Alors que le Sénégal traverse une période marquée par de profondes tensions institutionnelles et une situation budgétaire particulièrement préoccupante, le Fonds monétaire international (FMI) annonce l’envoi prochain d’une mission à Dakar pour poursuivre les discussions avec les autorités sénégalaises.
Le pays sort en effet de deux semaines de turbulences politiques qui ont abouti au départ d’Ousmane Sonko de la Primature. L’ancien chef du gouvernement a retrouvé son siège à l’Assemblée nationale, dont il a été élu président à l’issue d’un vaste remaniement institutionnel.
Dans ce contexte, le FMI a confirmé, ce jeudi, la poursuite des échanges avec le Sénégal. « Une équipe du FMI doit se rendre au Sénégal la semaine du 15 juin afin de poursuivre les discussions techniques avec les autorités », a annoncé Julie Kozack, directrice du département de la communication de l’institution financière internationale.
Selon elle, ces discussions visent à établir « une compréhension commune des perspectives macroéconomiques, des besoins de financement du Sénégal et de ses priorités en matière de réformes ». Des éléments jugés essentiels pour traiter la question de la vulnérabilité de la dette sénégalaise.
Malgré les difficultés actuelles, le FMI affirme rester engagé auprès des autorités sénégalaises dans le cadre de leur demande de conclusion d’un nouveau programme de coopération.
Sonko maintient son opposition à une restructuration de la dette
La question de la dette demeure l’un des principaux points de divergence. Ousmane Sonko a toujours exprimé son opposition à toute restructuration de la dette publique sénégalaise.
Mardi dernier, il a révélé avoir échangé avec le président de la République sur ce sujet au lendemain de son départ de la Primature.
« Il m’a assuré qu’il n’a pris aucun engagement, lui et son ministre des Finances, vis-à-vis du FMI, allant dans le sens d’une restructuration de la dette. Ils ont maintenu la même position et travaillent sur une solution différente, notamment de garantie », a déclaré Ousmane Sonko.
Des assurances qui n’ont toutefois pas totalement dissipé ses inquiétudes.
Désormais à la tête de l’Assemblée nationale et disposant d’une confortable majorité parlementaire, l’ancien Premier ministre pourrait peser fortement sur toute initiative législative liée à une éventuelle restructuration de la dette.
« Mettons les intérêts du pays devant toute autre préoccupation. Rassurons les partenaires du Sénégal, les bailleurs et les investisseurs. Parce que si nous entrons dans une crise de dissolution ou de censure, ils n’auront jamais d’accord avec le FMI », a-t-il affirmé devant la presse.
Des négociations ralenties par le dossier du misreporting
Le ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba, reconduit et renforcé dans le nouveau gouvernement, avait déjà reconnu que les négociations avec le FMI progressaient plus lentement que prévu.
Le 16 mai dernier, il expliquait que l’institution de Bretton Woods adoptait une approche particulièrement prudente sur l’ensemble des dossiers, notamment en raison de l’affaire du « misreporting », qui a mis en lumière des irrégularités dans la communication de certaines données financières de l’État.
« Ce qui est positif, c’est que nous nous entendons bien et que nous discutons bien », avait-il néanmoins assuré.
Lors du sommet Africa Forward organisé à Nairobi, le président de la République avait rencontré la directrice générale du FMI. Une rencontre qui, selon Cheikh Diba, a permis d’éclaircir plusieurs zones d’ombre concernant les mécanismes envisagés par le gouvernement pour répondre aux préoccupations soulevées par l’institution financière.
La mission attendue à Dakar à partir du 15 juin devrait ainsi permettre de mesurer les avancées réalisées et d’évaluer les perspectives d’un futur accord entre le Sénégal et le FMI, dans un contexte où les enjeux budgétaires demeurent plus que jamais au cœur des préoccupations nationales.