PROCES DE KEUR YEURMANDÉ : Cinq ans de prison contre Ndella Madior Diouf

Après plusieurs renvois, Ndella Madior Diouf a comparu ce mardi devant la chambre criminelle de Dakar. La propriétaire de la pouponnière Keur Yeurmandé était jugée aux côtés de son assistant, Cheikh Tidiane Ndiaye, et de l’animateur El Hadji Séne. Les nounous placées sous contrôle judiciaire, notamment Awa Mbaye, Fanta Cissokho et Anta Sarr, n’ont pas comparu à l’audience.

La principale accusée fait face à une série de charges lourdes, parmi lesquelles l’exercice illégal de la médecine, l’homicide involontaire, la mise en danger de la vie d’autrui, la non-assistance à personne en danger, ainsi que la non-déclaration de naissance. Ses coaccusés sont poursuivis pour complicité.

À la barre, vêtue d’un grand boubou vert et coiffée d’un bonnet noir, Ndella Madior Diouf a adopté une posture sereine, contestant l’ensemble des accusations retenues contre elle. Revenant sur la création de sa structure « SOS Keur Yeurmandé », elle a expliqué avoir lancé cette initiative après avoir elle-même vécu une grossesse difficile, marquée par un refus de paternité.

Elle a ensuite raconté avoir été sollicitée par une jeune victime de viol, enceinte et souhaitant préserver sa situation familiale. Selon elle, cette première prise en charge aurait été à l’origine de son engagement auprès des femmes en détresse. Au fil de son témoignage, elle a affirmé avoir reçu de nombreuses demandes après une intervention médiatique sur la RFM, ce qui l’aurait conduite à accueillir une soixantaine d’enfants. Elle soutient avoir accompagné ces femmes en leur déconseillant l’avortement, tout en leur proposant soit un abandon définitif de l’enfant, soit une contribution de 2 000 FCFA par jour pour sa prise en charge.

Face aux critiques, Ndella Madior Diouf a dénoncé ce qu’elle considère comme une cabale orchestrée contre elle. Elle a accusé l’Ordre des médecins, ainsi que certaines autorités administratives et ministérielles, d’avoir mené une opération de sabotage visant à discréditer son action. Interrogée sur les décès d’enfants survenus dans sa structure, elle a rejeté les conclusions des rapports médicaux, estimant qu’ils avaient été établis pour influencer la justice. Elle a également affirmé que certains décès étaient dus à des défaillances dans la prise en charge hospitalière.

Sur le volet de l’exercice illégal de la médecine, elle a soutenu qu’en tant qu’étudiante en médecine, elle disposait de compétences suffisantes pour assurer certains actes médicaux. Dans ses réquisitions, le procureur de la République a toutefois estimé que sa ligne de défense ne saurait justifier des actes posés en dehors du cadre légal. Le ministère public a requis son acquittement pour certains chefs, notamment la traite de personnes, faute de preuves suffisantes.

En revanche, le parquet a demandé une peine de cinq ans d’emprisonnement ferme, assortie d’une amende d’un million de FCFA, pour exercice illégal de la médecine, homicide involontaire, non-assistance à personne en danger et mise en danger de la vie d’autrui. Pour les autres prévenus, une peine de trois mois de prison ferme a été requise pour non-assistance à personne en danger. Le verdict est désormais attendu dans une affaire qui continue de susciter une vive émotion au Sénégal.