Le blocage de la loi de finances rectificative (LFR) à l’Assemblée nationale ouvre une séquence de tensions entre le gouvernement et la majorité parlementaire issue de PASTEF. Alors que l’exécutif tente de désamorcer la crise et de renouer le dialogue, les positions restent difficiles à rapprocher. Au centre des interrogations, le ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba, dont le rôle dans ce dossier est désormais scruté de près.
La crise a pris une nouvelle dimension après le rejet, vendredi 23 octobre, du projet de loi de finances rectificative 2026 par la Commission des finances et du contrôle budgétaire de l’Assemblée nationale. Les députés de la majorité PASTEF ont également rejeté les deux amendements proposés par le gouvernement. Ce vote négatif a ouvert un bras de fer entre l’exécutif et une majorité parlementaire pourtant issue du même parti politique que plusieurs responsables du pouvoir.
Face au blocage, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô a pris la parole ce dimanche 25 octobre, à l’occasion d’une conférence de presse consacrée exclusivement à la LFR 2026. Aux côtés notamment du ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, et du ministre délégué chargé du Budget, Bassirou Sarr, le chef du gouvernement a tenté de justifier les arbitrages budgétaires et de convaincre les députés de revoir leur position.
Son message se veut clair : le désaccord parlementaire ne doit pas empêcher l’adoption d’un texte que l’exécutif juge nécessaire à la gestion des finances publiques. Al Aminou Lo a ainsi appelé les députés à privilégier le dialogue institutionnel et à traduire leurs critiques en amendements précis et écrits. « Ne punissez pas le peuple. Présentez vos amendements », a-t-il lancé, invitant la majorité à dépasser les déclarations de principe pour formuler des propositions concrètes. Il a également réaffirmé la disponibilité du gouvernement à se rendre à l’Assemblée nationale, avec les ministres concernés, afin de répondre aux interrogations des parlementaires et d’examiner les ajustements envisageables.
Cheikh Diba au cœur des interrogations
Dans cette séquence, le ministre Cheikh Diba occupe une place centrale. C’est autour des chiffres, des choix de financement et des arbitrages défendus par son département que se cristallisent une partie des désaccords.
Le projet de LFR ramène les recettes prévisionnelles de l’État de 6 188,8 à 5 848,7 milliards de francs CFA, soit une baisse de 340,1 milliards. Le déficit budgétaire est, quant à lui, révisé à 7,6 % du produit intérieur brut, contre 5,4 % initialement prévus.
Ces révisions alimentent les interrogations sur la crédibilité des prévisions initiales, la capacité de l’État à mobiliser les ressources attendues et les conséquences des nouvelles orientations budgétaires sur les investissements publics. Pour le gouvernement, il s’agit d’adapter le budget aux contraintes économiques et aux besoins de financement. Pour les opposants au texte, les ajustements proposés soulèvent des questions sur les priorités et les garanties apportées aux députés.
Le dossier dépasse ainsi la seule dimension technique. Il engage la responsabilité du ministère des Finances dans la présentation des données budgétaires, mais aussi celle de l’ensemble de l’exécutif dans la recherche d’un compromis avec les parlementaires.
PASTEF se braque et maintient la pression
L’appel à l’apaisement lancé par le Premier ministre n’a pas immédiatement produit l’effet escompté. Lors du point de presse de PASTEF organisé dimanche à la Résidence Serigne Abass Sall, le député Amadou Ba a rejeté la démarche proposée par Al Aminou Lo, l’invitant à se concentrer sur les urgences de sa fonction plutôt que de suggérer au parti de transformer son rendez-vous avec la presse en conférence de presse ouverte aux journalistes.
Le parlementaire a également demandé au chef du gouvernement de rendre publics les éventuels dossiers qu’il détiendrait concernant Ousmane Sonko, en réaction à des propos qu’il a interprétés comme des menaces. Cette passe d’armes montre que le conflit ne porte plus uniquement sur les chiffres du budget, mais touche également aux rapports entre les responsables de l’exécutif et ceux de la majorité parlementaire.
Pour PASTEF, le rejet du texte ne signifie pas nécessairement qu’une révision budgétaire est inutile. Le groupe parlementaire conteste plutôt certains arbitrages, les modalités de financement retenues et le niveau des garanties apportées aux députés. Il défend également le principe selon lequel l’Assemblée nationale ne saurait se limiter à entériner les décisions du gouvernement.
La majorité maintient donc la pression, tandis que l’exécutif insiste sur la nécessité de transformer les critiques en propositions formelles. Entre ces deux positions, le dialogue peine encore à produire un terrain d’entente.
Mardi, une nouvelle épreuve de vérité
Le prochain rendez-vous est désormais fixé à la séance plénière du mardi 27 octobre 2026, annoncée à 10 heures. Le projet de loi devra alors être examiné par l’ensemble des députés, après son rejet en commission.
D’ici là, l’exécutif devra poursuivre ses efforts pour convaincre les parlementaires, clarifier les points de désaccord et déterminer si des amendements peuvent permettre de rapprocher les positions. Le gouvernement dispose encore d’une fenêtre pour rechercher un compromis, mais les échanges de ce dimanche montrent que le chemin reste semé d’obstacles.
Au-delà de Cheikh Diba et d’Al Aminou Lo, cette crise met à l’épreuve la capacité des institutions à fonctionner dans un contexte de divergences politiques. Elle pose aussi la question de la solidarité entre les différentes composantes du pouvoir et de la place accordée au Parlement dans les décisions budgétaires.
Pour l’heure, le Premier ministre privilégie l’apaisement et le dialogue institutionnel, tandis que PASTEF maintient ses réserves et refuse de céder sur le fond du dossier. La séance plénière de mardi dira si les appels à la concertation peuvent ouvrir une issue ou si le blocage budgétaire se prolongera, avec ses conséquences sur la conduite de la politique économique du Sénégal.
Par Sadio FATY