Le centenaire du président Abdoulaye Wade a été célébré ce 4 juin 2026 au Grand Théâtre, sous la présidence du chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye. Cette journée d’hommage était dédiée à l’un des plus grands hommes politiques que le Sénégal ait connus. Heureusement, il est toujours parmi nous pour prodiguer encore des conseils qui peuvent être bénéfiques au pays. À travers le discours du président Bassirou Diomaye Faye, l’on sent nettement que ce dernier voue un profond respect à celui qui fut le premier grand opposant de l’histoire politique sénégalaise.
Né en 1926 à Kébémer, Abdoulaye Wade est une bénédiction pour notre pays. À 100 ans, il est l’une des rares personnalités sénégalaises à avoir la chance d’assister à un hommage officiel célébrant son centenaire. Un hommage mérité au regard de l’épopée qu’il a traversée tout au long de sa carrière politique.
À l’époque du président Léopold Sédar Senghor, alors qu’il n’existait pratiquement qu’un seul parti dominant, Wade fut le premier à réussir à mettre sur pied une véritable formation politique d’opposition pour faire face aux socialistes qui avaient hérité du pouvoir après l’indépendance. Le Parti démocratique sénégalais (PDS), créé en 1974, deviendra plus tard l’une des plus grandes formations politiques du pays sous la direction d’Abdoulaye Wade.
Ainsi débuta un long parcours de contestation et de combat politique avec le « Sopi » de Wade, qui ambitionnait de chasser les socialistes du pouvoir et d’instaurer un régime libéral. Vingt-six années de lutte acharnée et de persévérance.
Il fut candidat aux élections présidentielles de 1978, 1983, 1988, 1993 et 2000, qu’il remporta finalement face au président sortant Abdou Diouf. Ce fut la première alternance politique de l’histoire du Sénégal.
Durant son premier mandat, il modifia la Constitution et instaura le quinquennat en 2001. Réélu lors de l’élection présidentielle de 2007, il rétablit le septennat en 2008. De nouveau candidat à l’élection présidentielle de 2012, il fut battu par son ancien Premier ministre, Macky Sall.
Ses douze années au sommet de l’État lui ont valu l’image d’un visionnaire, notamment en raison des nombreux projets d’infrastructures qu’il a lancés dans le cadre de la transformation du Sénégal. Wade était également un grand panafricaniste qui croyait en une Afrique unie et n’hésitait pas à assumer ses positions sur ce sujet. Le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD) fut l’une de ses principales initiatives à l’échelle continentale, aux côtés de dirigeants africains tels que Abdelaziz Bouteflika, Thabo Mbeki et Olusegun Obasanjo.
Fervent mouride, il fut également le premier président sénégalais à s’agenouiller devant un guide religieux du pays, en l’occurrence Serigne Saliou Mbacké. Ce geste avait alors suscité une vive polémique.
C’est aussi sous son magistère que la libéralisation de la presse sénégalaise est devenue une réalité, avec la prolifération des chaînes de télévision, des stations de radio et la multiplication des quotidiens d’information.
Sur le plan politique, il fut un véritable gentleman, n’ayant jamais cherché à empêcher ses adversaires de lui faire face démocratiquement. Il détient par ailleurs le record de participations consécutives à l’élection présidentielle, avec sept candidatures.
Après son départ du pouvoir, il a continué d’incarner ce leader charismatique qui a eu du mal à trouver un véritable successeur à la tête du PDS. Aujourd’hui encore, le parti peine à se doter d’un leader incontesté, tandis que Karim Wade demeure installé au Qatar.
Pour le caricaturer affectueusement, on le surnomme souvent « le Pape du Sopi », en référence à cette philosophie du changement qu’il a longtemps incarnée à travers le PDS. « Sopi », en wolof, signifie d’ailleurs « changement ».
Il fut le premier opposant sénégalais à bénéficier d’une popularité comparable à celle que connaît aujourd’hui Ousmane Sonko. À l’époque, la jeunesse n’avait d’yeux que pour Wade et ses slogans. Il a enseigné à toute une génération l’art de l’opposition politique, à travers des stratégies qui lui permettaient d’exister malgré la puissance du régime socialiste.
Il demeure, sans nul doute, le premier grand opposant de l’histoire politique du Sénégal.
Que Dieu le garde encore longtemps parmi nous.
Abdourakhmane SY