La contestation contre le projet d’exploitation du phosphate dans la zone de Dandé Mayo ne faiblit pas. Ce week-end, plusieurs centaines d’habitants de l’arrondissement d’Agnam ont de nouveau battu le pavé pour dénoncer le projet minier porté par la société Ama Afrique, réaffirmant leur opposition à toute exploitation des ressources phosphatières dans leur terroir.
Arborant des brassards rouges et brandissant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire « Non à la spoliation », « Ne touchez pas à nos terres » ou encore « Nos terres ne sont pas à vendre », les manifestants ont parcouru la Route nationale n°2, reliant Agnam Thiodaye à Agnam Ouro Ciré. Au-delà du rejet du projet minier, ils ont également réclamé la libération des jeunes arrêtés dans le cadre de cette contestation.
La marche a réuni une large diversité d’acteurs locaux : chefs de village, autorités religieuses, notables, représentants de la société civile, membres du mouvement de défense des intérêts d’Agnam ainsi que plusieurs maires de la zone. Tous ont affiché un front commun contre l’exploitation du phosphate.
Au cœur de leurs revendications figurent la protection des terres agricoles et des pâturages, la préservation de l’environnement ainsi que la crainte d’une spoliation foncière. Dans cette région où l’agriculture et l’élevage constituent les principales activités économiques, les populations redoutent également des conséquences sur leur santé et sur l’équilibre socio-économique local.
Prenant la parole devant la foule, le député-maire d’Agnam, Farba Ngom, a lancé un appel solennel aux plus hautes autorités de l’État, notamment au ministre de l’Intérieur, au ministre des Collectivités territoriales, au Premier ministre et au président de la République, Bassirou Diomaye Faye.
Selon lui, le conflit autour du projet minier fait l’objet de « manipulations » et transcende les appartenances politiques. « C’est un combat de principe et de dignité qui rassemble tous les fils d’Agnam, quelles que soient leurs obédiences politiques, aux côtés de la société civile », a-t-il déclaré.
Le député-maire a également affirmé détenir les procès-verbaux signés par l’ensemble des chefs de village de sa commune, ainsi que ceux des maires concernés, exprimant leur opposition au projet d’exploitation du phosphate. Il a soutenu que les collectivités locales n’avaient jamais été associées au processus de décision, indiquant n’avoir reçu aucune information officielle avant son incarcération, alors même que la commune continuait de fonctionner.
S’adressant directement au chef de l’État, Farba Ngom a demandé son implication personnelle afin de favoriser un dialogue entre les différentes parties. Il a rappelé que Bassirou Diomaye Faye avait lui-même, par le passé, défendu les intérêts fonciers de sa localité d’origine lorsqu’elle était confrontée à des situations similaires, estimant que les populations d’Agnam poursuivent aujourd’hui le même objectif : préserver leurs terres et obtenir des clarifications sur les conditions dans lesquelles les opérations d’exploration minière ont été engagées.
À travers cette nouvelle mobilisation, les habitants d’Agnam entendent maintenir la pression sur les autorités afin d’obtenir l’arrêt du projet ou, à tout le moins, l’ouverture d’un dialogue inclusif avant toute poursuite des activités d’exploration. Le bras de fer entre les riverains et la société Ama Afrique semble ainsi entrer dans une nouvelle phase, marquée par une mobilisation populaire qui ne montre, pour l’heure, aucun signe d’essoufflement.