L’initiative SHIFT a été officiellement lancée, ce mercredi 28 octobre, par le Climate Linguere Club, Women in Tech Sénégal et l’Institut Africain de la Gouvernance. Il s’agit d’un programme qui ambitionne de renforcer les compétences des jeunes filles et des femmes dans les domaines du numérique, des sciences et de l’environnement, afin de leur permettre de concevoir des solutions innovantes face aux défis climatiques. En prélude à la COP31, prévue en novembre 2026 à Antalya, en Turquie, les initiateurs entendent placer le leadership féminin au cœur de la double transition numérique et écologique.
Présenté comme un programme qui associe deux transitions complémentaires, SHIFT veut rapprocher les enjeux technologiques et environnementaux pour apporter des réponses concrètes aux difficultés auxquelles les communautés sont confrontées. Ce qui permet de préparer une nouvelle génération de jeunes filles et de femmes capables de mobiliser les outils numériques, les sciences et l’innovation au service de l’action climatique.
Pour la présidente du Climate Linguere Club, Fanta Camara, cette initiative marque une nouvelle étape dans la promotion du leadership féminin face aux défis environnementaux. « Nous venons de lancer notre programme qui s’appelle SHIFT, un programme qui est lié doublement aux questions du numérique, mais également à celles de l’écologie et de l’environnement », explique-t-elle.
Selon elle, le programme vise à former des femmes disposant des compétences nécessaires pour accéder aux métiers d’avenir, notamment dans les sciences et les technologies, tout en contribuant à la recherche de solutions aux effets du changement climatique.
Au-delà de la formation technique, SHIFT entend changer la place des femmes dans la lutte contre le changement climatique. Pour Fanta Camara, il s’agit de faire évoluer leur statut, en les faisant passer de populations particulièrement exposées aux effets du dérèglement climatique à des actrices capables de comprendre les enjeux, de proposer des réponses et d’influencer les décisions. « Nous voulons faire quitter aux jeunes filles et aux femmes un statut de populations vulnérables au changement climatique, qui ne sont pas outillées et formées, pour les amener vers un statut de populations bien équipées et prêtes à agir pour changer leur communauté et leurs perspectives d’avenir », souligne-t-elle.
La responsable du Climate Linguere Club insiste sur la complémentarité entre les compétences numériques et la connaissance des enjeux climatiques. Si plusieurs programmes se consacrent déjà à la formation des femmes aux métiers du numérique ou à la sensibilisation environnementale, SHIFT entend réunir ces deux dimensions au sein d’un même parcours.
L’ambition est ainsi de permettre aux bénéficiaires de maîtriser les outils technologiques, de comprendre les données et d’acquérir des connaissances scientifiques afin de participer à l’élaboration de solutions adaptées aux réalités locales. Les perspectives envisagées couvrent notamment l’entrepreneuriat, la recherche scientifique, l’ingénierie technologique et le plaidoyer environnemental.
Pour concrétiser ces ambitions, le programme prévoit plusieurs étapes, allant de la sensibilisation aux enjeux climatiques au renforcement des capacités, en passant par l’accompagnement des initiatives entrepreneuriales et la mise en réseau des bénéficiaires.
Fanta Camara estime que la formation constitue un préalable indispensable. Les jeunes filles doivent d’abord comprendre les causes et les conséquences du changement climatique, ainsi que leur capacité à contribuer à la recherche de solutions. Elles pourront ensuite s’orienter vers différents parcours, notamment la création de start-up, les métiers scientifiques et technologiques ou le plaidoyer en faveur des communautés affectées.
Le dispositif prévoit également des possibilités d’accès aux opportunités économiques, au mentorat et à des réseaux de femmes déjà engagées sur le terrain. Cette approche doit permettre aux participantes de bénéficier d’expériences concrètes, de renforcer leurs compétences et de construire progressivement leur propre projet professionnel.
La présidente du Climate Linguere Club annonce le démarrage prochain des activités, avec des phases pilotes dans plusieurs régions du Sénégal avant un élargissement progressif du programme. Elle précise que les formations seront entièrement gratuites pour les bénéficiaires, grâce à l’appui des partenaires.
L’initiative s’inscrit également dans une dynamique de mobilisation en amont de la COP31, prévue en novembre prochain à Antalya. Selon Saïfi Dawalbet Hamit, expert juridique et analyste de programme à l’Institut Africain de la Gouvernance, le projet est né du constat de la progression rapide des nouvelles technologies, notamment de l’intelligence artificielle, mais aussi des inégalités qui persistent, particulièrement au détriment des femmes exposées aux effets du changement climatique.
Pour lui, SHIFT doit contribuer à renforcer les capacités des jeunes femmes afin qu’elles puissent développer des outils innovants et transformer les difficultés environnementales en possibilités d’action. Dans cette perspective, les initiateurs indiquent avoir déjà mené des activités de terrain au Saloum, à Ziguinchor, à Balandine et à Saint-Louis. Ces déplacements ont permis, selon Saïfi Dawalbet Hamit, de recueillir les engagements et les préoccupations de jeunes et de femmes confrontés aux conséquences du changement climatique. L’enjeu est désormais de porter leurs expériences et leurs attentes sur la scène internationale.
Il s’agit notamment de mieux faire entendre la voix des communautés africaines, particulièrement exposées aux effets du dérèglement climatique, alors que le continent contribue relativement peu aux émissions mondiales de gaz à effet de serre.
PMF