Le président du Conseil d’administration de la SAPCO, Doudou Gnagna Diop, a plaidé pour une meilleure coordination des politiques publiques en matière de tourisme, estimant qu’une destination ne peut se développer durablement sans un alignement effectif entre les différents acteurs institutionnels.
« Le tourisme exige une vision globale comme l’actuel ministre est en train de l’initier. Si chaque direction agit isolément, la destination perd en cohérence », a-t-il déclaré, saluant l’option des autorités d’inscrire l’action sectorielle dans l’agenda national de transformation senegal 2050.
Fréquentation : relativiser les débats conjoncturels
Interrogé sur l’impact du contexte politique et sociale sur la fréquentation touristique, M. Diop a invité à la prudence. Selon lui, la dynamique du secteur ne saurait être réduite aux débats internes. « La priorité reste la structuration de l’offre et l’amélioration de la compétitivité », a-t-il soutenu.
Domaine maritime : lever les blocages
Abordant les projets structurants de la Petite Côte, notamment dans les zones de Mbodiéne et Pointe-Sarène, il a insisté sur la nécessité d’accélérer leur mise en œuvre.
Il a surtout attiré l’attention sur l’occupation du domaine public maritime par des établissements hôteliers fermés ou vétustes, qui, selon lui, freinent l’arrivée de nouveaux investisseurs. De Touba Dialaw à Joal-Fadiouth, en passant par Nianing, « des hectares restent immobilisés sans exploitation réelle », a-t-il relevé, estimant que cette situation a un impact direct sur l’emploi des jeunes.
Emploi et formation : un impératif
Le président du Conseil d’administration de la SAPCO a mis en avant des initiatives de formation et de tutorat mises en place à Thiès, destinées à faciliter l’insertion professionnelle dans l’hôtellerie et la restauration.
« Un secteur touristique performant suppose des ressources humaines qualifiées », a-t-il affirmé, appelant à un renforcement du contenu local et à une meilleure adéquation entre formation et besoins du marché.
Capacités d’accueil et attractivité
S’il note une légère progression du tourisme balnéaire sur la Petite Côte, M. Diop reconnaît un déficit en capacités d’accommodation à l’échelle nationale.
Pour lui, le développement touristique doit reposer sur trois piliers : l’accessibilité, l’hébergement et l’attractivité. Il cite notamment l’île de Gorée, le Lac Retba, le delta du Sine-Saloum ou encore les chutes de Dindéfélo comme des pôles d’attraction à consolider et à diversifier.
Il a également préconisé une politique volontariste en faveur du tourisme interne, estimant que « la dynamique du secteur peut aussi reposer sur la clientèle nationale ».
Statistiques et digitalisation : une exigence de transparence
Enfin, M. Diop a déploré l’absence de données consolidées et régulièrement publiées sur les entrées touristiques et les recettes générées.
« Un pays à vocation touristique doit être capable de communiquer des chiffres fiables et actualisés », a-t-il soutenu, appelant à une digitalisation complète du système d’enregistrement des visiteurs et à une modernisation des mécanismes de contrôle.
Selon lui, la réforme des procédures, y compris la question des visas et du suivi des flux, constitue un levier essentiel pour renforcer la crédibilité et la gouvernance du secteur.
« Il est temps d’engager une transformation en profondeur », a-t-il conclu, estimant que le Sénégal dispose des atouts nécessaires pour repositionner durablement sa destination sur le marché international.
Anta Fofana Konaté (Correspondante)