Ils pensaient tourner une nouvelle page professionnelle. Ils se retrouvent aujourd’hui sans emploi. Trois agents de SEN Investment Properties, filiale immobilière de la LONASE, dénoncent ce qu’ils considèrent comme une situation injuste après avoir démissionné de leur poste dans le cadre d’une promesse de réintégration au sein de la Loterie nationale sénégalaise. Une affaire qui soulève de nombreuses interrogations sur les conditions dans lesquelles ces départs ont été organisés.
Selon le témoignage recueilli par Ledakarois Quotidien auprès de l’un des agents concernés, tout aurait commencé par une proposition faite aux employés de la filiale immobilière. La direction leur aurait demandé de quitter SEN Investment Properties afin de rejoindre directement la LONASE à travers de nouveaux contrats de travail.
« On nous a demandé de démissionner de la filiale pour signer à la LONASE. C’est la direction qui nous a donné cette assurance. Nous étions 13 agents, et les 13 ont démissionné », explique l’un des employés.
Une décision lourde de conséquences pour ces travailleurs, dont certains disposaient de contrats à durée indéterminée depuis plusieurs années. Convaincus que cette transition constituait une simple formalité administrative, ils auraient accepté de rompre leur lien contractuel avec la filiale immobilière.
Mais la suite aurait pris une tournure inattendue. Alors que les 13 agents espéraient tous finaliser leur intégration à la LONASE, seuls dix auraient finalement été retenus. Trois employés auraient été écartés du processus, sans explication officielle selon leur témoignage.
« Nous avons tous fait la même démarche. Nous avons tous démissionné. Mais au moment de reprendre les contrats, on garde dix personnes et on laisse trois agents. C’est là que nous ne comprenons pas », dénonce l’agent interrogé.
Parmi les trois personnes concernées figureraient C. Diop, I. Diop et E. Diop. Ces derniers estiment avoir été placés dans une situation particulièrement difficile, après avoir quitté un emploi stable pour une perspective qui ne s’est finalement pas concrétisée.
« Le problème, c’est que nous étions en CDI. Nous avons quitté nos postes parce qu’on nous avait garanti une nouvelle situation. Aujourd’hui, nous nous retrouvons sans contrat », poursuit-il.
L’affaire prend une dimension encore plus sensible en raison du contexte politique évoqué par les agents concernés. L’un d’eux, responsable politique à Grand Dakar et membre de l’Alliance pour la République (APR), affirme que son engagement pourrait être un élément d’explication à son exclusion.
« C’était quelqu’un avec qui nous avons cheminé politiquement. C’était un ami, un frère. Mais les réalités politiques ont changé. Il y a peut-être eu des incompréhensions ou des divergences », confie-t-il.
Toutefois, les agents reconnaissent ne disposer, pour le moment, d’aucun document officiel établissant que leur situation serait liée à leurs opinions ou engagements politiques. Ils évoquent plutôt une succession d’échanges internes entre responsables de la structure et représentants du personnel.
« Ce n’est pas une décision qui nous a été notifiée par courrier. C’était une discussion entre le directeur, le délégué du personnel et la hiérarchie. Ensuite, nous avons appris que trois personnes ne seraient pas reprises », explique l’un des concernés.
Pour eux, la question centrale reste celle de la responsabilité de la décision ayant conduit à ces démissions collectives. Ils dénoncent une situation où des agents auraient quitté volontairement leur poste sur la base d’une promesse de réintégration qui n’aurait finalement pas concerné tout le monde.
« Quand on demande à des personnes de démissionner d’un CDI, cela doit être encadré. On ne peut pas laisser des travailleurs prendre un tel risque et ensuite sélectionner certains et abandonner les autres », estime l’agent.
Face à ces accusations, Ledakarois Quotidien a tenté de recueillir la version du directeur général de la LONASE, Abdourahmane Doura Baldé. Une demande d’éclairage lui a été adressée afin de connaître les raisons de cette décision, les conditions de réengagement des agents et la position officielle de l’entreprise. À ce jour, aucune réponse n’a encore été reçue.
En attendant une réaction de la direction, les trois agents concernés annoncent avoir entamé des démarches pour faire valoir leurs droits. Ils envisagent notamment des actions auprès des autorités compétentes afin que leur situation soit examinée.
Cheikh KANE