La célébration de la fête de l’indépendance, prévue cette année à Thiès, suscite un intérêt particulier au sein des acteurs économiques et touristiques. Pour Doudou Gnagna Diop, cette option stratégique s’inscrit dans une logique de valorisation des territoires et de redistribution des opportunités de croissance.
« Au-delà de sa portée symbolique, la délocalisation de l’événement national apparaît comme un instrument d’impulsion économique à l’échelle locale. Les investissements engagés dans l’embellissement urbain, la réhabilitation des voiries et l’amélioration du cadre de vie participent à renforcer l’attractivité de la ville. Une dynamique qui, à court terme, stimule la demande dans des secteurs connexes tels que le bâtiment, les services ou encore le commerce.
Sur le plan touristique, Thiès consolide progressivement son positionnement en tant que destination complémentaire aux pôles classiques du littoral. La ville dispose d’atouts structurels, notamment un capital culturel dense, adossé à des infrastructures emblématiques comme la Manufacture des Arts décoratifs de Thiès, ainsi qu’un tissu artisanal reconnu. Ces éléments constituent des segments porteurs pour un tourisme expérientiel, à forte valeur ajoutée.
La configuration géographique de Thiès renforce cette perspective. Sa proximité avec des zones à vocation économique et touristique telles que Mboro, Notto Gouye Diama et la Petite Côte favorise l’émergence de synergies entre tourisme urbain, balnéaire et rural. Cette articulation territoriale ouvre la voie à des circuits intégrés susceptibles d’allonger la durée de séjour et d’augmenter les dépenses touristiques.
À l’occasion du 4 avril, les projections tablent sur un afflux significatif de visiteurs, en provenance notamment des régions voisines. Cette intensification des flux devrait se traduire par une hausse de la consommation locale, bénéficiant à l’hôtellerie, à la restauration, au transport et aux activités informelles. À moyen terme, l’enjeu réside dans la capacité à transformer cet effet ponctuel en dynamique durable.
Dans cette optique, le développement du potentiel des Niayes apparaît comme un axe structurant. Cette zone, caractérisée par une forte activité maraîchère et une concentration de main-d’œuvre jeune, offre des perspectives en matière d’agrotourisme. L’intégration de cette filière dans l’offre touristique permettrait non seulement de diversifier les produits proposés, mais également de renforcer les chaînes de valeur locales.
Par ailleurs, la question foncière et l’accès à des espaces dédiés au développement touristique demeurent des leviers déterminants. L’affectation de réserves foncières à des projets structurants pourrait accélérer la création d’emplois et soutenir l’investissement privé. Dans un contexte où le tourisme s’impose comme un secteur à forte intensité de main-d’œuvre, son développement apparaît comme un outil pertinent de lutte contre le chômage, notamment chez les jeunes.
Enfin, l’amélioration de la gouvernance urbaine, notamment à travers la mise en place d’une signalétique moderne et fonctionnelle, constitue un facteur clé dans l’optimisation de l’orientation des visiteurs et la structuration de la destination.
À travers cette délocalisation, Thiès se positionne ainsi comme un pôle émergent, à la croisée des dynamiques économiques et touristiques. Reste désormais à inscrire cet élan dans une stratégie cohérente et durable, capable de transformer l’essai au-delà de l’événementiel. »
Par Doudou Gnagna Diop
Anta Fofana Konaté (Correspondante)