FMI, COMMISSIONS D’ENQUÊTE, APR : Me Omar Youm passe au crible les enjeux du moment

L’accord entre le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI), le fonctionnement des commissions d’enquête parlementaires et l’avenir de l’Alliance pour la République (APR) sont au cœur de cet entretien avec Me Omar Youm, responsable politique et ancien ministre. Sur ces trois sujets, il livre son analyse, exprime ses préoccupations et expose sa vision. Entre prudence face aux enjeux liés à la dette publique, exigences de rigueur dans le contrôle parlementaire et volonté de remobiliser son parti, il revient sur les défis économiques, institutionnels et politiques du Sénégal.

Accord entre le FMI et le Sénégal : comment appréciez-vous l’accord annoncé et quelles pourraient être ses conséquences pour le pays ?

Le FMI a annoncé le 1er septembre 2026 un accord au niveau des services, en évoquant l’intention des autorités de solliciter un traitement de la dette. Cette annonce ne suffit pas, à elle seule, à établir une approbation du Conseil d’administration ou un décaissement. Ces phases sont déterminantes, l’accord doit être approuvé par le Conseil d’administration et serait suivie de décaissements avec des conditionalites de nature à s’assurer le respect des engagements du Sénégal.
C’est pourquoi, les prochains rendez-vous sont très importants et doivent être préparés sérieusement par l’Etat.
Le mode de traitement approprié de la dette sera déterminé par la soutenabilite de la dette qui fera l’objet d’une analyse partagée avec les créanciers du Sénégal.
Donc le choix sera plus déterminé par les éléments de diagnostic sur la structure de la dette, les créanciers, les taux, les devises, les échéances et les garanties.
Ensuite,sera appréciée la capacité réelle de paiement du Sénégal.
Si la difficulté tient surtout à la concentration des remboursements sur une période considérée comme courte et difficile à respecter la solution du reprofilage peut permettre d’étaler les échéances.
Mais si le niveau de dette ou son coût dépasse durablement la capacité de paiement, un traitement plus profond peut être nécessaire, avec une modification des conditions financières et, selon la situation, d’autres paramètres.
Donc le choix du reprofilage qui est une forme allégée de la restructuration dépendra moins d’une volonté imposée de l’Etat que de la réalité économique et financière résultant de l’étude de soutenabilite de la dette du Sénégal.
Dans tous les cas, le choix du mode de traitement doit reposer sur une analyse sérieuse des conséquences pour les finances publiques, les banques, l’épargne, les entreprises et l’accès futur au crédit.
Je préconise donc une négociation préparée, un Parlement correctement informé et une attention particulière à la stabilité du système financier.
Il faut juste éviter de résoudre une difficulté de trésorerie en créant une crise économique plus large. Je pense que le Gouvernement y veillera afin d’éviter des suppressions brutales de subventions à caractère social.

Commissions d’enquête parlementaires : plusieurs commissions ont été mises en place sur différents dossiers et ont entamé leurs travaux. Quel regard portez-vous sur leur fonctionnement ?

En tant qu’ancien parlementaire, je suis naturellement pour un contrôle parlementaire effectif mais conforme aux règles constitutionnelles. Ce contrôle parlementaire est une mission essentielle à l’équilibre des pouvoirs qui gagne en autorité lorsqu’elle s’exerce avec rigueur, impartialité, esprit de mesure et courtoisie. Il faut donc pas confondre une commission d’enquête avec une commission d’instruction. La commission d’enquête parlementaire n’a pas une mission d’enquête judiciaire. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle ne peut pas être ouverte et porter sur des faits en enquête judiciaire et doit même arrêter ses travaux en cas de saisine de la justice.
Elle doit s’exercer avec compétence, méthode et sérieux lesquels renforcent la crédibilité du parlement. Malheureusement aux interventions de certains membres de la commission, on peut mesurer l’impreparation, la politisation mais surtout l’absence manifeste d’expertise et de connaissances des dossiers et curieusement de la réglementation. La mise en scène visible et les questions dictées ou suggérées ont fini d’affaiblir et d’enterrer la qualité de l’enquête parlementaire et sa crédibilité. L’exigence de transparence que ce qui se passe à l’assemblée nationale qui est un vrai théâtre de la suspicion.

Après votre passage dans l’opposition, comment le parti Apr s’organise-t-il pour se relancer et retrouver la confiance des Sénégalais ?

Notre passage dans l’opposition est un grand moment de vérité qui nous oblige à retrouver l’essentiel c’est à dire les convictions, le travail militant et la proximité avec les populations.
Notre parti doit être capable de vivre par ses idées, son organisation et surtout la confiance des Sénégalais.
Nous avons entamé depuis environ un an un travail de remobilisation qui est dans sa phase active. Ces 2 derniers mois quasiment chaque week-end est un week-end de terrain autour des quartiers, des villages, des communes et les départements.
Nous sommes donc à l’écoute de nos militants. De plus en plus nous sommes dans la rénovation de manière méthodique, mesurée et patiente en donnant plus d’espaces et de responsabilités aux jeunes et aux femmes, pour réactiver nos structures et accompagner les populations dans leurs difficultés.
Nous nous employons à former nos militants à leur rôle d’opposants. 
Nous sommes entrain également de contrôler l’action du gouvernement, d’expliquer, de proposer et préparer une alternative. Donc la reconquête est en marche.
Bien évidemment, cela s’accompagnera par l’examen sérieux et courageux de notre propre parcours, par la défense légitime de notre énorme bilan dans la transformation économique et sociale du Sénégal mais aussi par une parfaite compréhension de ce qui nous a éloignés d’une partie des électeurs, ce qui est indispensable. Nous travaillons donc à regagner la confiance des électeurs par notre comportement et par la qualité de notre projet.
J’estime que la reconquête commence par la proximité, l’écoute et le travail.