La passation de service entre l’ancien et le nouveau Directeur général de la SNHLM intervient dans un climat particulièrement tendu. À la veille de son départ, Bassirou Kébé a jeté un véritable pavé dans la mare en révélant des dysfonctionnements graves au sein de la structure.
Lors d’une conférence de presse tenue le 26 mars, le Directeur général sortant n’a pas mâché ses mots. Revenant sur son mandat, il affirme avoir mis au jour des pratiques qu’il qualifie d’illégales, évoquant notamment des faits susceptibles de relever de l’escroquerie et de l’abus de biens sociaux.
Au cœur de ses accusations, l’existence d’un réseau interne composé, selon lui, d’agents ayant profité d’un système opaque pour s’approprier des biens immobiliers appartenant à la société. « Il y a un groupe de personnes qui travaillent ici. Ils ont acquis des biens de manière illégale. Beaucoup de biens même », a-t-il déclaré, dénonçant un mécanisme bien rodé consistant à enregistrer ces propriétés au nom de proches, y compris des enfants.
Mais au-delà de ces révélations, l’ancien directeur général décrit une situation financière et organisationnelle particulièrement préoccupante. Entre problèmes de trésorerie, caisses vides, redevances dues aux entrepreneurs et fournisseurs, et ce qu’il qualifie de « mafia organisée » au sein de certaines structures, la SNHLM traverserait une crise profonde.
Selon lui, depuis deux ans, il s’était engagé dans une dynamique de redressement visant à assainir la gestion et relancer les activités. Toutefois, il affirme avoir été confronté à un système « d’engrenage huilé » difficile à démanteler. Résultat : plusieurs projets de construction ont connu un net ralentissement, voire un blocage, et les objectifs fixés n’ont pas été atteints.
Bassirou Kébé indique avoir initié des investigations avant son départ. Il affirme que ce travail a abouti à la rédaction d’un rapport spécial, distinct du document de passation de service classique. « On a commencé à tirer le fil et on s’est rendu compte de l’ampleur du phénomène. On a saisi des avocats qui ont qualifié les faits d’escroquerie et d’abus de biens sociaux », a-t-il expliqué, précisant que des plaintes ont déjà été déposées. Il revient désormais à la nouvelle direction d’en assurer le suivi.
Le directeur sortant affirme également avoir subi des pressions et des tentatives d’intimidation après son limogeage. Il accuse certains responsables d’avoir cherché à discréditer son action et à empêcher la tenue de sa conférence de presse, ainsi que la publication du rapport incriminé.
Se présentant comme un lanceur d’alerte, Bassirou Kébé dit avoir affronté « un système corrompu » profondément enraciné au sein de la SNHLM. Des déclarations qui placent son successeur, Dabo, face à un défi de taille : restaurer la transparence, redresser les finances et relancer les projets d’une institution clé du secteur de l’habitat social au Sénégal. Dans ce contexte, la question demeure entière : la SNHLM peut-elle être redressée et éviter une crise plus profonde ?