AFFAIRE DE LA DETTE CACHÉE : Sonko délivre un « non-lieu » à Macky

Les récentes déclarations d’Ousmane Sonko, reconnaissant qu’au moment où il évoquait la prétendue dette cachée il ne disposait pas de tous les éléments d’appréciation, constituent un tournant politique majeur. Au-delà du débat national, elles pourraient avoir une portée internationale en réhabilitant, aux yeux de nombreux observateurs, la crédibilité de l’ancien président Macky Sall.

Depuis son arrivée au pouvoir, le nouveau régime a construit une grande partie de son discours sur l’idée que l’ancien pouvoir aurait dissimulé la réalité des finances publiques. Cette accusation a été érigée en symbole de la rupture promise aux Sénégalais et a servi de justification à de nombreuses difficultés économiques rencontrées depuis l’alternance.

Or, lorsque le principal artisan de cette dénonciation reconnaît lui-même qu’il ne disposait pas de l’ensemble des informations lorsqu’il formulait ces accusations, une question fondamentale se pose : la controverse sur la dette cachée reposait-elle sur une démonstration rigoureuse ou relevait-elle avant tout d’une stratégie politique destinée à discréditer le régime précédent ?

Pour les défenseurs de Macky Sall, cette évolution conforte l’idée que cette affaire a été davantage un instrument de conquête et de consolidation du pouvoir qu’un dossier étayé par des preuves incontestables. Ils estiment que les déclarations du Premier ministre affaiblissent la portée politique des accusations initiales et invitent à une relecture de cette séquence.

Sur le plan international, cette évolution pourrait également être perçue comme un élément favorable à l’ancien chef de l’État. Les partenaires du Sénégal, les institutions financières et les acteurs diplomatiques apprécient généralement les faits dans leur globalité et sur la durée. Pour les soutiens de Macky Sall, le revirement du Premier ministre tend à démontrer que les accusations les plus médiatisées portées contre son régime méritaient d’être examinées avec davantage de prudence.

Cette lecture nourrit l’idée que l’image internationale de Macky Sall demeure solide. Son expérience à la tête de l’État, son réseau diplomatique et son implication dans plusieurs dossiers africains continuent d’être mis en avant par ses partisans comme des atouts majeurs.

Dans cette perspective, les déclarations d’Ousmane Sonko pourraient involontairement renforcer les arguments de ceux qui voient en Macky Sall un profil crédible pour exercer de hautes responsabilités internationales, y compris, le cas échéant, à la tête de l’Organisation des Nations unies. Une telle désignation dépendrait toutefois d’un processus diplomatique complexe et de nombreux autres facteurs.

Paradoxalement, ce qui devait fragiliser durablement l’ancien président pourrait aujourd’hui être invoqué par ses soutiens comme la preuve que les accusations les plus emblématiques portées contre lui n’étaient pas aussi établies qu’elles avaient été présentées. En politique comme en diplomatie, la crédibilité se construit autant sur les faits que sur leur évolution. Et c’est peut-être là que réside aujourd’hui le principal enseignement de cette affaire.