ACCES UNIVERSEL À L’EAU : La stratégie ambitieuse du Sénégal

À l’occasion de la Journée mondiale de l’eau, célébrée cette année autour du thème « Genre et eau », le ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement, Cheikh Tidiane Dièye, a saisi cette tribune pour dresser un bilan d’étape de son action et décliner les grandes orientations stratégiques du secteur. Organisée en partenariat avec sa collègue Mouna Daye, ministre en charge de la Femme et de la Famille, cette célébration a permis de mettre en lumière les interrelations entre les questions de genre et le secteur de l’eau, tout en ouvrant une réflexion sur les défis structurels à relever.

À l’approche de deux années à la tête du ministère, Cheikh Tidiane Dièye a insisté sur une gouvernance axée sur les résultats concrets et l’impact réel des politiques publiques. S’inscrivant dans la dynamique impulsée par Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko, il a réaffirmé la volonté de rompre avec une logique de dépendance pour privilégier une approche fondée sur des résultats visibles et mesurables au bénéfice des populations.

Le ministre a ainsi présenté la Lettre de politique sectorielle 2025-2029 comme le socle de cette transformation. Élaborée de manière inclusive à travers des concertations dans les 14 régions du Sénégal, elle a impliqué l’ensemble des acteurs territoriaux, les partenaires techniques et financiers ainsi que les communautés locales. Ce processus participatif a été consolidé lors du forum « PENC » tenu en novembre 2024 à Kaolack, qui a permis de partager un diagnostic commun et de définir les grandes orientations en cohérence avec la vision Sénégal 2050.

Au cœur de cette stratégie figure l’accès universel à l’eau potable et à l’assainissement, considéré comme un droit fondamental. Pour atteindre cet objectif, le ministère a engagé une réforme de troisième génération du secteur de l’hydraulique, marquant une rupture avec les modèles antérieurs. Cette réforme prévoit notamment une meilleure convergence entre les milieux urbain et rural afin de corriger les déséquilibres territoriaux, ainsi qu’une nouvelle gouvernance intégrant l’État, le secteur privé et les collectivités territoriales. Elle inclut également la création d’une autorité de régulation du secteur de l’eau et l’adoption d’un nouveau code de l’eau, destiné à remplacer celui de 1981 devenu obsolète.

La mise en œuvre de ces réformes s’échelonnera en plusieurs étapes, avec une phase d’études prévue en 2026, suivie de l’adoption des textes en 2027 et d’un déploiement progressif entre 2027 et 2029. Parallèlement, des actions concrètes sont engagées pour répondre aux urgences et améliorer rapidement l’accès à l’eau. Parmi les projets structurants figure celui des « autoroutes de l’eau », dont les études sont finalisées et dont les travaux devraient débuter avant la fin de l’année 2026.

En milieu rural, les investissements ont été renforcés avec la réalisation de nombreux forages, appuyés par un programme d’urgence de 10 milliards de francs CFA destiné à résoudre les difficultés les plus pressantes. En milieu urbain, plusieurs projets d’envergure sont en cours, notamment l’usine de dessalement des Mamelles, attendue en 2026, ainsi que le projet de la Grande Côte, renégocié dans l’intérêt du Sénégal.

Dans le domaine de l’assainissement, des réformes sont également en cours, avec la mise en place de projets innovants axés sur le traitement et la réutilisation des eaux usées. La lutte contre les inondations constitue par ailleurs une priorité, avec une nouvelle stratégie nationale en cours de déploiement et des investissements importants dans plusieurs zones du pays.

Au plan international, le Sénégal entend renforcer son rôle dans la coopération hydrique, notamment à travers les organisations sous-régionales et les initiatives africaines et mondiales. Pour le ministre, l’ensemble de ces actions, qu’il s’agisse des réformes structurelles ou des projets opérationnels, poursuit un objectif unique : garantir à chaque Sénégalais un accès durable, équitable et sécurisé à l’eau et à l’assainissement.

Par Sadio FATY