Trois hauts cadres de Sénégal Numérique SA, ex-ADIE, ont été licenciés sous la direction générale d’Isidore Diouf, à l’issue d’une procédure qu’ils contestent. Ils dénoncent notamment les conditions de réalisation de l’audit ayant servi de base aux sanctions, l’absence de débat contradictoire et le gel allégué de leurs comptes bancaires dans les heures ayant suivi leur éviction. Avec près de 50 ans d’ancienneté cumulée, les trois cadres réclament des éclaircissements sur les conditions de leur licenciement.
Trois hauts cadres de Sénégal Numérique SA, ancienne ADIE, ont été licenciés dans le cadre d’une procédure que les intéressés contestent. Ils dénoncent notamment les conditions de l’audit ayant servi de fondement aux sanctions, l’absence de débat contradictoire et le gel de leurs comptes bancaires intervenu dans les heures ayant suivi leur éviction.
Les trois cadres concernés disposent d’une longue ancienneté au sein de l’entreprise : environ 20 ans pour le coordonnateur technique, 10 ans pour l’ancien directeur de la logistique et 18 ans pour l’ancien chef de division télécommunication.
Un audit contesté
Selon les intéressés, les licenciements s’appuient sur un audit externe dont ils contestent à la fois les conditions de réalisation et la portée. Ils affirment ne pas avoir été entendus dans le cadre de cet audit et estiment que les demandes d’explications qui leur avaient été adressées ne correspondaient pas aux griefs finalement retenus pour justifier les licenciements.
Le principal point de désaccord porte sur le caractère contradictoire de la procédure. Les cadres concernés soutiennent qu’aucune confrontation avec les éléments du rapport d’audit n’aurait été organisée avant la décision de licenciement.
Ils soulèvent également une question de chronologie : certains faits reprochés concerneraient des périodes postérieures à la fin de leurs mandats ou à la passation des responsabilités. Ce projet en question était sur le magistère de l’ancien DG sortant Cheikh BAKHOUM et de Bécaye Touré
Directeur Administratif et financier d’alors déjà audité par ARCOP et qui avait confirmé globalement la conformité technique de l’ensembles des travaux effectués. Aucun acteur n’a été épinglé dans ce rapport. Les demandes d’explication concernaient ce rapport et cette audit.
Et présentement les motifs de licenciement sont prononcés sur la base de l’audit qu’il a commandité en personne en faisant fi des principes de la contradiction et en mettant en demeure à chacun de répondre sur un délai de 24 h.
Dès lors Isidore Diouf, DG de Sénégal Numérique a volontairement utilisé ce procédé illégal et illégitime en complicité avec le même Bécaye Touré Directeur Administratif et financier qui avait pourtant validé l’audit de Arcop aujourd’hui encore au poste pour prononcer les licenciements de ces trois hauts cadres.
La jurisprudence sénégalaise montre toutefois que la question de la valeur d’un audit dans une procédure de licenciement dépend notamment des éléments de preuve disponibles et de l’appréciation des juridictions. La Cour suprême a déjà été amenée à examiner des licenciements fondés sur des rapports d’audit.
Le rôle des responsabilités financières au cœur du débat
Un autre volet concerne un marché attribué à l’entreprise Liteyca. Les intéressés soutiennent que le contrat résultait d’une offre spontanée initiée et signée par l’ancienne direction générale et que le bordereau des prix et quantités avait été préalablement validé.
Ils font valoir que leur rôle se limitait à la supervision technique et que les documents qu’ils avaient signés constituaient des constats techniques assortis de réserves, et non des ordres de paiement.
Selon cette version, les éventuelles conséquences financières du marché devraient donc être examinées à différents niveaux : négociation initiale du contrat, exécution des prestations, contrôle des factures et chaîne d’ordonnancement des paiements.
L’un des griefs évoqués concerne ainsi une perte estimée à plusieurs centaines de millions de francs CFA, que les intéressés contestent vouloir leur être imputée personnellement.
Des conditions de départ qui interrogent
Les trois cadres, Wack Ndiaye Coordonateur technique (20 ans dans la Société), recruté en 2005 en qualité de Directeur, rétrograder agent simple et nommé de force Conseiller technique sans mission, Ancien chef de projet de la supervision du projet PASSANT
Ibrahima FALL, ancien Directeur de la Logistique (10 ans dans la Société), rétrograde agent simple et nommé Chef de projet transversal sans mission depuis plus d’un an. Ancien responsable de la supervision logistique PASSANT
Thiendella KEBE, ancien Chef de division Telecom (18 ans dans la Société), rétrograde agent simple et nommé Chef de projet transversal sans mission depuis plus d’un an. Coordinateur technique de la supervision PASSANT, affirment également avoir été progressivement marginalisés au sein de l’entreprise avant leur licenciement.
Ils indiquent avoir été maintenus dans l’obligation de présence sur leur lieu de travail, avec des horaires de 8 heures à 17 heures, tout en étant privés de missions clairement définies. Ils dénoncent ce qu’ils considèrent comme une forme de « mise à l’écart administrative ».
Les intéressés mettent par ailleurs en cause le rôle joué par le Secrétariat général dans la procédure. Ils affirment que les demandes d’explications, les notifications de licenciement et la coupure de leurs accès professionnels ont été conduites de manière particulièrement rapide.
Selon leur récit, messageries professionnelles, outils de partage de documents, accès aux serveurs et badges auraient été désactivés au moment de leur éviction.
Le cas particulier d’un cadre absent du Sénégal
L’un des dossiers soulève une difficulté supplémentaire selon les intéressés. Le coordonnateur technique affirme avoir été en France, en congé, lorsqu’il a appris son licenciement.
Il soutient avoir découvert la décision par un message adressé aux salariés de l’entreprise avant d’en recevoir personnellement notification. Selon cette version, le courrier aurait ensuite été déposé auprès d’une mairie de Dakar par un huissier.
Ces éléments, s’ils sont confirmés, mériteraient d’être examinés au regard des règles applicables à la notification d’une rupture du contrat de travail.
Un malaise social plus large ?
Les trois cadres ne seraient pas les seuls salariés à dénoncer une mise à l’écart au sein de Sénégal Numérique SA. Selon les informations communiquées par les intéressés, plusieurs dizaines d’agents seraient concernés par des situations similaires depuis l’arrivée de la nouvelle direction.
Ils mettent notamment en cause une politique de modification des contrats de travail qui aurait concerné plus de 150 agents sous statut particulier. Ces affirmations, comme celles relatives à l’absence d’approbation de certains avenants par l’Inspection du travail, nécessiteraient toutefois d’être documentées et confrontées à la position de la direction et des autorités compétentes.
Le dossier des câbles sous-marins : une question à vérifier
Les intéressés demandent également que soit examinée l’éventuelle existence d’un lien entre leur procédure et certains dossiers stratégiques relatifs aux infrastructures numériques sous-marines, notamment au Cabo Verde.
À ce stade, aucun élément présenté ne permet d’établir un tel lien. La question est donc formulée comme une demande de vérification plutôt que comme une accusation.
Elle intervient toutefois dans un contexte où Sénégal Numérique SA est au cœur d’enjeux importants liés à la connectivité et à la souveraineté numérique du Sénégal. Dans une récente communication, la société a elle-même mis en avant les questions de continuité de service et de souveraineté numérique liées aux infrastructures sous-marines.
Une demande d’éclaircissements aux autorités
Au-delà du cas individuel des trois cadres, cette affaire pose une question plus large sur la gouvernance des entreprises publiques, la protection des droits des salariés et les mécanismes de contrôle interne.
Les intéressés demandent aux autorités de tutelle et aux organes compétents de vérifier la régularité de la procédure, les conditions de réalisation de l’audit, la chaîne de responsabilité dans les marchés concernés ainsi que les circonstances ayant entouré le gel allégué de leurs comptes bancaires.
Sur ce dernier point, une clarification officielle apparaît particulièrement importante : les intéressés affirment que leurs comptes bancaires et cartes auraient été bloqués dans les 24 heures suivant les licenciements, sans décision judiciaire portée à leur connaissance. Cette affirmation devrait être vérifiée auprès des établissements bancaires concernés et, le cas échéant, des autorités judiciaires.
L’enjeu dépasse ainsi le seul conflit opposant trois anciens cadres à leur employeur. Il touche à la question de la gouvernance d’une société publique stratégique pour le numérique sénégalais et à la nécessité de garantir, dans toute procédure disciplinaire, des décisions documentées, traçables et susceptibles d’être contrôlées.
La direction de Sénégal Numérique SA et les autorités de tutelle devraient pouvoir apporter leur version des faits sur chacun de ces points.
Mactar Diop
Membre du Reseau Sénégalais pour la souveraineté numérique