Le ministère de l’Environnement et de la Transition écologique (METE), à travers la Direction du Changement climatique, de la Transition écologique et des Financements verts (DCCTEFV), a officiellement lancé, ce mercredi, le Projet de Renforcement des Capacités du Sénégal pour le Cadre de Transparence Renforcée (CBIT-Sénégal). Dotée d’un financement d’un million de dollars du Fonds pour l’Environnement mondial (FEM) et mise en œuvre avec l’appui du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), cette initiative ambitionne de moderniser la gouvernance climatique du pays en renforçant la production, la gestion et le partage des données environnementales, conformément aux engagements de l’Accord de Paris.
Présidant la cérémonie au nom du ministre de l’Environnement et de la Transition écologique, Dr Aliou Gori Diouf, le Directeur de cabinet, Dr Bougar Diouf, a rappelé que le Sénégal demeure particulièrement exposé aux conséquences du changement climatique, bien que sa contribution aux émissions mondiales de gaz à effet de serre reste marginale.
Il a dressé un tableau préoccupant des effets déjà visibles du dérèglement climatique : hausse des températures, multiplication des inondations, érosion du littoral, intrusion saline, dégradation des terres, raréfaction des ressources en eau et recul de la biodiversité. Autant de phénomènes qui fragilisent des secteurs essentiels de l’économie nationale tels que l’agriculture, la pêche, l’élevage, l’énergie, les infrastructures et la santé.
Face à ces défis, a-t-il souligné, le Sénégal a progressivement renforcé son engagement international en ratifiant la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, le Protocole de Kyoto ainsi que l’Accord de Paris, tout en développant ses mécanismes nationaux de suivi et de rapportage.
Pour Dr Bougar Diouf, la maîtrise des données climatiques constitue désormais un enjeu stratégique. Ces informations permettent non seulement d’évaluer les émissions de gaz à effet de serre et les progrès réalisés dans la mise en œuvre de la Contribution Déterminée au niveau National (CDN), mais également d’orienter les politiques publiques, de mobiliser les financements verts et de renforcer la crédibilité du Sénégal auprès de ses partenaires.
« Les données sont aujourd’hui la véritable monnaie de la crédibilité climatique », a-t-il affirmé, estimant qu’aucune politique climatique efficace ne peut être conduite sans des informations fiables, harmonisées et régulièrement actualisées.
Le projet CBIT-Sénégal sera mis en œuvre durant trois ans autour de trois priorités majeures : la création d’une plateforme nationale intégrée de transparence destinée à centraliser l’ensemble des données climatiques ; le développement d’outils techniques pour le suivi des émissions de gaz à effet de serre, des actions d’adaptation, des pertes et préjudices, des besoins technologiques ainsi que des financements climatiques ; enfin, l’intégration durable de ce dispositif dans les mécanismes nationaux de planification, de suivi-évaluation et de rapportage international.
Au-delà du respect des engagements internationaux, cette initiative devrait améliorer la qualité des statistiques climatiques, consolider le système national de Mesure, Notification et Vérification (MRV), renforcer la coordination entre les institutions et faciliter l’accès du Sénégal aux financements climatiques.
Intervenant à son tour, la Directrice du Changement climatique, de la Transition écologique et des Financements verts, Madeleine Diouf Sarr, a rappelé que le Cadre de Transparence Renforcée constitue l’une des innovations majeures de l’Accord de Paris.
Elle a expliqué que ce mécanisme impose aux États de produire régulièrement des rapports sur leurs émissions de gaz à effet de serre, leurs actions d’adaptation ainsi que les progrès accomplis dans la mise en œuvre de leurs engagements climatiques.
Selon elle, les pays développés publient ces rapports chaque année, tandis que les pays en développement, dont le Sénégal, les soumettent tous les deux ans. Ce dispositif, a-t-elle indiqué, favorise la confiance entre les États en garantissant une meilleure transparence sur les efforts consentis et les financements mobilisés au profit des pays les plus vulnérables.
Mme Diouf Sarr a insisté sur les retombées concrètes attendues du projet. Celui-ci permettra notamment d’améliorer la collecte et la qualité des données nécessaires à l’élaboration des inventaires nationaux des émissions de gaz à effet de serre, au suivi des politiques d’adaptation ainsi qu’à une meilleure évaluation des capacités de séquestration de carbone des forêts sénégalaises.
Le projet contribuera également à renforcer le suivi du recul du trait de côte afin d’améliorer les stratégies de lutte contre l’érosion côtière. Les universités, centres de recherche et administrations publiques bénéficieront aussi d’un accompagnement pour améliorer la collecte, l’analyse et l’exploitation des données climatiques.
La Directrice a toutefois rappelé que la réussite du projet dépendra de l’engagement collectif de l’ensemble des producteurs et utilisateurs de données climatiques.
Les informations nécessaires étant générées dans des domaines aussi divers que l’énergie, les transports, l’agriculture, les forêts, l’industrie, les déchets ou les collectivités territoriales, aucune institution ne peut, à elle seule, satisfaire les exigences du Cadre de Transparence Renforcée.
Le METE appelle ainsi à une coopération renforcée entre tous les acteurs afin de bâtir un système national de transparence performant, crédible et durable.
Clôturant la cérémonie, Dr Bougar Diouf a salué le soutien du Fonds pour l’Environnement mondial (FEM), du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), ainsi que l’engagement de la DCCTEFV et des experts ayant contribué à la conception du projet.
Il a estimé que le CBIT-Sénégal constitue un outil stratégique pour accompagner la mise en œuvre de la CDN 3.0, renforcer la crédibilité internationale du Sénégal et soutenir les ambitions de la Vision Sénégal 2050.
Au-delà d’un simple projet technique, le responsable y voit les fondements d’une véritable culture nationale de la donnée climatique, basée sur la rigueur scientifique, la coopération institutionnelle et la transparence, au service d’un Sénégal plus résilient, plus compétitif et plus durable.
PMF