L’année 2025 restera gravée comme un tournant décisif pour le tourisme sénégalais. Après six années difficiles, marquées par la pandémie de Covid-19 et des turbulences politiques, le secteur entame une véritable refondation, portée par de nouvelles orientations stratégiques et un dynamisme retrouvé.*
Pour Doudou Gnagna Diop, président du conseil d’administration de la Société d’Aménagement et de Promotion des Côtes et Zones Touristiques (SAPCO), l’heure est à la reconstruction et à la modernisation. « Nous avons hérité d’une gestion sans feuille de route claire, sans plan stratégique ni manuel de procédures. Même la gouvernance interne reposait sur des dispositifs obsolètes », confie-t-il.
Face à ces défis, la première étape a consisté en un diagnostic approfondi pour identifier et corriger les dysfonctionnements. Selon lui, aujourd’hui, la SAPCO se projette vers l’avenir. En ce sens un plan stratégique et de développement est en cours d’élaboration, et sa mise en œuvre progressive débutera dès 2026. L’objectif d’après lui est de renforcer la gouvernance, moderniser les procédures et améliorer la performance de la structure, en coordination avec la tutelle qui est le ministère du Tourisme.
Une stratégie nationale articulée autour de zones prioritaires
2025 marque également la première année après l’alternance politique, période au cours de laquelle les stratégies de développement ont commencé à se décliner sur le terrain. Les investissements touristiques ont été ciblés à travers le territoire, en lien avec l’agenda de transformation 2050.
Sept zones ont ainsi été priorisées parmi les huit pôles d’investissement touristique identifiés selon les spécificités locales : le Sénégal oriental, le nord, le centre, le Sine-Saloum, la Petite Côte, la Grande Côte et le littoral sud. À l’en croire des études de faisabilité sont en cours pour chacune de ces zones, ouvrant la voie à des projets structurants et durables.
Pour la SAPCO, 2025 représente une année de transition stratégique. « Nous avons hérité d’une gestion calamiteuse, avec des outils de pilotage absents ou dépassés, comme les manuels de procédures, le plan stratégique ou encore le règlement intérieur », souligne M. Diop.
Avant d’ajouter «redresser la structure et poser les bases d’une gouvernance moderne constituent donc la priorité».
Mbodiéne et Pointe-Sarène : des pôles stratégiques en émergence
La régulation de la zone touristique de Mbodiéne, qui s’étend sur plus de 500 hectares, a été au cœur des actions de l’année. « Réguler, c’est mettre de l’ordre dans les occupations et la gestion », précise le président du conseil d’administration.
Les travaux d’hébergement ont débuté depuis juillet avec des partenaires privés déjà engagés.
Parallèlement, la réfection de certains centres commerciaux dégradés à Saly vont bientôt être entamées, la régularisation de la Pointe-Sarène est en phase d’achèvement. Ces sites se positionnent désormais comme de futurs pôles stratégiques du tourisme sénégalais, en parfaite cohérence avec l’agenda de transformation 2050, qui vise à valoriser dix zones prioritaires à travers le pays et à développer des corridors touristiques structurants.
Tourisme durable et intégration des populations locales
Pour Doudou Gnagna Diop, le succès du tourisme repose avant tout sur le respect des populations locales et de l’environnement. « Il est crucial pour les investisseurs de travailler avec les communautés qui ont préservé les ressources naturelles et culturelles. Leur implication est indispensable pour donner une véritable valeur ajoutée aux investissements », insiste-t-il.
Cette approche s’inscrit dans une vision de tourisme durable et souverain, générateur d’emplois et bénéfique pour l’économie locale. « Le tourisme, c’est avant tout la prestation de service. Nos visiteurs recherchent la qualité, la sérénité, et la sécurité », ajoute-t-il.
Reprise économique et diversification des segments
L’année 2025 a été marquée par une reprise progressive de l’activité touristique. Certains établissements fermés ont rouvert et de nouveaux projets ont été lancés. Le tourisme religieux gagne du terrain, avec des destinations phares telles que Touba, Tivaouane ou Ndiassane.
Le Sénégal a également accueilli le SATOLIC et le SMTA, des événements qui ont renforcé la visibilité nationale et internationale de l’artisanat et de la culture sénégalaise. Ces initiatives traduisent la volonté des autorités de positionner le pays comme une destination incontournable.
Formation et excellence : les leviers de pérennisation
Le président du conseil d’administration de la SAPCO met un accent particulier sur la formation professionnelle. « Nous avons des écoles hôtelières, mais il est nécessaire de créer des structures capables de former nos jeunes dès le bas âge, à l’image des instituts européens. La qualité des infrastructures doit s’accompagner d’une formation solide et d’une prestation de service de haut niveau », souligne-t-il.
L’objectif pour lui est de transformer le secteur en un moteur durable de croissance économique et sociale, avec une attention particulière portée au haut de gamme et à l’emploi des jeunes.
Perspectives 2026 et au-delà
Si le tourisme interne reste encore timide, le retour progressif des touristes étrangers, le développement de l’écotourisme et de l’agrotourisme, ainsi que l’émergence de nouveaux segments comme le tourisme de santé ( les EPHADS), laissent entrevoir des perspectives profitables a tous vers un tourisme souverain.
« 2025 a permis de poser les bases d’un tourisme structuré, durable et profitable à tous. Pour 2026, l’objectif d’ harmoniser les investissements, respecter les populations et l’environnement, et faire du Sénégal une destination touristique de référence », indique Doudou Gnagna Diop.
Le message est également adressé aux investisseurs : avant toute implantation, il est essentiel de s’intégrer dans le milieu local, de respecter les communautés et leur environnement, et de collaborer avec les autorités locales. « Investir ici, c’est respecter la paix, la culture et l’écosystème. Impliquer les populations locales est le premier pas pour garantir des investissements durables et à haute valeur ajoutée », dit Mr. Diop.
Pour finir, le président du conseil d’administration de la SAPCO rappelle «2026 est également l’année sportif des JOJ. Les infrastructures hôtelières et touristiques seront rafraîchies, l’accessibilité et la visibilité renforcée.
La notoriété du tourisme Sénégalais reprendra sa place via le sport».
Anta Fofana Konaté (Correspondante)