Rappelée à Dieu en 2024, Sokhna Aïcha Walo Mbacké demeure une figure éminente de la sainteté et du savoir au sein de la communauté mouride. Née en 1938 dans le village historique de Lombel Sayal, près de Ndiapandal, elle était la fille aînée et le premier enfant de Serigne Saliou Mbacké. Dès sa venue au monde, elle fut investie d’une haute charge symbolique en recevant le prénom de sa grand-mère, l’érudite et pieuse Sokhna Asta Walo Mbacké, mère de Sokhna Diarratoullah Mariama Bousso. Un choix guidé par l’espoir et la prière de la voir marcher sur les traces de cette illustre aïeule.
Son ascendance maternelle s’enracine également dans une noblesse spirituelle et intellectuelle remarquable. Sa mère, Sokhna Maty Diakhate, était la fille de Serigne AbdouRahmane Diakhate, oncle de Serigne Saliou et frère de Serigne Hamzatou Diakhate. Par sa grand-mère maternelle, Sokhna Hannta Khouma, elle descendait de la prestigieuse lignée de Maganna Bira Khouma, érudit de grande renommée dans la région du Kajoor.
L’empreinte éducative de sa famille maternelle s’avère tout aussi déterminante. Sokhna Maty Diakhate fut élevée par sa tante, la vertueuse Sokhna Faty Diakhate. Cette éducatrice hors pair avait été directement choisie par le fondateur du mouridisme, Cheikh Ahmadou Bamba, pour enseigner les sciences religieuses à plusieurs jeunes filles afin de leur transmettre son savoir et ses bénédictions.
Une formation spirituelle et intellectuelle aux sources de la Mouridiyyah
L’enfance de Sokhna Aïcha Walo Mbacké s’est déroulée sous la tutelle attentive de son père à Lombel Sayal, puis à Djoubas, près de Thiès, où Serigne Saliou avait fondé l’exploitation agricole et le foyer d’enseignement de Gott. Elle fut ensuite confiée à sa grand-mère Sokhna Faty Diakhate, à Diourbel, pour y suivre un apprentissage approfondi fondé sur la maîtrise du Saint Coran, les sciences religieuses et l’assimilation des vertus domestiques.
En raison des liens spirituels profonds unissant Cheikh Saliou à Sokhna Amy Cheikh Mbacké, fille de Cheikh Ahmadou Bamba, la jeune fille fut également placée sous la protection de cette dernière à Keur Niang, à proximité de Touba.
Durant sa jeunesse, elle a bénéficié de l’encadrement conjoint de sa grand-mère Sokhna Faty et de ses tantes, Sokhna Amy Cheikh Mbacké et Sokhna Moumina, nièce de Sokhna Faty Diakhate. Le foyer de Sokhna Faty jouissait alors d’une réputation établie dans la formation de l’élite féminine de la confrérie. De nombreux dignitaires y envoyaient leurs filles, à l’image de Sokhna Gadd Bousso, fille de l’érudit Cheikh Mbacké Bousso, ou d’autres descendantes du fondateur du mouridisme. C’est dans ce maillage de piété et d’exigence intellectuelle que Sokhna Aïcha Walo Mbacké a façonné sa personnalité.
Une descendance vouée à la science islamique et au service du culte
Sur le plan matrimonial, Sokhna Aïcha Walo Mbacké fut l’épouse du fidèle disciple Serigne Mor Talla Kébé, un grand bienfaiteur qui compta parmi les plus proches compagnons de Cheikh Saliou Mbacké, l’ayant soutenu avec dévouement durant les périodes d’épreuves. De cette union sont nés des fils et des filles élevés dans le culte du savoir, de la bonté et du travail.
Parmi sa progéniture figurent des mémorisateurs du Coran et des érudits reconnus dans l’enseignement et le service de la Voie. Le plus éminent d’entre eux est Cheikh Ahmad Mbacké Ibrahim, communément appelé Serigne Cheikh Walo. Écrivain et dévot de renom, il est le khalife de Cheikh Ibrahim Mbacké, petit-fils de Cheikh Mohamed Moustapha. Il dirige notamment l’Institut islamique Al-Khalil, dont les multiples établissements à Touba jouent un rôle majeur dans l’instruction religieuse de la jeunesse.
Les autres enfants de la défunte s’inscrivent dans cette même trajectoire de préservation de l’héritage spirituel : Cheikh Mbacké, Serigne Mamor Kébé, Serigne Abdoul Kader Kébé, Serigne Mourtada, Serigne Chouaib, Serigne Khadim, Sokhna Mam Fatou ainsi que Sokhna Walima Kébé.
Altruisme, dévouement envers les disciples et vénération des Khalifes
Au-delà de son statut, Sokhna Aïcha Walo Mbacké s’est distinguée par une noblesse de comportement qui rappelait les vertus de son père. Accessible et bienveillante, elle veillait personnellement sur les disciples de Cheikh Saliou, honorant les engagements pris par son père envers eux. Elle effectuait régulièrement des visites auprès des fidèles, sans distinction de condition sociale. En hommage à son écoute et à son soutien, de nombreuses familles mourides ont donné son nom à leurs filles.
Elle fit également de sa demeure un centre de formation ouvert à la jeunesse. Marquée par une générosité constante, elle consacrait une part importante de ses ressources au soulagement des nécessiteux et des démunis.
Sur le plan des devoirs spirituels, elle perpétua toute sa vie une tradition d’allégeance et de contribution annuelle d’abord envers Cheikh Abdoul Ahad Mbacké, puis auprès des califes successifs de Touba. Elle entretenait une relation de considération réciproque avec l’actuel Khalife général des mourides, Cheikh Mountakha Mbacké, à qui Serigne Saliou l’avait particulièrement confiée. Le patriarche de Touba lui manifestait une attention constante, marquée par des visites et l’envoi régulier de présents par le biais de son assistant Serigne Mountakha Sylla.
L’attachement que lui portait son père était tout aussi profond. Un témoignage attribué au fils de Cheikh Mohamed Diaw Pakhâ rapporte qu’en passant un jour près des ruines du village de Lombel Sayal, Cheikh Saliou retira ses chaussures par respect avant de déclarer : « C’est ici que ma fille aînée, Sokhna Walo, est née. »
Lors de son rappel à Dieu en 2024, Cheikh Mountakha Mbacké avait rendu hommage à son rang élevé en préconisant qu’elle recevât les plus grands honneurs et en recommandant son inhumation au cimetière de Baqi après la prière d’Asr, fixant la cérémonie des condoléances au troisième jour, sous le sceau des bénédictions du vendredi.