La guerre des mots entre les partisans du président Bassirou Diomaye Faye et ceux d’Ousmane Sonko prend une tournure particulièrement préoccupante. Au cœur de la polémique, Arona Coumba Ndoffène Diouf, dont les propos tenus lors d’une conférence de presse de Kiiraay ont provoqué une vive réaction de Pastef. « On doit piéger Ousmane Sonko. Il est temps de l’arrêter », aurait-il déclaré. Une sortie qui a conduit le parti du Premier ministre à interpeller la justice.
La déclaration est lourde de sens et intervient dans un contexte de tensions politiques persistantes au sommet de l’État. Lors de cette conférence de presse de Kiiraay, animée notamment par Aminata Touré, Arona Coumba Ndoffène Diouf aurait tenu ces propos visant directement Ousmane Sonko, leader de Pastef et président de l’Assemblée nationale selon les termes du communiqué du parti.
Ces mots ont rapidement suscité l’indignation dans les rangs de Pastef, où ils sont interprétés comme un appel à piéger politiquement, voire à préparer une action contre, leur principal dirigeant. Au-delà de la virulence du discours, c’est la nature même des termes employés qui alimente la controverse.
Pastef saisit le parquet de Dakar
Dans un communiqué publié le 28 octobre 2026, le Bureau politique national de Pastef a condamné des propos qu’il juge « extrêmement dangereux ». Le parti estime qu’ils pourraient s’apparenter à un appel à un complot visant Ousmane Sonko et considère qu’ils ne sauraient être banalisés dans le débat public.
Pastef a ainsi officiellement interpellé le parquet de Dakar afin que la justice examine les déclarations incriminées. La formation politique évoque une menace grave et une possible atteinte à la sûreté de l’État. Le député Cheikh Bara Ndiaye avait également alerté l’opinion publique sur la gravité de cette sortie.
À ce stade, les qualifications avancées par Pastef relèvent de sa position politique et juridique. Il appartiendra aux autorités judiciaires d’apprécier les faits et de déterminer les suites éventuelles à donner à cette saisine.
Pape Ibrahima Senghor, Cheikh Issa Sall, Bougar Sarr, Yankhoba Diémé… les voix critiques de Sonko
La polémique autour d’Arona Coumba Ndoffène Diouf remet également en lumière les personnalités citées dans les débats politiques comme proches du président Bassirou Diomaye Faye ou critiques d’Ousmane Sonko.
Parmi elles figurent Pape Ibrahima Senghor, connu sous le nom de Papis Senghor et présenté comme directeur général de la SNR, Cheikh Issa Sall, maire de Mbour, Yankhoba Diémé, ministre des Forces armées, ainsi que Bougar Sarr.
Leurs noms reviennent dans les discussions autour des tensions entre les deux camps issus de l’alternance de 2024. Mais si les critiques politiques à l’égard d’Ousmane Sonko se multiplient, il convient de distinguer les prises de position publiques des déclarations pouvant être perçues comme des menaces. Les propos précis reprochés à Arona Coumba Ndoffène Diouf ne peuvent être attribués aux autres personnalités sans éléments vérifiés.
Cette distinction n’efface cependant pas la question centrale : jusqu’où peut aller la confrontation politique sans que les mots prononcés dans l’espace public ne contribuent à exacerber les tensions ?
Une fracture politique de plus en plus visible
La controverse survient alors que les divergences entre les partisans de Bassirou Diomaye Faye et ceux d’Ousmane Sonko s’affichent de plus en plus ouvertement. Les critiques, les déclarations médiatiques et les affrontements politiques témoignent d’une fracture qui dépasse désormais les simples divergences de stratégie.
Dans ce climat, la formule attribuée à Arona Coumba Ndoffène Diouf constitue un nouvel épisode d’une confrontation dont les conséquences restent difficiles à mesurer. Pour Pastef, la saisine du parquet doit permettre de faire examiner la gravité des propos. Pour le débat démocratique, cette affaire rappelle la nécessité de distinguer la critique politique, même sévère, des discours susceptibles d’être interprétés comme des appels à des actes illégaux.
Une question demeure : la justice donnera-t-elle une suite à la démarche engagée par Pastef ? En attendant, cette déclaration relance le débat sur la responsabilité des acteurs politiques et sur les limites à ne pas franchir dans une confrontation qui s’intensifie au sommet de l’État.