La controverse née des déclarations du ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, devant l’Assemblée nationale, à l’occasion de l’examen du projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026, mérite une attention qui dépasse largement les divergences politiques entre le Gouvernement et sa majorité parlementaire.
En contestant la fidélité de plusieurs passages du rapport de la Commission des finances et du contrôle budgétaire, le ministre a soulevé une question particulièrement préoccupante : les documents officiels de notre Parlement rendent-ils fidèlement compte des débats et des positions exprimées par les différents acteurs institutionnels ?
Cette interrogation a pris une dimension supplémentaire avec la réaction du député
Abdou Mbow, qui a évoqué publiquement une possible falsification du rapport parlementaire.
Nous ne sommes plus simplement devant une divergence d’appréciation sur une loi de
finances. Nous sommes devant une question qui touche au fonctionnement même de notre démocratie et à la crédibilité de ses institutions.
La vérité des débats parlementaires n’est pas négociable.
L’Assemblée nationale est l’une des institutions fondamentales de notre République.
Elle représente le peuple, vote la loi, contrôle l’action gouvernementale et participe à l’évaluation des politiques publiques.
À ce titre, ses travaux doivent être conduits dans le respect des principes de transparence, de sincérité et de responsabilité.
Un rapport de commission parlementaire n’est pas un document ordinaire. Il constitue une trace institutionnelle des échanges, des positions défendues, des observations formulées et des conclusions auxquelles sont parvenus les commissaires.
Sa rédaction engage donc la responsabilité de ceux qui le produisent, de ceux qui le valident et de l’institution qui le publie.
Si des propos ont été attribués à tort à des députés ou à des membres du Gouvernement, si des positions ont été déformées ou si des engagements inexistants ont été consignés, il ne s’agirait pas d’une simple maladresse administrative. Ce serait
une atteinte à la sincérité du processus parlementaire.
Mais, dans le même temps, une accusation de falsification ne saurait tenir lieu de preuve. Elle appelle des vérifications rigoureuses, contradictoires et transparentes.
La responsabilité institutionnelle doit primer sur les réflexes partisans.
Ce qui interpelle dans cette séquence, c’est que la contestation de la fidélité du rapport émane du ministre lui-même, représentant de l’Exécutif devant la représentation nationale.
Le désaccord porte notamment sur la restitution des échanges relatifs à certains projets hospitaliers, aux fonds spéciaux et aux amendements du projet de loi.
Cette situation révèle une difficulté institutionnelle majeure : comment le Gouvernement peut-il s’appuyer sur les travaux du Parlement si ses propres représentants contestent la fidélité des comptes rendus qui en sont issus ?
Inversement, comment les parlementaires peuvent-ils exercer pleinement leur mission de contrôle si les informations et les documents nécessaires à l’exercice de leur mandat ne leur sont pas communiqués dans des conditions satisfaisantes ?
La démocratie ne saurait être une confrontation permanente entre institutions. Elle repose sur leur capacité à exercer leurs prérogatives respectives dans le respect mutuel et sous le contrôle de la loi.
La majorité parlementaire ne peut confondre sa légitimité politique avec un droit de propriété sur l’institution. De même, l’Exécutif ne peut considérer le contrôle parlementaire comme une formalité ou une contrainte politique.
La transparence doit être la règle, et non une concession.
Dans cette affaire, je propose une solution simple et conforme aux exigences de bonne gouvernance s’impose : « rendre accessibles les enregistrements
audiovisuels des travaux de la Commission des finances, les confronter au rapport contesté et établir objectivement les éventuelles divergences ».
Si des erreurs sont constatées, elles doivent être corrigées. Si des responsabilités sont
engagées, elles doivent être établies selon les procédures appropriées. Si les accusations ne sont pas fondées, il convient également de le démontrer.
Cette démarche ne devrait être perçue comme une victoire d’un camp sur un autre, mais comme une exigence élémentaire de respect de la vérité institutionnelle.
Au-delà de cet épisode, le Sénégal gagnerait à renforcer les mécanismes de traçabilité
des travaux parlementaires : conservation systématique des enregistrements, validation
contradictoire des comptes rendus, accès des députés aux documents de travail et
procédures formalisées de rectification des rapports.
La qualité de notre démocratie dépend aussi de la qualité de ses archives, de ses procédures et de la fiabilité de ses actes.
Notre République mérite mieux que les soupçons et les procès d’intention.
Le rejet du projet de loi de finances rectificative 2026 par 109 voix contre 20 et 3 abstentions constitue, par ailleurs, une décision parlementaire qui doit être respectée dans ses conséquences institutionnelles. Mais ce vote ne doit pas occulter les interrogations soulevées sur la sincérité des débats qui l’ont précédé.
La question fondamentale n’est donc pas de savoir qui, du Gouvernement ou de la majorité parlementaire, sort politiquement renforcé de cette confrontation.
La véritable question est de savoir si les citoyens peuvent continuer à avoir pleinement confiance dans les documents, les décisions et les procédures de leurs institutions.
Car une République ne se construit pas uniquement avec des textes de loi, des discours et des majorités politiques. Elle se construit aussi avec la confiance, la parole donnée, la vérité des actes et le respect des règles communes.
Le Mouvement RACINES SOCIALISTES considère que la crédibilité de nos institutions doit être une exigence permanente, indépendante des alternances politiques et des rapports de force parlementaires.
Nous devons collectivement sortir de la logique des intérêts circonstanciels pour replacer l’intérêt général et la responsabilité républicaine au cœur de l’action publique.
Le Sénégal n’a pas besoin d’institutions qui se soupçonnent mutuellement. Il a besoin d’institutions qui se respectent, se contrôlent et se renforcent réciproquement.
La sincérité du travail parlementaire n’est pas une affaire de majorité ou d’opposition. Elle est une exigence démocratique et une obligation envers le peuple sénégalais.
Moustapha DIAW
Président du Mouvement RACINES SOCIALISTES