Les perturbations annoncées par la Senelec dans le cadre des travaux de basculement du poste de Bel Air se sont concrétisées. Depuis le début de l’intervention, des coupures d’électricité ont été signalées dans plusieurs zones de Dakar, ravivant les inquiétudes des usagers sur la capacité du réseau à assurer une fourniture stable et continue.
La Senelec avait annoncé, dans un communiqué publié le 2 octobre, des perturbations possibles du samedi 3 au lundi 5 octobre 2026, en raison du transfert des ouvrages de l’ancien poste de Bel Air vers un nouveau poste GIS présenté comme une infrastructure de dernière génération. L’opération, réalisée dans le cadre du programme de modernisation et de renforcement du réseau avec l’appui du Millennium Challenge Account (MCA), devait nécessiter la mise hors tension temporaire de certains ouvrages.
Mais ce qui devait être une opération technique ponctuelle s’est traduit, pour plusieurs usagers, par de nouvelles interruptions de la fourniture d’électricité. Les coupures enregistrées par zones viennent ainsi rappeler la fragilité d’un réseau qui semble encore disposer de marges limitées lorsqu’une infrastructure stratégique est mise hors service pour des travaux.
Des coupures qui dépassent la seule zone de Bel Air
Si les environs de Bel Air étaient directement concernés par les travaux, les conséquences sur l’alimentation électrique peuvent se faire sentir au-delà de cette zone. La Senelec avait d’ailleurs prévenu que l’intervention entraînerait une réduction provisoire des capacités de production de la centrale de Karpowership.
Pour les populations, la réalité reste la même : lorsque l’électricité disparaît, ce sont les activités quotidiennes qui sont immédiatement affectées.
Ménages, commerces, ateliers, bureaux, restaurants, services numériques et petites entreprises doivent composer avec des interruptions parfois difficiles à anticiper. Les appareils électroménagers et équipements électroniques sont également exposés aux conséquences des coupures et des retours de courant.
Et c’est précisément cette répétition des perturbations qui nourrit l’exaspération.
La modernisation peut-elle continuer à justifier les coupures ?
Sur le principe, les travaux de Bel Air sont nécessaires. La modernisation du réseau électrique est indispensable pour accompagner la croissance de la demande et améliorer la sécurité de l’alimentation de Dakar. La Senelec présente d’ailleurs le nouveau poste GIS comme une infrastructure destinée à renforcer la fiabilité du réseau et à mieux répondre à la demande croissante dans la capitale.
Mais une question demeure : combien de temps encore les consommateurs devront-ils subir les conséquences d’un réseau qui peine à absorber les opérations de maintenance et de modernisation ?
Car l’argument des travaux ne peut pas devenir une réponse systématique aux délestages.
À chaque coupure, les usagers attendent surtout des explications précises : quelles zones sont concernées ? Combien de temps dureront les interruptions ? Quelles mesures ont été prises pour limiter leur impact ? Et surtout, pourquoi le réseau ne dispose-t-il pas de suffisamment de solutions de secours pour éviter que des travaux programmés ne se traduisent par des perturbations importantes ?
Une situation qui interpelle aussi les autorités
Au-delà de la responsabilité opérationnelle de la Senelec, ces épisodes interrogent plus largement la politique énergétique du pays.
Les investissements engagés dans les infrastructures doivent désormais produire des résultats visibles dans le quotidien des Sénégalais. Moderniser un poste électrique est une chose. Garantir ensuite une alimentation stable, prévisible et accessible en est une autre.
Les autorités chargées du secteur de l’énergie sont donc attendues sur leur capacité à réduire durablement la vulnérabilité du réseau. Car pour les usagers, les annonces de modernisation ne suffisent plus. Ce qu’ils veulent mesurer, ce sont les résultats.
Le véritable test commence après les travaux
Ce lundi 5 octobre marque la fin de la période d’intervention annoncée par la Senelec. Mais il ne devrait pas marquer la fin des interrogations.
Si le nouveau poste GIS doit effectivement améliorer la fiabilité et la sécurité du réseau, les populations sont désormais en droit d’attendre des améliorations concrètes après la mise en service des nouvelles installations.
Le véritable bilan ne sera donc pas le nombre de journées nécessaires pour réaliser le basculement, mais la capacité du réseau à éviter que de nouvelles coupures ne viennent perturber le quotidien des Dakarois.
Car au-delà des explications techniques, une exigence demeure : l’électricité doit être disponible, stable et prévisible.
Les Sénégalais peuvent comprendre qu’un réseau soit modernisé. Ils acceptent difficilement, en revanche, que chaque opération technique rappelle à quel point ce même réseau reste vulnérable.
À Dakar, les coupures enregistrées ces derniers jours constituent ainsi un nouveau signal d’alerte. La modernisation annoncée doit désormais se traduire par une amélioration réelle du service, faute de quoi les délestages continueront de nourrir la défiance et la frustration des usagers.