés des entreprises, les risques sur l’emploi et le report de certaines infrastructures attendues par les populations.
La dette intérieure et les discussions avec le FMI au cœur des préoccupations
L’APR s’inquiète par ailleurs du poids de la dette intérieure. Le Gouvernement évoque près de 1 956 milliards de FCFA d’arriérés et prévoit d’en apurer une partie à hauteur de 300 milliards.
Face à cette situation, le parti réclame la publication d’un calendrier crédible de règlement des créances reconnues et exigibles, avec une attention particulière aux petites et moyennes entreprises (PME), fragilisées par les retards de paiement.
Il demande également davantage de transparence sur les besoins de financement de l’État, évalués à 6 774,2 milliards de FCFA en 2026, dont plus de 4 500 milliards destinés à l’amortissement de la dette.
Concernant les discussions avec le Fonds monétaire international (FMI), l’APR prend acte des avancées annoncées, tout en soulignant qu’un accord au niveau des services ne constitue pas encore un programme définitivement approuvé.
Le parti réclame des éclaircissements sur les modalités de traitement de la dette, les garanties de financement et les engagements budgétaires, ainsi que sur leurs conséquences économiques et sociales. Il met en garde contre un redressement des finances publiques qui se ferait au détriment du pouvoir d’achat et de l’activité économique.
Énergie : l’APR interpelle le Gouvernement
La question énergétique constitue un autre axe majeur de la déclaration. Coupures d’électricité, difficultés d’approvisionnement en combustibles, perturbations dans la distribution des produits pétroliers et hausse des prix des carburants : l’APR estime que ces problèmes soulèvent des interrogations sur la sécurité énergétique du pays.
Le parti rappelle également que la facture budgétaire des subventions énergétiques est passée de 250 à 790,3 milliards de FCFA dans le projet de LFR 2026.
Il demande au Gouvernement de clarifier sa stratégie pour garantir la continuité de l’approvisionnement en électricité, sécuriser les combustibles nécessaires à la production et préciser l’évolution attendue des tarifs de l’énergie.
L’APR insiste aussi sur la nécessité de définir les bénéficiaires et les modalités des subventions ciblées, afin de protéger les ménages vulnérables et les secteurs productifs.
Pouvoir d’achat, services publics et calendrier électoral
Au-delà des questions budgétaires, l’APR estime que les conséquences des difficultés actuelles sont principalement supportées par les populations. Elle cite notamment les entrepreneurs qui attendent le paiement de leurs créances, les jeunes en quête de financement, les travailleurs confrontés à l’érosion de leur pouvoir d’achat ainsi que les établissements scolaires et sanitaires en manque de moyens.
Le parti formule plusieurs exigences : clarification de la trajectoire budgétaire et des conditions du programme envisagé avec le FMI, protection du pouvoir d’achat, sécurisation de l’approvisionnement énergétique, règlement de la dette intérieure, respect des accords sociaux et amélioration des conditions de fonctionnement des écoles et des structures sanitaires.
Sur le plan politique, il réclame également la publication d’un calendrier électoral transparent.
L’APR appelle par ailleurs à une clarification des responsabilités entre le Gouvernement et l’Assemblée nationale, estimant que leurs divergences ne doivent pas compromettre la continuité de l’État. Elle considère qu’un retour aux urnes pourrait être envisagé si les contradictions au sommet du pouvoir conduisaient à une impasse durable, dans le respect des dispositions constitutionnelles.
Macky Sall et l’APR préparent l’échéance de 2029
Dans la dernière partie de sa déclaration, l’APR adopte un ton résolument politique. Le parti qualifie la situation du régime Pastef de « faillite totale » et appelle à la constitution d’un large bloc de l’opposition pour mettre fin au pouvoir actuel.
Il réaffirme son soutien à la coalition Takku Wallu Sénégal et renouvelle son engagement au sein du Front pour la défense de la République (FDR). Il salue également les forces politiques, citoyennes et de la société civile qui se mobilisent contre le Pastef et ses orientations, citant notamment le président Idrissa Seck.
Sous le leadership de Macky Sall, l’APR affirme poursuivre sa réorganisation en vue de préparer une alternative politique pour 2029. Le parti mise sur son expérience gouvernementale, son implantation territoriale et sa capacité de renouvellement pour proposer un projet politique rénové.
Au-delà de la reconquête du pouvoir, l’APR dit vouloir défendre une vision axée sur le redressement économique, la restauration de la confiance, le renforcement des institutions et l’ouverture de nouvelles perspectives à la jeunesse.
À travers cette sortie, l’ancien parti au pouvoir entend ainsi se positionner comme une force de contestation du régime actuel et un acteur central de la recomposition de l’opposition en perspective de la présidentielle de 2029.