DEUX ANS POUVOIR: « SONKO MOY DIOMAYE » : Entre divergences politiques et attentes sociales 

Deux ans jour pour jour après son accession à la magistrature suprême, le président Bassirou Diomaye Diakhar Faye se retrouve à un tournant décisif de son mandat. Élu dans un contexte de forte attente populaire, porté par la dynamique du Pastef et la figure d’Ousmane Sonko, le chef de l’État incarnait alors une promesse de rupture et de transformation profonde du système politique sénégalais.

Le slogan « Sonko moy Diomaye », qui avait rythmé la campagne électorale, traduisait cette symbiose politique et stratégique entre les deux hommes. Mais aujourd’hui, cette fusion semble progressivement s’effriter, laissant place à des lignes de fracture de plus en plus visibles.

Sur le plan politique, les divergences apparaissent désormais au grand jour. D’un côté, le président Diomaye Faye privilégie une approche d’ouverture, consolidant sa coalition et affichant sa volonté de gouverner avec des alliés, y compris issus d’horizons autrefois opposés. Une posture qui s’inscrit dans une logique de stabilité institutionnelle et d’élargissement de sa base politique.

De l’autre côté, le Pastef, fidèle à son logiciel politique initial, campe sur une ligne de rupture plus rigoureuse, refusant toute compromission avec ce qu’il considère comme les anciennes pratiques. Le mot d’ordre reste clair pour ses militants : « pas de main sale dans le projet ».

Ainsi, si la collaboration au sommet de l’État semble se poursuivre sur le plan de la gouvernance, la séparation politique, elle, paraît désormais actée. Une dualité qui alimente interrogations et spéculations au sein de l’opinion publique : jusqu’à quand cette cohabitation pourra-t-elle tenir ?

À ces tensions politiques s’ajoutent des contraintes économiques majeures. La découverte d’une dette plus lourde que prévue et les difficultés inhérentes à l’exercice du pouvoir ont ralenti la mise en œuvre de plusieurs promesses électorales, dont certaines peinent encore à se concrétiser. Cette réalité a contribué à nourrir frustrations et impatience au sein de la population.

Pour autant, il convient de reconnaître que des efforts sont engagés par les autorités pour redresser la situation, stabiliser les finances publiques et impulser des réformes, même si leurs effets restent encore attendus à grande échelle.

Mais pendant que les divergences s’installent et que les acteurs du pouvoir semblent se livrer à des guerres de positionnement, le peuple, lui, continue d’attendre. Pris dans les difficultés du quotidien, confronté à la cherté de la vie et au manque d’opportunités, il reste plongé dans la galère, en quête de réponses concrètes et urgentes.

Dans les rangs de la majorité, comme dans l’opinion, les perceptions divergent. Certains défendent le choix du président, estimant que l’ouverture politique est une nécessité pour gouverner efficacement dans un contexte complexe. D’autres, en revanche, y voient une rupture avec les engagements initiaux, voire une trahison de l’esprit du projet porté par le Pastef.

Cette fracture, encore contenue, pourrait à terme fragiliser les deux camps. Car si elle venait à s’accentuer, elle risquerait de diluer la cohérence du projet politique initial et d’entamer la confiance d’une partie de l’électorat.

À mi-parcours de son mandat, Bassirou Diomaye Faye se trouve ainsi face à un dilemme stratégique : maintenir l’équilibre fragile entre ouverture politique et fidélité aux idéaux de rupture, ou assumer pleinement une recomposition qui redéfinit les contours du pouvoir.

Une chose est sûre : l’ère du « Sonko moy Diomaye » semble toucher à sa fin, laissant place à une nouvelle séquence politique dont les conséquences restent encore incertaines.