Le malaise couve à la Fondation Trade Point Sénégal. Réunis ce mardi 12 mai 2026 au siège de l’institution, les travailleurs ont tenu un point de presse pour dénoncer ce qu’ils qualifient de « dérives » dans la gouvernance actuelle de la structure. Face aux journalistes, le personnel a exprimé de profondes inquiétudes sur la situation sociale, financière et institutionnelle de cette organisation créée en 1995 et considérée comme pionnière dans la promotion du commerce électronique et de l’innovation technologique au Sénégal.
Leurs préoccupations est causées par la dégradation du climat social et managérial, des recrutements jugés « massifs » et « déséquilibrés », une gestion financière qualifiée d’opaque, mais aussi le projet de changement de dénomination de « Trade Point Sénégal » en « Made in Sénégal Center ».
Prenant la parole au nom des travailleurs, le délégué syndical Issa Dial a insisté sur le caractère « responsable, républicain et constructif » de leur démarche. « Il n’y a aucune logique de confrontation personnelle, politique ou partisane derrière cette rencontre. Nous voulons préserver la stabilité institutionnelle, le dialogue social et l’image de cette maison qui existe depuis plus de trente ans », a-t-il déclaré.
Selon le syndicaliste, les tensions seraient apparues avec l’arrivée d’une nouvelle administration à la fin de l’année 2025. Depuis lors, le personnel dit constater une rupture du dialogue interne et une perte de repères au sein de la direction. « On ne se sent plus en équipe. Il n’y a plus cette culture d’entreprise qui faisait la force de Trade Point Sénégal », a-t-il regretté.
Les travailleurs dénoncent également des recrutements opérés par le nouveau directeur sans concertation et dont la soutenabilité financière interroge. Pour eux, ces nouvelles embauches interviennent dans un contexte où les employés historiques peinent déjà à percevoir leurs salaires à temps. « Nous avons subi des retards de paiement alors que la structure dispose de ressources importantes et bénéficie de subventions publiques », a soutenu Issa Dial, évoquant également des disparités salariales entre anciens agents et nouveaux recrutés.
Mais le point le plus sensible reste sans doute le projet de transformation de l’institution en « Made in Sénégal Center ». Une orientation que le personnel considère comme une menace pour l’identité et le capital institutionnel du Trade Point Sénégal, reconnu dans un réseau international de plus de 90 structures similaires à travers le monde. « Pourquoi vouloir effacer une appellation qui a construit sa crédibilité pendant trente ans ? », s’est interrogé le délégué syndical. Selon lui, le Sénégal dispose déjà de plusieurs structures dédiées à la promotion du « Made in Sénégal », citant notamment l’Agence sénégalaise de promotion des exportations (ASEPEX), l’ADEPME ou encore le Bureau de mise à niveau. « Nous craignons une redondance institutionnelle et une dilution de la mission originelle du Trade Point Sénégal », a-t-il averti.
Le personnel affirme ne pas être opposé aux réformes ni à la modernisation de l’institution, mais réclame davantage de concertation et de transparence. « Toute transformation durable doit reposer sur le dialogue, le respect des procédures et la préservation des acquis », ont insisté les travailleurs dans leur déclaration.
Les agents lancent ainsi un appel aux autorités de tutelle afin qu’elles prennent en compte leurs revendications. Parmi celles-ci figurent la restauration du dialogue social, la réalisation d’un audit organisationnel, social et financier indépendant, la suspension des décisions engageant l’avenir de l’institution, le maintien de la dénomination historique « Trade Point Sénégal », mais aussi le paiement des salaires en retard et le respect des droits des travailleurs.
En conclusion, le personnel a réaffirmé son attachement « aux valeurs de bonne gouvernance, de justice sociale et de dialogue », tout en espérant que cette alerte soit entendue afin de préserver « la continuité, la stabilité et l’efficacité » d’une institution qu’il considère comme stratégique pour l’économie sénégalaise.