« PASTEF MOY KIIRAAY, KIIRAAY MOY PASTEF » : Abdoulaye Bamba Gningue tire à boulets rouges sur le régime.

Porté à la tête du Front patriotique républicain (FPR ) Yonn Wi le 25 avril 2026, Abdoulaye Bamba GNINGUE nous a accordé une interview dans laquelle il nous parle de la situation politique du pays. Inspecteur principal des impôts et des domaines, le responsable politique revendique une doctrine fondée sur un souverainisme ouvert, la démocratie participative et la justice sociale. Il est egalement revenu sur son arrivée à la tête du parti, ses ambitions électorales, son positionnement dans l’opposition et porte un regard particulièrement critique sur les tensions entre l’Exécutif et l’Assemblée nationale. Il appelle notamment à la dissolution de l’institution parlementaire et annonce la préparation d’un congrès d’investiture en 2027, en perspective de la présidentielle de 2029.

Vous êtes Abdoulaye Bamba Gningue, président du Front patriotique républicain (FPR) Yoon wi. Pouvez-vous revenir sur la création du parti et les circonstances de votre arrivée à sa tête ?

Je suis polytechnicien, inspecteur principal des impôts et des domaines. J’ai été vice-président du parti Awalé, dont je suis membre fondateur. Après une pause liée à des contraintes professionnelles, les membres fondateurs du Front patriotique républicain, à la suite du décès de son ancien président, Harouna Mbye, et de l’indisponibilité de son remplaçant, sont venus me solliciter pour présider aux destinées du parti. Après deux années de réflexion, j’ai finalement décidé de répondre à cet appel. C’est ainsi que j’ai été porté à la tête du FPR, le 25 avril 2026, à l’occasion d’une assemblée générale.

Quelles sont les prochaines étapes pour votre formation politique ?

Nous allons vers un grand congrès en 2027, qui sera notamment un congrès d’investiture au cours duquel le parti choisira son candidat à l’élection présidentielle. Je rappelle également que le FPR Yoon Wi compte participer aux élections législatives, aux élections locales et à toutes les échéances électorales à venir. Notre participation sera effective.

Dans un paysage politique marqué par la multiplication des blocs et des coalitions, où se situe le FPR Yoon wi ?

Le parti est clairement dans l’opposition, mais il n’a pas encore intégré une coalition. Toutefois, nous serons présents à une conférence de presse réunissant plusieurs personnalités de l’opposition, notamment Théodore Monteil, Cheikhou Oumar SY, Mouhamadou Madana KANE et Al Hassane NIANG . Il pourrait s’agir d’une occasion de jeter les bases d’une organisation dans laquelle nous pourrions nous retrouver. Pour le moment, aucune décision définitive n’est prise.

Quelle philosophie politique entendez-vous incarner à la tête du FPR Yoon wi ?

Notre doctrine repose sur la République souverainiste. Le souverainisme constitue l’idéologie centrale du parti et s’articule autour de trois piliers : la souveraineté durable, la démocratie participative, qui se distingue de la démocratie représentative, ainsi que la justice et l’équité sociales.
Nous défendons un souverainisme ouvert, qui exclut toute forme d’autarcie. Il s’agit pour le Sénégal de s’appuyer sur son savoir-faire et ses avantages comparatifs afin de renforcer son autonomie. La souveraineté absolue n’existe pas, d’autant plus que le Sénégal est membre de l’UEMOA et de la CEDEAO, des organisations auxquelles il a délégué une partie de sa souveraineté.
Nous ne sommes donc pas dans une logique de fermeture. Le Sénégal doit entretenir des relations avec tous les pays, dialoguer avec ses partenaires et tirer le maximum d’avantages de ses interactions internationales. Notre ambition est de défendre les intérêts du pays dans ses relations avec le monde extérieur.

Concrètement, quelle alternative proposez-vous aux Sénégalais ?

Nous voulons signer avec le peuple sénégalais un contrat d’objectifs et de performance. Nous ne croyons pas à l’homme providentiel. Un seul homme ne peut pas, à lui seul, changer un pays. Il faut une vision, mais également une adhésion populaire et une mobilisation collective.
Notre proposition consiste à établir un contrat chiffré sur cinq ans, avec des échéances précises et des objectifs mesurables et réalisables. Chaque objectif devra être assorti de cibles clairement définies. Lorsque celles-ci ne seront pas atteintes, il faudra expliquer au peuple les raisons des contre-performances et prendre les mesures correctives nécessaires. C’est ainsi que nous concevons la gouvernance et la responsabilité politique.

Comment analysez-vous .la crise entre le gouvernement et l’Assemblée nationale, notamment après le rejet de la Loi de finances rectificative (LFR) 2026 ?

Ce qui se passe est inédit dans l’histoire politique du Sénégal. Rejeter une loi de finances rectificative est une situation particulièrement incohérente. On peut comprendre qu’une majorité parlementaire rejette une loi de finances initiale parce qu’elle n’est pas d’accord avec ses orientations. Mais une LFR vient corriger une loi de finances initiale déjà adoptée. Son rejet relève, à mes yeux, d’une incongruité.
En réalité, nous assistons à une guerre entre deux formations politiques qui n’ont d’yeux que pour 2029 : Pastef et Kiray. Cette situation ne me surprend pas. Cette assemblée nationale est née, selon moi, d’une manipulation et d’une trahison du peuple sénégalais.
Il faut rappeler que le président de la République avait adressé un message à la nation pour demander à son Premier ministre de l’époque de faire sa déclaration de politique générale devant l’ancienne assemblée nationale. Alors que les Sénégalais attendaient cette déclaration, l’institution a finalement été dissoute.
Par ailleurs, Pastef et la coalition Diomaye avaient déjà connaissance de la avis du Conseil constitutionnel au sujet de cette dissolution à la suite de sa saisine par le Chef de l’Etat et préparaient les élections législatives alors que les autres formations politiques n’étaient pas informées de ces démarches.
Je considère donc que cette assemblée est née dans la manipulation. Si elle poursuit dans cette voie, cela ne me surprendrait pas. Je n’ai aucun espoir particulier, car ces acteurs semblent davantage préoccupés par leurs intérêts politiques personnels que par les difficultés quotidiennes des Sénégalais.

Quelles perspectives préconisez-vous pour sortir de cette situation ?

La première urgence est l’organisation de l’opposition. Nous devons dépasser les initiatives solitaires, nous regrouper autour de sensibilités idéologiques proches et construire des structures solides. Il faut travailler ensemble pour proposer aux Sénégalais des alternatives crédibles, capables de sortir le pays de ses difficultés.
Je pense également que le président de la République devrait dissoudre l’Assemblée nationale. Cette institution a objectivement atteint ses limites. Les députés semblent agir selon leurs propres intérêts, sans suffisamment prendre en compte l’intérêt supérieur du Sénégal.
Il appartient donc au peuple d’être vigilant et de donner sa confiance à des formations politiques responsables, capables de prendre correctement en charge ses préoccupations.

Le contexte économique rend-il cette crise institutionnelle encore plus préoccupante ?

Absolument. Le Sénégal vient d’obtenir un accord avec le Fonds monétaire international. Les tensions et les querelles entre l’Exécutif et le Parlement risquent de compromettre sa finalisation. Si cet accord n’aboutit pas, le Sénégal pourrait se retrouver exposé à un risque de défaut de paiement.
C’est dire la sensibilité de la situation actuelle. Malgré les difficultés économiques et les enjeux financiers auxquels le pays est confronté, nous assistons à des querelles politiciennes entre des institutions qui devraient plutôt s’entendre sur l’essentiel.
L’Exécutif et le Législatif doivent comprendre les enjeux de l’heure. Malheureusement, je constate qu’ils sont davantage préoccupés par leurs rivalités politiques que par la stabilité économique et politique du pays.

Le FPR Yoon wi entend-il incarner cette alternative en 2029 ?

C’est précisément notre ambition. Nous sommes actuellement engagés dans un travail de massification de notre formation politique. Nous invitons les Sénégalais à adhérer massivement au Front patriotique républicain afin de construire une force politique capable de porter une véritable alternative en 2029.
Notre objectif est de dégager Pastef et Kiray du pouvoir. Je le dis souvent : Pastef égale Kiiraay, Kiiraay égale Pastef. Je ne fais aucune distinction entre ces deux formations politiques, qui ont fini, selon moi, d’ensevelir les espoirs du Sénégal.

Votre parti revendique les termes « patriotique » et « républicain » dans sa dénomination. Comment expliquez-vous ce choix ?

Je le dis souvent avec une pointe d’humour. L’Alliance pour la République (APR) était présentée comme le parti des républicains. Ses responsables sont partis et ont été remplacés par les patriotes. Aujourd’hui, c’est au tour des patriotes républicains.
J’ai même constaté que Kiiraay revendique désormais cette appellation, ce que je considère comme un plagiat flagrant de notre identité politique. Cela traduit, à mon avis, un manque d’inspiration de la part de certains responsables de kiray Nous avions même confié le dossier à un avocat et entrepris quelques démarches, davantage à titre symbolique.
Mais l’essentiel n’est pas là. Nous sommes le Front patriotique républicain. Nous nous considérons comme les patriotes républicains authentiques et entendons investir le terrain pour renforcer notre implantation. Notre objectif est de faire du FPR Yoon wi l’alternative la plus crédible en 2029, afin de sortir le Sénégal de la situation difficile dans laquelle il se trouve.

Par PMF