PR SALIOU NDOUR SUR LA GESTION DE L’ÉCOSYSTÈME ENTRE LA GUINÉE ET LE SENEGAL : « Patrimoine, langues et biodiversité doivent être au cœur de la coopération régionale »

La 10ᵉ édition du Festival transfrontalier Niumi Badiya, organisée du 3 au 5 juillet 2026 à Toubacouta, place au cœur des débats une question majeure pour l’avenir de l’Afrique de l’Ouest : comment concilier la préservation des écosystèmes, la sauvegarde du patrimoine culturel et la promotion des langues dans une dynamique de coopération régionale ? Placé sous le haut patronage des présidents Bassirou Diomaye Diakhar Faye du Sénégal et Adama Barrow de la Gambie, l’événement offre une tribune privilégiée aux chercheurs, acteurs culturels et décideurs.

Parmi les voix qui ont marqué les échanges figure celle du Pr Saliou Ndour, enseignant-chercheur à l’Institut de recherche sur le patrimoine et en linguistique appliquée de Conakry. Ancien enseignant à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, le spécialiste plaide pour une approche concertée entre les États de la sous-région afin de protéger un patrimoine naturel et culturel qui dépasse largement les frontières nationales.

Selon lui, la coopération régionale constitue une nécessité. Les écosystèmes du delta du Saloum et des zones côtières de la Guinée présentent de nombreuses similitudes, notamment en matière de mangroves, de biodiversité et de traditions culturelles. Cette proximité offre un terrain favorable au partage d’expériences, à l’harmonisation des politiques de conservation et à la mise en œuvre de stratégies communes de valorisation du patrimoine.

Le chercheur souligne toutefois que ces territoires font face à des défis de plus en plus préoccupants. En Guinée, l’exploitation minière représente aujourd’hui la principale menace pour plusieurs sites patrimoniaux. Riches en ressources naturelles, ces espaces subissent une pression économique importante qui complique l’équilibre entre développement et préservation environnementale. « Le véritable défi est de concilier l’exploitation des ressources, indispensable au développement économique, avec la protection durable du patrimoine », explique-t-il.

Le changement climatique constitue également une préoccupation commune. Si la Guinée semble actuellement moins exposée que le Sénégal aux effets directs de la dégradation des mangroves, le Pr Ndour avertit que cette situation pourrait évoluer rapidement. Il cite notamment le cas du mont Nimba, classé patrimoine mondial mais inscrit sur la liste du patrimoine en péril, où les activités minières accentuent les risques environnementaux.

Au-delà des menaces, l’universitaire voit dans cette coopération transfrontalière une formidable opportunité de développement. La protection de la biodiversité peut aller de pair avec la promotion des langues nationales, la sauvegarde des savoirs traditionnels et le développement d’un écotourisme responsable. Pour lui, les communautés locales doivent être pleinement associées à cette dynamique, car elles sont les premières gardiennes de ce patrimoine commun et les principales bénéficiaires des retombées économiques qu’il peut générer à travers la création d’emplois et de richesses.

La dimension linguistique occupe également une place centrale dans cette réflexion. Les langues locales véhiculent les connaissances ancestrales relatives à la gestion des ressources naturelles, aux pratiques de conservation et aux traditions culturelles. Leur préservation apparaît ainsi comme un levier essentiel pour transmettre aux générations futures un héritage à la fois écologique, culturel et identitaire.

Le message adressé aux décideurs est que seule une synergie entre les États permettra de relever efficacement ces défis. En renforçant les partenariats scientifiques, culturels et environnementaux, le Sénégal, la Guinée et leurs voisins pourront transformer leur patrimoine commun en un véritable moteur de coopération régionale, de développement durable et de paix.

PMF