À Thiès, l’hôpital Ahmadou Sakhir Ndièguène, principal établissement sanitaire régional et point central du dispositif de santé de la ville, traverse une crise profonde qui suscite inquiétude et indignation. Défaillances techniques à répétition, pénurie d’équipements essentiels, conditions d’accueil dégradées : le tableau est alarmant et met directement en jeu la sécurité des patients .
Selon plusieurs constats concordants, le plateau technique de l’établissement est aujourd’hui en situation critique. Le scanner, la mammographie et la fibroscopie connaissent des pannes récurrentes, compromettant les capacités de diagnostic. Les chaises dentaires sont hors service, les lits insuffisants et le matériel de base souvent défaillant. Autant de dysfonctionnements qui entraînent une mauvaise orientation des malades, des retards de prise en charge et, dans certains cas, une mise en danger réelle des vies humaines.
À ces insuffisances internes s’ajoute un autre facteur aggravant : l’état particulièrement dégradé de la route menant à l’hôpital. À quelques mètres seulement de la mairie de la ville, l’accès à la structure sanitaire relève parfois du parcours du combattant, exposant les patients, notamment les urgences, à des risques supplémentaires avant même leur arrivée. Une situation jugée incompréhensible par de nombreux acteurs locaux, au regard de l’importance stratégique de cet axe pour la prise en charge médicale.
Pour Maître Habib Vitin, président du mouvement Thiès d’abord et membre de la Conférence des leaders Diomaye Président, laisser se détériorer un tel établissement constitue une double faute : « L’hôpital porte le nom de Ahmadou Sakhir Ndièguène, figure emblématique de foi, de dignité et de service. Le laisser sombrer, c’est trahir une mémoire et abandonner les populations », dénonce-t-il.
Le responsable politique interpelle également les autorités municipales sur leurs priorités budgétaires. Alors que d’importantes ressources seraient consacrées à la décoration urbaine, aux jeux de lumière et aux supports de communication à connotation électoraliste, l’hôpital, pilier de la vie sociale, peine à fonctionner correctement. « Une partie de ces moyens pourrait sauver des vies, en renforçant l’équipement médical, en soutenant les soignants et en réhabilitant la route d’accès à l’hôpital », plaide-t-il.
Rappelant que la santé constitue une compétence partagée entre l’État et les collectivités territoriales, Maître Habib Vitin estime que la mairie de Thiès ne peut se soustraire à ses responsabilités, d’autant plus que le maire siège au Conseil d’administration de l’hôpital. « La vraie priorité d’une ville, ce n’est pas l’apparence, mais la vie. Le plus beau message politique reste une route sûre, des soins accessibles et des citoyens protégés », insiste-t-il.
Dans un contexte où les attentes sociales sont de plus en plus pressantes, la situation de l’hôpital Ahmadou Sakhir Ndièguène pose avec acuité la question des choix politiques locaux et de l’urgence d’un sursaut collectif pour préserver un service public vital au cœur de la cité du rail.
Anta Fofana Konaté (Correspondante)