ENQUÊTE JUDICIAIRE SUR LES MARCHÉS DES BRACELETS ÉLECTRIQUES : Le dossier s’emballe !

L’enquête sur les marchés publics liés à l’acquisition de bracelets électroniques connaît un tournant judiciaire majeur avec l’ouverture d’une information judiciaire par le Parquet financier. Ce dossier, estimé à plus de 11 milliards de francs CFA, met en cause plusieurs anciens responsables publics et relance le débat sur la gestion des contrats publics sous l’ère Macky Sall.

Selon un communiqué daté du 1er juin 2026, le Parquet financier a saisi le troisième cabinet d’instruction du Pôle judiciaire financier (PJF). Les investigations portent sur deux marchés signés les 22 octobre 2020 et 6 juillet 2023, relatifs à la fourniture de dispositifs de surveillance électronique.

Les enquêteurs évoquent de possibles irrégularités dans la passation et l’exécution des contrats, avec des soupçons d’association de malfaiteurs, de détournement de deniers publics, d’escroquerie portant sur des fonds publics, de faux et usage de faux, ainsi que de blanchiment de capitaux.

Des écarts sur le matériel livré

Au cœur du dossier, les chiffres avancés par l’administration pénitentiaire font état de 2 000 bracelets commandés, pour seulement 1 352 dispositifs effectivement réceptionnés. Des écarts qui alimentent les soupçons de manquements dans la chaîne de livraison et de contrôle.

Toutefois, le directeur de la société Cedoc, en charge de l’exécution du marché, rejette toute responsabilité. Interrogé par le journal L’Observateur, El Hadji Gora Diop Guèye affirme avoir livré l’intégralité des équipements et soutient qu’« aucune anomalie n’a été décelée sur l’ensemble des 2 000 bracelets livrés ». Il attribue les écarts financiers relevés par les enquêteurs à des charges annexes non intégrées dans les calculs initiaux, notamment les frais de formation et l’avance de démarrage.

Trois anciens ministres dans le viseur de la justice

Cette affaire, aux lourds chefs d’inculpation, place désormais trois anciens ministres de l’ère Macky Sall dans le champ des investigations judiciaires. Les enquêtes en cours visent à déterminer leur degré d’implication dans la chaîne de décision et d’exécution des marchés publics concernés.

Par ailleurs, le professeur Ismaila Madior Fall, ancien ministre de la Justice, est également cité dans une procédure distincte liée à l’attribution du marché des bracelets électroniques. Il reste sous surveillance électronique, la commission d’instruction de la Haute Cour de justice ayant rejeté sa demande de mainlevée du bracelet électronique.
Les juges ont également écarté une exception d’inconstitutionnalité soulevée par sa défense, confirmant la poursuite de la procédure.

Une affaire aux implications politiques et financières lourdes
Au-delà des aspects techniques et juridiques, ce dossier devient progressivement un symbole des tensions autour de la gestion des marchés publics et de la reddition des comptes. L’ouverture de cette information judiciaire marque une étape décisive, susceptible de déboucher sur de nouvelles mises en cause.
Les investigations se poursuivent sous l’autorité du juge d’instruction, dans un contexte où l’opinion publique suit de près l’évolution de cette affaire aux implications financières et politiques majeures.