À chaque forte pluie, le même scénario se répète. Des rues transformées en mares, des quartiers difficiles d’accès, des automobilistes bloqués et des populations contraintes de composer avec les eaux stagnantes. Ce dimanche, Dakar et sa banlieue ont une nouvelle fois renoué avec les inondations, relançant les interrogations sur l’efficacité du dispositif de prévention mis en place avant l’hivernage.
Cette nouvelle situation pose directement la question de la responsabilité des structures chargées de l’assainissement, au premier rang desquelles l’Office national de l’assainissement du Sénégal (ONAS), sous la tutelle du ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement. Car le problème n’est plus seulement celui de la pluie. Il est aussi celui de la capacité de la capitale à absorber et évacuer rapidement les eaux pluviales.
Pourtant, les autorités avaient annoncé plusieurs opérations pré-hivernage. Le gouvernement avait notamment demandé, dès juillet, l’accélération des travaux d’assainissement et du curage des réseaux de drainage. L’ONAS avait, de son côté, annoncé une vaste campagne de curage et de maintenance des ouvrages.
Mais sur le terrain, les premières fortes précipitations continuent de mettre à rude épreuve le dispositif. Fin juin, l’ONAS indiquait que le niveau d’exécution des opérations de curage atteignait environ 50 % à Dakar. L’objectif affiché était pourtant d’anticiper les risques et de réduire les conséquences des inondations. Dès lors, une question mérite d’être posée : les travaux pré-hivernage ont-ils réellement été réalisés à temps et avec l’efficacité attendue ?
La répétition des scènes d’inondation donne, en tout cas, l’impression d’un dispositif qui demeure fragile dès que les précipitations deviennent importantes. Et ce constat est d’autant plus préoccupant que les autorités avaient déjà été alertées sur la vulnérabilité de certains réseaux.
Après les fortes pluies enregistrées en septembre, le ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement, Cheikh Tidiane Dièye, avait reconnu que certains réseaux de Dakar, vieux de plus de 60 ans, n’étaient pas dimensionnés pour absorber rapidement d’importants volumes d’eau. Il avait également annoncé la poursuite du curage et du nettoiement des caniveaux. Cette explication ne suffit toutefois pas à dissiper les interrogations. Si la vétusté des réseaux constitue une réalité structurelle, elle ne peut pas, à elle seule, expliquer toutes les difficultés observées après chaque épisode pluvieux. La qualité du curage, l’entretien des caniveaux, le fonctionnement des stations de pompage, la disponibilité des équipements et la coordination entre les différents intervenants doivent également être évalués.
Le ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement et l’ONAS ont d’ailleurs eux-mêmes insisté sur la nécessité d’une meilleure coordination et d’un suivi rapproché des interventions. Lors de la réunion du Comité national de gestion des inondations du 18 septembre, l’ONAS avait souligné la nécessité de poursuivre les efforts structurels, notamment le renouvellement progressif de certains réseaux.
Le contraste entre les annonces et la réalité vécue par les populations mérite donc d’être interrogé.
Combien ont coûté les opérations pré-hivernage ? Quels ouvrages ont effectivement été curés ? Quels caniveaux ont été nettoyés ? Quelles stations de pompage sont opérationnelles ? Et surtout, pourquoi certaines zones continuent-elles à être rapidement submergées après les pluies ?
Ces questions relèvent moins de la polémique que de l’obligation de rendre compte de l’utilisation des moyens publics et de l’efficacité des politiques d’assainissement. À Dakar, les populations ne demandent plus seulement des opérations d’urgence après les pluies. Elles attendent des solutions durables. Car une capitale qui se retrouve paralysée à chaque épisode pluvieux reste confrontée à une fragilité majeure de son système d’assainissement.
La pluie est un phénomène naturel. La vulnérabilité face à la pluie, elle, relève aussi de la préparation, de l’entretien et de la qualité des infrastructures.
Et sur ce terrain, l’ONAS et le ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement sont désormais attendus sur des résultats concrets.