10EME EDITION FESTIVAL NIUMI BADIYA : À Toubacouta, le Delta du Saloum dévoile ses trésors culturels et écologiques

La 10ᵉ édition du Festival transfrontalier Niumi Badiya est officiellement lancée ce vendredi 03 juillet 2026 dans la commune de Toubacouta. Placé sous le haut patronage des présidents Bassirou Diomaye Faye et Adama Barrow, l’événement, organisé du 3 au 5 juillet met en lumière l’immense potentiel culturel, écologique et touristique de ce territoire classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

À l’occasion du quinzième anniversaire de l’inscription du Delta du Saloum sur la Liste du patrimoine mondial, experts, chercheurs, acteurs culturels et environnementalistes ont unanimement défendu la conviction de l’avenir économique de cette région.

Monsieur Seydou Nourou Kane, chef de la Division des sites et monuments historiques et point focal national de la Convention du patrimoine mondial de l’UNESCO, dans sa communication, a rappelé que le Delta du Saloum est bien plus qu’un espace naturel exceptionnel.
« Le Delta est une œuvre collective façonnée depuis des siècles par les communautés locales. Ici, patrimoine culturel et environnement sont intimement liés », a-t-il expliqué.

Avec ses près de 180 000 hectares de mangroves, de bolongs, d’îles, de savanes et de vasières, le Delta du Saloum constitue l’un des plus importants paysages culturels vivants d’Afrique de l’Ouest. Les communautés sérères, socés, mandingues, peules et autres groupes y perpétuent encore des savoir-faire ancestraux liés à la pêche, à la navigation traditionnelle, à la récolte des huîtres, à la saliculture ou encore aux rites initiatiques.
Pour les spécialistes, cette richesse culturelle représente aujourd’hui un puissant levier de développement territorial.

Un patrimoine qui attire le monde

Depuis son inscription par l’UNESCO, le Delta bénéficie d’une visibilité internationale grandissante. Cette reconnaissance a favorisé le développement de la recherche scientifique, la mobilisation de partenaires internationaux ainsi que l’essor d’un écotourisme centré sur la découverte des mangroves, de la biodiversité, des traditions locales et des sites archéologiques.
Selon Seydou Nourou Kane, les résultats sont déjà visibles. « Il y a quinze ans, le Delta ne présentait pas le même niveau de développement. Aujourd’hui, de nombreux hôtels, restaurants, campements et infrastructures écotouristiques se sont installés tout au long du site. Ce classement a véritablement créé de la richesse », a-t-il souligné.
Le responsable du patrimoine culturel estime toutefois que le potentiel reste largement sous-exploité. « Nous devons désormais améliorer l’accessibilité, renforcer les aménagements et offrir des services répondant aux standards internationaux afin de positionner durablement le Delta du Saloum parmi les grandes destinations écotouristiques d’Afrique », a-t-il plaidé.

La culture, un moteur de développement

Au cœur du Festival Niumi Badiya, la culture apparaît comme un véritable outil de développement économique.
Des formations destinées aux artistes locaux, des panels scientifiques, des échanges entre chercheurs, des rencontres communautaires et des spectacles permettent de valoriser les traditions locales tout en créant des opportunités pour les jeunes et les femmes.
Pour le maire de la commune, Monsieur Pape Seydou Dianko, le festival dépasse largement le cadre artistique. Il constitue un espace de dialogue où patrimoine, industries culturelles, économie locale et coopération transfrontalière se rejoignent pour construire une vision commune du développement.

La mangrove, une richesse à préserver

Mais cette dynamique ne pourra être durable sans une protection renforcée des écosystèmes.
Intervenant sur les effets du changement climatique, Doudou Diedhiou, coordonnateur des projets de l’association Nebeday, a dressé un constat préoccupant.
L’élévation du niveau de la mer, la salinisation des terres, l’érosion côtière, la disparition progressive des mangroves et la raréfaction des ressources halieutiques fragilisent aujourd’hui les moyens de subsistance des populations.
« Lorsque les mangroves disparaissent, ce sont également les huîtres, les arches, les poissons et toute l’économie locale qui sont menacés », a-t-il averti.
Face à ces défis, plusieurs solutions sont expérimentées dans le Delta dont le reboisement des palétuviers, le développement de l’ostréiculture, la mise en place d’ouvrages anti-érosion, la fabrication de charbon écologique à base de paille ou encore la promotion de foyers améliorés afin de limiter la coupe du bois. Ces initiatives permettent non seulement de préserver l’environnement, mais aussi de générer des revenus pour les communautés locales, notamment les femmes fortement impliquées dans la transformation des produits de la mangrove.

Un modèle de tourisme responsable

Le Delta du Saloum apparaît comme un modèle où tourisme, culture et environnement peuvent évoluer en parfaite complémentarité.
Observation des oiseaux migrateurs, découverte des tumulus coquilliers vieux de plusieurs millénaires, balades en pirogue dans les bolongs, gastronomie locale, miel de mangrove aux caractéristiques uniques, ostréiculture, artisanat traditionnel ou encore festivals culturels composent une offre touristique originale qui distingue cette région des autres destinations ouest-africaines.
Pour les experts réunis à Toubacouta, le véritable défi consiste désormais à transformer cette richesse patrimoniale en moteur de croissance inclusive, capable de créer des emplois tout en garantissant la préservation des ressources naturelles.

Cette dixième édition du Festival Niumi Badiya marque la vocation de territoire du Delta du Saloum où la culture devient un facteur de cohésion sociale, l’environnement un capital économique et le tourisme durable une promesse d’avenir pour les générations futures.

PMF