ENERGIE ET HYDROCARBURES : Abdourahmane Diouf détaille les réformes et les priorités du Sénégal

Le ministre de l’Énergie et du Pétrole, Dr El Hadji Abdourahmane Diouf, a exposé, ce jeudi 1er octobre 2026 au Musée des Civilisations Noires, les principaux enjeux et perspectives du secteur de l’énergie et des hydrocarbures au Sénégal. À l’occasion d’un petit-déjeuner de presse, il a notamment évoqué les perturbations récentes du système électrique, le coût de l’électricité, le programme d’accès universel, la stratégie « Gas-to-Power », Yakaar-Teranga ainsi que les réformes institutionnelles en cours.

D’emblée, Abdourahmane Diouf a placé cette rencontre sous le signe de la transparence et de la pédagogie. « La transparence n’est pas, pour nous, un exercice de communication. Elle doit devenir une méthode de gouvernement », a-t-il déclaré, estimant que les informations relatives à un secteur aussi stratégique que l’énergie doivent être accessibles et compréhensibles pour les citoyens.

Des tensions dans le système électrique

Revenant sur les perturbations enregistrées ces dernières semaines dans la fourniture d’électricité, le ministre a reconnu des tensions liées à l’équilibre entre l’offre et la demande, à l’indisponibilité de certaines capacités de production et à des difficultés ponctuelles d’approvisionnement en combustibles.

Selon lui, la demande d’électricité a progressé de plus de 12 %, tandis que la pointe appelée a atteint 1 400 MW au mois d’août. Dans le même temps, le parc de production dispose désormais de plus de 2 300 MW de capacité installée.

Pour Abdourahmane Diouf, ces chiffres montrent qu’un système électrique ne se résume pas à la seule capacité installée. « Il faut disposer des bonnes capacités, au bon moment. Il faut du combustible. Il faut des centrales disponibles. Il faut des réseaux suffisamment solides. Il faut des réserves », a-t-il expliqué.

Le gouvernement entend ainsi sécuriser durablement l’approvisionnement en électricité tout en réduisant progressivement son coût de production.

Le gaz naturel au cœur de la stratégie énergétique

Pour atteindre cet objectif, plusieurs chantiers sont annoncés ou poursuivis : nouvelles capacités de production, renforcement des réseaux, stockage, développement des énergies renouvelables et amélioration de l’efficacité énergétique.

Mais le principal levier reste, selon le ministre, le basculement progressif vers le gaz naturel. La stratégie « Gas-to-Power » vise à réduire la dépendance aux combustibles liquides, qui pèsent encore fortement sur le coût de production de l’électricité.

Dans ce cadre, le développement du Réseau gazier du Sénégal prévoit environ 340 kilomètres de gazoducs. L’objectif est d’acheminer le gaz produit localement vers les centrales électriques, mais également vers les industries.

« Notre ambition n’est donc pas uniquement de produire du pétrole et du gaz. Notre véritable ambition est de transformer nos ressources naturelles en énergie compétitive pour notre économie », a insisté Abdourahmane Diouf.

Coût de l’électricité : le gouvernement veut agir sur la structure des coûts

Le ministre a également abordé la question sensible du coût de l’électricité et des subventions publiques. Il a rappelé que la production, le transport, l’entretien des réseaux et les investissements dans de nouvelles capacités représentent des coûts importants.

Lorsque le tarif payé par le consommateur ne couvre pas entièrement le coût réel du système, a-t-il expliqué, la différence est prise en charge par l’État.

Pour le gouvernement, la politique énergétique doit ainsi concilier trois impératifs : protéger les populations, préserver les finances publiques et maintenir la compétitivité de l’économie.

Abdourahmane Diouf estime que la réponse durable passe moins par une augmentation continue des compensations budgétaires que par une réduction du coût de production de l’électricité, notamment grâce au gaz naturel, aux énergies renouvelables, au stockage et à la modernisation du réseau.

Woyofal : davantage de pédagogie envers les consommateurs

Le système Woyofal a également été au cœur des échanges. Face aux nombreuses interrogations sur la tarification et les variations des quantités d’électricité obtenues pour un même montant, le ministre a reconnu la nécessité de renforcer l’information des consommateurs.

Il a notamment évoqué la nécessité de mieux expliquer les tranches de consommation, le fonctionnement de la tarification et les modalités permettant aux ménages de suivre leur consommation.

« Lorsqu’un dispositif utilisé quotidiennement par des millions de Sénégalais génère des incompréhensions, l’administration et l’opérateur doivent considérer que l’effort de pédagogie n’est pas suffisant », a-t-il déclaré.

Objectif : l’accès universel à l’électricité en 2029

Autre priorité affichée : l’accès universel à l’électricité. Le taux national d’accès dépasse actuellement 86 %, selon le ministre.

L’ambition du gouvernement est toutefois d’atteindre 100 % à l’horizon 2029. Pour y parvenir, une mobilisation financière estimée à près de 400 milliards de francs CFA est prévue.

Pour Abdourahmane Diouf, l’accès à l’électricité constitue un enjeu de développement, notamment pour l’éducation, la santé, l’activité économique et l’équité territoriale.

Pétrole et gaz : transformer les ressources en moteur de développement

Le Sénégal étant désormais producteur de pétrole et de gaz, le ministre estime que la priorité doit désormais porter sur la transformation de ces ressources en valeur économique et industrielle.

Le gouvernement entend notamment utiliser le gaz pour la production d’électricité et le développement industriel, créer de nouvelles chaînes de valeur, renforcer les compétences nationales et favoriser l’émergence d’entreprises sénégalaises dans la chaîne énergétique.

Abdourahmane Diouf a également annoncé la poursuite de l’exploration du bassin sédimentaire sénégalais. Le pays compte actuellement 113 blocs, offshore et onshore. La récente dynamique engagée avec ENI s’inscrit, selon lui, dans cette volonté de relancer l’exploration et d’attirer de nouveaux investissements.

Yakaar-Teranga, une ressource stratégique

Le projet Yakaar-Teranga occupe une place particulière dans la stratégie gouvernementale. Le ministre considère cette ressource comme une opportunité majeure pour le marché domestique du gaz, le « Gas-to-Power » et le « Gas-to-Industry ».

Le gouvernement souhaite développer le projet dans des conditions permettant de préserver les intérêts du Sénégal et de garantir un modèle économique viable. PETROSEN est appelée à jouer un rôle majeur dans ce processus.

Les discussions se poursuivent et le ministère entend communiquer au fur et à mesure de l’avancement des étapes déterminantes.

Senelec et PETROSEN appelées à évoluer

Au-delà des infrastructures et des ressources, Abdourahmane Diouf a annoncé des réformes dans la gouvernance du secteur énergétique.

Senelec devrait évoluer vers une organisation davantage structurée autour de ses différents métiers, avec une clarification des responsabilités et un renforcement des exigences de performance.

De son côté, PETROSEN doit progressivement devenir un groupe énergétique national intégré, capable d’intervenir sur l’ensemble de la chaîne de valeur des hydrocarbures.

Le ministère poursuit également la rationalisation des agences du secteur, notamment avec la fusion annoncée de l’ANER et de l’AEME.

L’objectif affiché est de réduire la dispersion institutionnelle, d’améliorer la cohérence de l’action publique, de renforcer les responsabilités et d’obtenir davantage de résultats.

Une loi de programmation énergétique 2027-2031 en préparation

Le gouvernement travaille par ailleurs sur une loi de programmation énergétique couvrant la période 2027-2031. Elle devrait concerner l’ensemble du secteur : électricité, hydrocarbures, gaz, renouvelables, efficacité énergétique, accès universel et grandes infrastructures.

L’ambition est de sortir d’une gestion essentiellement fondée sur des projets ponctuels ou des échéances annuelles, afin d’inscrire la politique énergétique dans une trajectoire pluriannuelle avec des objectifs, des investissements, des financements, des délais et des responsabilités clairement définis.

Dans le domaine des hydrocarbures, le ministère prépare également un Code général des hydrocarbures. Ce nouveau cadre devrait couvrir l’ensemble de la chaîne de valeur, de l’exploration à la commercialisation, en passant par la production, le transport, le stockage et le raffinage.

En conclusion, Abdourahmane Diouf a appelé à instaurer une relation plus régulière entre son ministère et les médias. Pour lui, la presse doit contribuer à rendre les politiques publiques plus compréhensibles.

Le ministre a reconnu que le secteur reste confronté à des difficultés et à des réformes importantes, mais estime que l’exploitation des ressources pétrolières et gazières offre au Sénégal une « opportunité historique » de construire un système énergétique plus souverain, compétitif, inclusif et durable.